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Critique du film
MALIGNANT 2021

 

En 2004, le machiavélique SAW inaugure la mode du Torture Porn et une série qui en est aujourd'hui à son neuvième métrage. Son jeune réalisateur James Wan se trouve propulsé comme jeune espoir du cinéma d'horreur. Pourtant, ses deux métrages suivants, le film de pantin hanté DEAD SILENCE et le thriller violent DEATH SENTENCE, ne reçoivent que des succès d'estime. Œuvres intéressantes, elles ne renouvellent pas le choc SAW.

Sous l'égide du studio Blumhouse qui vient de cartonner avec PARANORMAL ACTIVITY, James Wan retourne au cinéma bricolé de ses origines avec les deux premiers INSIDIOUS, réminiscences à tout petit budget de POLTERGEIST qui rencontrent un beau succès. Wan passe alors chez New Line, filiale pour films spécialisés de Warner, et tourne THE CONJURING, renvoi délibérément rétro à AMITYVILLE, LA MAISON DU DIABLE et autres L'EXORCISTE. Triomphe à nouveau pour ce titre qui génère à son tour de nombreuses suites, séries connexes et imitations. Il démontre aussi qu'une interdiction aux moins de 17 ans non accompagnés aux USA (classement R) n'empêche pas un film d'horreur de faire des entrées, bien au contraire !

Pour passer à la vitesse supérieure de sa carrière, James Wan embraie sur son premier blockbuster avec FAST & FURIOUS 7, signant un épisode passable et impersonnel de la déjà trop longue saga familiale Toretto. Après le solide THE CONJURING 2, il retourne au blockbuster avec l'amusant AQUAMAN, dont le triomphe inespéré redonne des couleurs à la chaotique saga DC comics de Warner. Ayant déjà offert trois gros succès à ce studio, sans compter tous les titres dérivés de THE CONJURING qu'il produit, James Wan rejoint les rangs des réalisateurs chouchous de la maison, (presque) au même titre qu'un Christopher Nolan ou un Clint Eastwood ! Il se retrouve avec une quasi carte blanche pour son film suivant, tourné avant le second volet d'AQUAMAN.

Pour MALIGNANT, James Wan retourne à son genre de prédilection, à savoir l'horreur violente, tout en refusant de se laisser enfermer dans le genre Maison Hantée après quatre films sur le sujet. Il signe un thriller contemporain pour lequel il met en vedette Annabelle Wallis. Issue de la série télé «PEAKY BLINDERS», elle a tenu son premier grand rôle dans ANNABELLE, sa carrière ayant ensuite eu la malchance de croiser quelques blockbusters frappés d'insuccès tels LE ROI ARTHUR, LA LÉGENDE D'EXCALIBUR de Guy Ritchie et surtout LA MOMIE avec Tom Cruise.

Dans sa maison, la jeune infirmière Madison Mitchell subit une agression terrible au cours de laquelle périssent son mari et l'enfant qu'elle porte. Traumatisée, elle se trouve hantée par des visions d'assassinats au moment même où ils se produisent. Ces meurtres renvoient à un hôpital isolé, lugubre bâtisse ayant accueilli un malade très particulier il y a trente ans...

Tournant le dos aux spectres et autres possessions, James Wan s'oriente vers un mélange de thriller et d'horreur, rehaussé de touches de fantastique. Il se dirige donc vers une relecture de titres américains comme LES YEUX DE LAURA MARS ou les suspenses de Brian De Palma, mais aussi et surtout du genre Giallo !

Si MALIGNANT louche effectivement vers ce genre du cinéma Bis italien, la nostalgie de James Wan renvoie ici vers les années quatre-vingt, et particulièrement les films de Dario Argento de cette période tels TÉNÈBRES, PHÉNOMÉNA, TERREUR A L'OPÉRA ou LE SYNDRÔME DE STENDHAL. Si dans ANNABELLE, Annabelle Wallis prenait des airs de Mia Farrow, nous lui trouvons ici une ressemblance avec Daria Nicolodi !

MALIGNANT se déroule ainsi dans une ambiance urbaine aux tons sombres, bleus, métalliques, imprégnés des éclairages blafards des néons. Autant de souvenirs visuels nous renvoyant à TÉNÈBRES. Alors que la police piétine, laissant le tueur aligner les meurtres sanglants à l'écran, l'héroïne se voit persécutée bizarrement par l'assassin, comme dans LE SYNDRÔME DE STENDHAL ou TERREUR A L'OPÉRA.

Elle se découvre aussi douée de pouvoirs paranormaux, lui permettant de visualiser des crimes en direct, un étrange lien psychique reliant la proie et l'assassin. Le tueur arbore bien entendu l'arme blanche réglementaire (large lame rappelant celle vue dans TERREUR A L'OPÉRA) et les gants de cuir noir à fermeture éclair de rigueur. La musique martèle riffs de guitares et pulsions électroniques comme au temps de TÉNÈBRES, parfois ponctués de vocalises de soprano, comme dans les compositions de Claudio Simonetti pour PHENOMENA ou TERREUR A L'OPÉRA. A noter que le thème principal est en fait un morceau des Pixies resservi de façon inattendue. Après sa citation héroïque dans THE SUICIDE SQUAD, le groupe de Black Francis et Kim Deal a donc le vent en poupe au cinéma !

L'intrigue policière joue sur l’ambiguïté des apparences, notion clé de la mise en scène argentéenne depuis L'OISEAU AU PLUMAGE DE CRISTAL, mais aussi de SAW. James Wan concocte ainsi dans MALIGNANT un prologue brutal, à l'interprétation plus ambiguë qu'il n'y paraît.

Après ce prologue sanglant, un générique aligne des plans chirurgicaux au gore croustillant. Car James Wan propose un spectacle cruel, sanguinolent. Les os se brisent, le sang éclabousse les décors, le tueur affiche un faciès difforme et suintant. MALIGNANT offre aussi quelques poursuites haletantes, dont l'une se termine dans un souterrain nous rappelant les passages secrets d'INFERNO – Argento, encore.

MALIGNANT s'offre un scénario alambiqué au possible, multipliant les retournements de situation destinés à surprendre le spectateur au maximum, quitte à laisser la vraisemblance et la logique de côté. Le lyrisme, l'effet théâtral, le moment d'art cinématographique deviennent les objectifs recherchés en priorité par la narration - et atteints parfois avec beaucoup de réussite. A nouveau l'influence du réalisateur de PHENOMENA ou INFERNO se ressent donc !

Respectueux de ses inspirations, James Wan n'en reste pas moins fidèle à son style. Nous retrouvons son goût du bricolage et des effets tournés sans numérique. Par exemple lors d'un travelling plongeant nous faisant traverser l'entièreté de la maison de Madison. Il recourt fréquemment à des contorsionnistes, comme dans les THE CONJURING, pour donner au tueur une silhouette et des mouvements inhabituels et inquiétants.

Les effets numériques ne servent donc que peu, en fait essentiellement pour les visions paranormales de Madison dans lesquelles les décors se métamorphosent à vue d’œil. Visuellement créatif, James Wan recherche des plans mobiles et intéressants, sollicite l'attention du spectateur. Il soigne ses éclairages insolites, choisit ses décors et accessoires avec une vision singulière, énergique et colorée.

Dans le dénouement de MALIGNANT, James Wan se permet une succession de révélations étonnantes, empruntant à nouveau aux films de Dario Argento déjà énumérés. Mais aussi au souvenir de Brian De Palma ainsi qu'à une vision horrifique fugitive de L'ANTRE DE LA FOLIE. Mais chut, nous en avons déjà trop dit !

Les révélations de MALIGNANT vont loin, très loin. Trop loin ? La question se pose tant après deux premiers actes très réussis, MALIGNANT passe à autre chose, basculant sans ambage dans un fantastique très différent, ponctué de scènes d'action bizarroïdes. Non qu'elles soient ratées, mais elles nous paraissent en trop brutale rupture avec le reste du métrage. Le film de super-héros n'est pas très loin ! Si la fin inclut des éléments intéressants, elle se conclut sur la promesse trop évidente et facile d'une suite.

Une chose est sûre, après le succès d'AQUAMAN, James Wan ne renie pas ses origines, étalant son amour pour un cinéma sanglant, extrême, ludique et parfois provocateur. Comme le démontre cette politiquement incorrecte scène d'emprisonnement de Madison dans une cellule à la faune féminine pour le moins patibulaire, menée par une loubarde très masculine incarnée par Zoë Bell ! James Wan ne cherche pas le bon goût, ne cherche pas à se mettre la critique classique et le public conventionnel dans la poche. Il n'en fait qu'à sa tête et à l'instar de James Gunn dans un récent THE SUICIDE SQUAD, profite de la liberté que lui laisse Warner pour se faire très plaisir, signant le film qu'il voudrait voir en tant que spectateur.

Dommage qu'à force de mélanger tout et n'importe quoi, MALIGNANT n'atteigne pas une conclusion à la hauteur de son potentiel. Cela étant dit, s'il ne s'agit pas du film le plus réussi de son metteur en scène, c'est un métrage intéressant, riche en trouvailles et en ambiances mémorables, au récit et aux thématiques aussi riches que variés.

Rédacteur : Emmanuel Denis
Photo Emmanuel Denis
Un parcours de cinéphile ma foi bien classique pour le petit Manolito, des fonds de culottes usés dans les cinémas de l'ouest parisiens à s'émerveiller devant les classiques de son temps, les Indiana Jones, Tron, Le Dragon du lac de feu, Le Secret de la pyramide... et surtout les Star Wars ! Premier Ecran fantastique à neuf ans pour Le retour du Jedi, premier Mad Movies avec Maximum Overdrive en couverture à treize ans, les vidéo clubs de quartier, les enregistrements de Canal +... Et un enthousiasme et une passion pour le cinéma fantastique sous toutes ses formes, dans toute sa diversité. S'il fallait faire mienne une maxime en la matière, je reprendrais (de mémoire !) une citation de Roman Polanski : «les personnes qui aiment vraiment le cinéma aiment le fantastique» !
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