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Critique du film
CANDYMAN 2020

 

Candyman... Un nom qu'on peut prononcer une fois devant un miroir. A la limite deux fois. Peut-être trois. Quatre à ses risques et périls. La cinquième fait surgir le spectre de Daniel Robitaille, peintre noir lynché au XIXème siècle qui revient sous la forme du tueur Candyman !

Ce personnage apparaît dans le film CANDYMAN de Bernard Rose en 1992, sous les traits de Tony Todd. Ce bon film d'horreur connaît un certain succès dont découlent deux suites : le passable CANDYMAN 2 et le très raté CANDYMAN 3 : LE JOUR DES MORTS.

En 2017, Jordan Peele, jusqu'alors surtout actif en tant qu'acteur, s'impose avec sa première réalisation GET OUT, film d'horreur réussi confrontant un jeune photographe noir à une étrange communauté blanche. Son second film US connaît aussi un gros succès, même si cette insolite fable sociale nous a paru confuse. Il tient aussi divers postes de producteur, notamment pour une relance récente de la série «THE TWILIGHT ZONE: LA QUATRIÈME DIMENSION». Il initie aussi ce nouveau CANDYMAN, l'œuvre d'origine recoupant son regard sur le fantastique, le racisme et la société américaine.

Jordan Peele le produit et le co-écrit donc, tandis que la mise en scène échoit à Nia DaCosta, réalisatrice et scénariste révélée par LITTLE WOODS, développé dans le cadre du Festival du film indépendant de Sundance. L'acteur principal, Yahya Abdul-Mateen II, est d'abord repéré dans la série télé «THE GET DOWN» avant d'accéder à des rôles importants, par exemple dans la série «WATCHMEN», dans AQUAMAN et dans le prochain THE MATRIX RESURRECTIONS. A ses côtés, nous retrouvons des acteurs du film original comme Tony Todd (dans une courte apparition) et Vanessa Williams, qui reprend le rôle d'Anne-Marie McCoy, ayant déjà eu maille à partir avec le Candyman !

Jeune peintre prometteur de Chicago, Anthony McCoy vit avec sa compagne galeriste dans le quartier de Cabrini-Green. Autrefois délabré et rongé par les trafics, ce voisinage est maintenant réhabilité et attire des résidents huppés. Le beau-frère d'Anthony lui raconte l'étrange drame de Helen Lyle, chercheuse morte dans le quartier dans d'étranges circonstances il y a plus de vingt ans. L'artiste en mal d'inspiration se penche alors sur le mythe du Candyman...

Le Candyman se manifestant à travers les miroirs, le reflet se trouve logiquement un motif récurrent de ce nouveau CANDYMAN. Réflexion du film précédent, il en donne l'image inversé. Ses premiers instants présentent les logos Universal et MGM à l'envers. Puis le générique est le contraire de celui de 1992. Alors que ce dernier s'ouvrait sur une vue plongeante de Chicago, les immeubles sont ici filmés en contre-plongée complète, nous montrant les nouvelles tours de Cabrini-Green dont les sommets se perdent dans les nuages. Reflet inversé aussi car le protagoniste principal n'est plus une femme blanche d'origine bourgeoise, mais un homme noir d'extraction modeste.

Autre inversion, le quartier n'est plus un coupe-gorge, mais un lieu de gentrification, s'embourgeoisant jusqu'à effacer son passé lugubre. A travers le personnage d'Anthony McCoy, nous retrouvons le motif du jeune artiste noir déjà vu dans GET OUT. Jeune artiste de couleur plongé dans un univers lui promettant la réussite, mais aussi où les critiques, collectionneurs, galeristes, sont avant tout blancs, ce qui ne va pas sans malentendus, préjugés et arrière-pensées.

Le motif du reflet inversé n'est pas le seul convoqué puisque CANDYMAN apparaît aussi comme le reflet déformé de son prédécesseur. Déformé dans le sens que la première fois que la légende du CANDYMAN nous est contée, elle apparaît distordue, différente de ce que nous avons vu dans le film de Bernard Rose. Comme toute bonne légende urbaine, la geste du Candyman a circulé, a été réinventée, jusqu'à devenir une autre histoire. Une histoire déformée, comme celles que livre la police pour masquer les sanglantes bavures à l'encontre des habitants de Cabrini-Green...

Reflet déformé, mais aussi démultiplié car le Candyman n'est plus le seul spectre de Daniel Robitaille. Il devient l'émanation de plusieurs Noirs victimes d'injustices, de lynchages et autres brutalités policières à travers les décennies. Il reflète les multiples peurs des Noirs vivant au sein de la société américaine.

Anthony peut sembler éloigné de Helen, l'héroïne du premier CANDYMAN, mais ils partagent des points communs. Elle voulait exploiter la légende du Candyman pour en faire une thèse et un livre à succès. Son agression dans le quartier de Cabrini-Green allait même lui faire une publicité bienvenue. Anthony raisonne pareillement, trouvant dans cette légende une inspiration pour son œuvre. Lorsqu'un premier meurtre rappelant le Candyman se déroule en marge d'une de ses expositions, il y trouve une belle occasion de voir son nom à la télévision. Il embrasse avec opportunisme l'intérêt, en grande partie malsain, que cette affaire attire sur ses tableaux. Comme Helen, croyant pouvoir profiter impunément de la légende du Candyman, il met le doigt dans un dangereux engrenage.

Ce nouveau CANDYMAN bénéficie d'une mise en images très élégante, Nia DaCosta signe des séquences inquiétantes, jouant habilement sur l'architecture et la topographie. La séquence dans l'appartement de la critique, avec ses jeux de miroirs et ses angles inhabituels, constitue une réussite atmosphérique indéniable. De même, le meurtre dans la galerie d'art est une réussite visuelle, bien qu'affaiblie par des personnages caricaturaux.

Proposant de bonnes idées et une investigation intéressante menée par Anthony, CANDYMAN cuvée 2021 s'égare dans des scènes inutiles, par exemple celle mettant en scène des lycéennes, qui trahit un flottement dans ce métrage à l'intensité inégale. Son dénouement confus ne nous a pas convaincu, quand bien même il offre encore quelques belles images.

Ce nouveau CANDYMAN est une vraie suite et non un remake, respectueuse de sa source d'origine, que ce soit dans ses personnages ou dans ses idées. Bien pensé, avec une enquête et des personnages intéressants, il souffre cependant de la comparaison avec son prédécesseur. Il n'en retrouve pas les moments d'angoisse (mémorable scène des toilettes !), ni ne convoque la poésie et le lyrisme du personnage-titre, ici dénué de tout romantisme. Le nouveau CANDYMAN constitue cependant une œuvre intéressante, qui a le mérite d'approcher le fantastique et l'horreur avec ambition.

A sa sortie américaine, il connaît un succès honorable, rentrant dans l'histoire de Hollywood comme le premier long métrage d'une réalisatrice noire à se trouver en tête du box-office. Ce qui est sujet à réjouissance, mais aussi à honte quand nous pensons qu'il aura fallu 135 ans d'histoire du cinéma pour voir arriver ce jour.

Rédacteur : Emmanuel Denis
Photo Emmanuel Denis
Un parcours de cinéphile ma foi bien classique pour le petit Manolito, des fonds de culottes usés dans les cinémas de l'ouest parisiens à s'émerveiller devant les classiques de son temps, les Indiana Jones, Tron, Le Dragon du lac de feu, Le Secret de la pyramide... et surtout les Star Wars ! Premier Ecran fantastique à neuf ans pour Le retour du Jedi, premier Mad Movies avec Maximum Overdrive en couverture à treize ans, les vidéo clubs de quartier, les enregistrements de Canal +... Et un enthousiasme et une passion pour le cinéma fantastique sous toutes ses formes, dans toute sa diversité. S'il fallait faire mienne une maxime en la matière, je reprendrais (de mémoire !) une citation de Roman Polanski : «les personnes qui aiment vraiment le cinéma aiment le fantastique» !
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