Header Critique : DRACULA ET LES FEMMES (DRACULA HAS RISEN FROM THE GRAVE)

Critique du film
DRACULA ET LES FEMMES 1968

DRACULA HAS RISEN FROM THE GRAVE 

Amorcé avec DRACULA, PRINCE DES TÉNÈBRES de Terence Fisher, l'accord de distribution entre la petite compagnie britannique Hammer et la grosse firme hollywoodienne 20th Century Fox, distributrice des films Hammer en Amérique, prend fin suite aux entrées décevantes de certains titres comme LES VIERGES DE SATAN. Or la Hammer dépend fortement de ses commanditaires américains. Heureusement, Warner qui distribue déjà ces films en Grande-Bretagne, prend le relais pour leur exploitation aux USA. Le premier-né de cette nouvelle union convoque le comte Dracula, personnage-vedette de la Hammer : DRACULA ET LES FEMMES.

A partir du milieu des années 1960, les films reprenant les idées de la Hammer se multiplient à travers le monde, notamment dans le domaine du film de vampires. Citons A TASTE OF BLOOD de H. G. Lewis, le maître américain du gore ; LE VIOL DU VAMPIRE du français Jean Rollin ; LE VAMPIRE A SOIF de l'anglais Vernon Sewell... Face à cette accumulation, une parodie fait logiquement son apparition : le célèbre LE BAL DES VAMPIRES de Roman Polanski.

Pour DRACULA ET LES FEMMES, la Hammer pense d'abord confier sa réalisation à Terence Fisher. Mais celui-ci est blessé dans un accident. On fait alors appel à Freddie Francis, très productif dans les années 1960 en matière de fantastique (avec notamment L'EMPREINTE DE FRANKENSTEIN pour la Hammer). A nouveau, Christopher Lee interprète Dracula, bien que l'idée de reprendre ce rôle ne lui plaît guère. Et il avoue ne pas aimer ce nouveau scénario ! A ses côtés, nous trouvons des acteurs tels que Rupert Davies ou la Hammer Girl anglaise Veronica Carlson, que nous reverrons dans le classique LE RETOUR DE FRANKENSTEIN de Fisher et le moins emballant LES HORREURS DE FRANKENSTEIN de Jimmy Sangster.

DRACULA ET LES FEMMES se situe dans la continuité directe de DRACULA, PRINCE DES TÉNÈBRES, précédent film Hammer consacré à ce mythe de l'horreur. Alors que le comte démoniaque finissait englouti dans un lac, nous retrouvons son corps dans une rivière glacée des alentours. Après sa mort, les paysans superstitieux vivent encore dans la terreur de sa présence. Ils refusent de se rendre à la messe lorsque l'ombre de son sinistre château touche l'église de leur village. Mécontent, Muller, un évêque de passage, se rend à la sinistre bâtisse et place un lourd crucifix sur sa porte, en interdisant l'accès à toute créature malfaisante.

Suite à un accident, le sang d'un prêtre coule sur les lèvres du cadavre de Dracula, lui rendant ainsi la vie. Grâce à ses pouvoirs de domination, le vampire s'empresse de faire de ce religieux son esclave servile. Incapable de rentrer dans son château suite à l'exorcisme pratiqué par Muller, Dracula veut se venger de cet évêque. Il se rend à la ville, décidé à faire de la Maria, nièce vierge de Muller, sa compagne d'éternité !

Toute cette partie du film constitue son prologue et est fort réussie. Nous retrouvons le talent des techniciens Hammer au sommet de leur forme : les décors de Bernard Robinson sont toujours magnifiques (l'église, le village, les toits de la ville), la musique de James Bernard reste très efficace et la photographie d'Arthur Grant s'avère irréprochable et raffinée. Avant d'être metteur en scène, Freddie Francis est surtout connu comme un très grand chef-opérateur : la réalisation, les cadrages, le découpage, les mouvements de caméra et les éclairages sont extrêmement soignés et élégants. La découverte du cadavre dans l'église au tout début du métrage constitue une réussite, tout comme l'expédition des religieux jusqu'au sinistre château.

Pourtant, lorsque Lee apparaît en Dracula, un flottement s'annonce. Se complaisant dans un cabotinage crispant, l'acteur fait plus sourire que frémir. Puis, le récit ralentit gravement. La romance entre un étudiant et la nièce de Muller est envahissante et ennuyeuse. Pendant ce temps, Dracula vit des aventures peu palpitantes. Il installe son refuge dans la cave d'une petite auberge fréquentée par de jeunes carabins. Comme tout cela manque de rythme et d'envergure !

Monsignore Muller semble un adversaire à la hauteur de Dracula mais hélas, il cède vite la place à un jeune premier manquant de stature et de maturité. La bonne impression laissée par le premier quart d'heure se dissipe et l'ennui s'impose avec ce récit sans épaisseur.

DRACULA ET LES FEMMES se trouve un peu sauvé par une fin plus convaincante bien qu'inégale. Suivant la mode d'alors pour une surenchère dans la violence, le sang coule en abondance chaque fois que l'occasion s'y prête. Certains détails laissent quand même planer un parfum de décadence. Même avec un pieu planté dans le cœur, Dracula n'est pas vaincu ! Il faut en plus réciter quelques prières pour en venir à bout. Cela nous vaut la vision étonnante de Dracula s'arrachant un pieu de son propre cœur, d'où se déversent des litres de sang bouillonnant. Il sera vaincu dans un final correct, même si encore une fois Christopher Lee aurait gagné à être dirigé avec plus de fermeté.

DRACULA ET LES FEMMES est une déception dans le cycle Dracula de la Hammer. Malgré un travail technique et une ambiance gothique réussis, il souffre d'un scénario faible. Toutefois, nous apprécions quelques séquences telles les poursuites sur les toits ou le prologue dans le village hanté par la présence diffuse de Dracula.

Malgré ses faiblesses, DRACULA ET LES FEMMES bénéficie d'une publicité très active et constitue le plus gros succès de la firme Hammer. Celle-ci persévère donc dans l'exploitation de ses mythes les plus populaires en sortant très régulièrement des films de vampires (UNE MESSE POUR DRACULA, COMTESSE DRACULA, LE CIRQUE DES VAMPIRES...). Et ce jusqu'en 1974, qui marque le quasi-arrêt de la production de films par cette firme.

Rédacteur : Emmanuel Denis
Photo Emmanuel Denis
Un parcours de cinéphile ma foi bien classique pour le petit Manolito, des fonds de culottes usés dans les cinémas de l'ouest parisiens à s'émerveiller devant les classiques de son temps, les Indiana Jones, Tron, Le Dragon du lac de feu, Le Secret de la pyramide... et surtout les Star Wars ! Premier Ecran fantastique à neuf ans pour Le retour du Jedi, premier Mad Movies avec Maximum Overdrive en couverture à treize ans, les vidéo clubs de quartier, les enregistrements de Canal +... Et un enthousiasme et une passion pour le cinéma fantastique sous toutes ses formes, dans toute sa diversité. S'il fallait faire mienne une maxime en la matière, je reprendrais (de mémoire !) une citation de Roman Polanski : «les personnes qui aiment vraiment le cinéma aiment le fantastique» !
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