Header Critique : CHROMOSOME 3 (THE BROOD)

Critique du film
CHROMOSOME 3 1979

THE BROOD 

Après RAGE de 1977, réalisé pour la petite compagnie canadienne Cinépix, David Cronenberg abandonne temporairement le fantastique pour tourner FAST COMPANY en 1979, fiction un peu anecdotique consacrée au milieu du sport automobile. Ce film est tourné grâce à des dispositions fiscales mises en place par le gouvernement canadien, dispositions favorables à la production cinématographique.

Des investisseurs, ignorant souvent tout du cinéma, se bousculent alors pour trouver des projets à financer. Cronenberg est très avantagé par cette situation, d'autant plus que les réalisateurs canadiens ne sont alors guère nombreux. Après FAST COMPANY, il revient à l'épouvante avec CHROMOSOME 3 qui, grâce à cette fiscalité particulière, lui permet de travailler avec le budget le plus élevé jamais mis à sa disposition jusqu'alors (1,5 million de dollars canadiens).

Il bénéficie de la présence de deux acteurs de carrure internationale : Oliver Reed (LA NUIT DU LOUP-GAROU, LES DIABLES) et Samantha Eggar (L'OBSÉDÉ de William Wyler). Le rôle principal est tenu par un Canadien : Art Hindle (BLACK CHRISTMAS, L'INVASION DES PROFANATEURS). Sur CHROMOSOME 3 œuvrent aussi des collaborateurs de Cronenberg appelés à retravailler souvent avec lui, comme le compositeur Howard Shore, la directrice artistique Carol Spier ou le chef-opérateur Mark Irwin.

Nola Carveth, psychologiquement instable, est traitée dans la clinique Somafree, dirigée par le docteur Raglan. Ce psychiatre emploie une méthode particulière : la Psychoplasmatique. Frank, ex-mari de Nola, s'inquiète quand sa fille Candice revient de chez sa mère avec des traces de coups sur le dos. Il mène sa propre enquête sur le docteur Raglan.

Il découvre que certains de ses anciens patients ont vu apparaître sur leurs corps diverses tumeurs monstrueuses. En fait, la Psychoplasmatique permet aux patients de transformer leurs angoisses psychologiques en des maux physiques (boutons, excroissances). En soignant ensuite ces symptômes physiologiques, Raglan pensent pouvoir les débarrasser de leurs problèmes mentaux. Pendant ce temps, les parents de Nola sont assassinés par un enfant monstrueux, dénué de sexe et de nombril.

En révélant progressivement les méthodes du docteur Raglan, CHROMOSOME 3 bénéficie d'un excellent et très original argument de science-fiction. Selon le savant, les souffrances psychologiques et physiques sont inextricablement liées. En plaçant ses patients dans des situations de stress extrême, en les confrontant à leurs traumatismes profonds (grâce à des techniques proches du jeu de rôles), il provoque en eux l'apparition de symptômes physiologiques, se manifestant à la manière de maladies psychosomatiques. C'est-à-dire comme la conséquence d'une souffrance mentale si forte qu'elle en vient à nuire au fonctionnement de l'organisme.

Les malades soignés par Raglan se couvrent donc de boutons et d'étranges protubérances, manifestations externes de leurs souffrances profondes. Toutefois, Nola Carveth a subi des traumatismes d'une telle violence que la prise en charge de son mal tourne à l'expérience incontrôlable.

Cronenberg poursuit des idées déjà exposées dans FRISSONS et RAGE. Un mal étrange et incontrôlé, fruit de recherches scientifiques imprudentes, provoque des mutations, donnant lieu à des images-chocs étonnantes et à des morts brutales. L'influence réciproque entre les changements de l'esprit et ceux du corps sera, bien sûr, présente dans de nombreux autres films de Cronenberg, comme LA MOUCHE.

Au-delà d'un film de science-fiction horrifique, CHROMOSOME 3 est aussi un drame familial, mettant en scène des personnages et des situations plus étoffés que dans RAGE. Cronenberg avoue alors s'être inspiré de sa propre vie, et particulièrement de sa séparation d'avec sa première femme. Celle-ci comptait rejoindre une communauté en Californie en emportant avec elle leur fille Cassandra. David Cronenberg a réussi à garder la fillette auprès de lui. Le combat douloureux et traumatisant d'un père pour la garde de son enfant, ainsi que le déferlement de haine que cela entraîne entre les deux parents, sont le cœur de CHROMOSOME 3, particulièrement dans son dénouement. Toute cette composante du récit est remarquablement rendue par la très bonne interprétation d'Art Hindle et, surtout, par celle stupéfiante de Samantha Eggar (qui n'est pourtant restée que trois jours sur ce tournage). Saluons aussi la performance impeccable d'Oliver Reed, particulièrement impressionnant dans les séances de "jeu de rôles".

La réalisation de David Cronenberg gagne nettement en rigueur par rapport à RAGE. Au diapason de l'univers aseptisé, neutre, lisse et contemporain dans lequel évoluent ses personnages, elle se caractérise par une rigueur froide et un découpage élégant, mais laissant peu de place à la subjectivité et à l'émotion. Cet univers et ce style s'affirmeront encore plus nettement dans SCANNERS, le film suivant de Cronenberg, supposé se dérouler dans un futur proche.

CHROMOSOME 3 souffre d'une certaine lenteur et met du temps à révéler quelques uns de ses enjeux principaux. L'ensemble donne parfois l'impression de manquer de rythme, voire de moyens financiers et techniques. Si le dénouement contient son lot de visions étonnantes, le reste du film paraît peut-être trop retenu et trop sage.

CHROMOSOME 3, si il n'est pas un grand chef-d’œuvre de Cronenberg, n'en reste pas moins un bon film, réalisé avec un soin et un sens de l'ambiance typiques de son auteur. L'approche originale et très personnelle de la science-fiction en fait une œuvre singulière.

Toujours grâce aux spécificités du système fiscal canadien, Cronenberg a accès à un budget encore plus important pour son film suivant SCANNERS, qui connaîtra un très beau succès, notamment aux USA, et installera définitivement la renommée internationale de son réalisateur.

Rédacteur : Emmanuel Denis
Photo Emmanuel Denis
Un parcours de cinéphile ma foi bien classique pour le petit Manolito, des fonds de culottes usés dans les cinémas de l'ouest parisiens à s'émerveiller devant les classiques de son temps, les Indiana Jones, Tron, Le Dragon du lac de feu, Le Secret de la pyramide... et surtout les Star Wars ! Premier Ecran fantastique à neuf ans pour Le retour du Jedi, premier Mad Movies avec Maximum Overdrive en couverture à treize ans, les vidéo clubs de quartier, les enregistrements de Canal +... Et un enthousiasme et une passion pour le cinéma fantastique sous toutes ses formes, dans toute sa diversité.
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