Header Critique : VIERGES DE SATAN, LES (THE DEVIL RIDES OUT)

Critique du film
LES VIERGES DE SATAN 1968

THE DEVIL RIDES OUT 

En Grande-Bretagne, durant l'entre-deux guerres, le duc de Richleau et ses amis affrontent une secte satanique dirigée par le sorcier Mocata.

C'est Christopher Lee, alors vedette de l'épouvante très présente sur les écrans, qui propose à la compagnie Hammer d'adapter le roman «The Devil Rides Out» de Dennis Wheatley, écrivain britannique connaissant un grand succès pour ses œuvres fantastiques depuis les années vingt.

La Hammer, alors liée par un accord de distribution aux puissantes Majors américaines 20th Century Fox et Warner, accepte ce projet et le confie à Terence Fisher, son réalisateur le plus prestigieux. L'année précédente, il vient de mettre en scène FRANKENSTEIN CRÉA LA FEMME pour eux.

Le scénario de ce nouveau métrage, nommé LES VIERGES DE SATAN, est écrit par le grand auteur de littérature fantastique Richard Matheson. Celui-ci a souvent travaillé pour le cinéma, notamment en adaptant ses propres écrits (L'HOMME QUI RÉTRÉCIT de Jack Arnold) ou ceux d'Edgar Poe (pour le réalisateur Roger Corman durant la première moitié des années soixante).

Christopher Lee interprète le rôle principal, celui du duc de Richleau. Ce qui permet à ce spécialiste des rôles de méchant d'aborder pour une fois un personnage de "gentil" - et accessoirement d'apparaître à l'écran pendant la quasi-totalité du métrage. Le chef de la secte satanique est incarné par Charles Gray, vu dans le James Bond ON NE VIT QUE DEUX FOIS l'année précédente et repéré par les dirigeants de la Hammer pour son travail au théâtre.

Parmi les styles de cinéma d'épouvante, le film "de secte" a offert quelques grands classiques avant LES VIERGES DE SATAN. Ainsi, le fameux producteur Val Lewton fait réaliser à Mark Robson LA SEPTIÈME VICTIME en 1943 pour la compagnie américaine RKO : une orpheline y partait à la recherche de sa sœur et découvrait une redoutable secte d'adorateurs de Satan. Le génial RENDEZ-VOUS AVEC LA PEUR de Jacques Tourneur fait s'affronter en 1957 un scientifique américain et un redoutable sorcier britannique, initiant l'idée d'un cinéma d'épouvante anglais trouvant ses sources dans l'ésotérisme local et les légendes celtiques. Il est suivi en 1962 par NIGHT OF THE EAGLE sur un sujet proche, réussite écrite notamment par Richard Matheson, encore lui, et Charles Beaumont, plumes récurrentes de « LA QUATRIÈME DIMENSION ». Enfin, dans le film Hammer LES SORCIÈRES de 1966, une institutrice découvre une secte de sorcières dans un village anglais isolé.

En plus de se rattacher à ce courant très intéressant, LES VIERGES DE SATAN a le mérite de se dérouler en plein cœur des années 1920, proposant aux spectateurs une atmosphère « années folles » différente de celle des classiques gothiques. Louons le travail toujours irréprochable de l'indéboulonnable Bernard Robinson, directeur artistique des plus belles œuvres de la Hammer. Il propose à nouveau de magnifiques décors (la clairière du sabbat, l'observatoire astronomique) dans lesquels dominent les teintes pourpres et brunes, rappels chromatiques des robes des sectateurs.

Comme souvent chez Terence Fisher, LES VIERGES DE SATAN est structuré par une lutte entre les principes antagonistes et symétriques du Bien et du Mal. Le couple Richleau/Mocata renvoie à l'affrontement Van Helsing/Dracula du CAUCHEMAR DE DRACULA. Comme le fameux chasseur de vampires, Richleau est un croisé au service du bien, réclamant l'aide des anges et des archanges combattants, Raphaël et Gabriel, afin de terrasser les serviteurs de la Bête.

Au fait de tous les savoirs occultes, il utilise indifféremment les ressources de la science (l'hypnose), de la magie blanche (cercle protecteur tracé à la craie, incantations, spiritisme) et du folklore chrétien (eau bénite, crucifix). Il reconnaît sans difficulté les signes du Démon, par exemple dans les conversations apparemment anodines entre des sectateurs. Il consulte des grimoires de sorcellerie à la bibliothèque du British Museum afin d'y découvrir de puissants sortilèges capables de contrer les maléfices convoqués par Mocata.

Ce dernier est le pendant négatif et inquiétant de Richleau. Dirigeant une secte sataniste, il manipule les secrets les plus noirs. Il recrute des âmes pour les corrompre et les mettre au service du Malin. Pour ce faire, il emploie de nombreux sorts malfaisants (possession, invocation de démons mineurs ou majeurs). Il préside des messes noires dans des sites judicieusement choisis, comme un cercle de très anciennes pierres levées en plein cœur de la forêt anglaise.

Une grand part de la réussite des VIERGES DE SATAN repose sur les excellentes interprétations de Christopher Lee, énergique et décidé, et de Charles Gray, charismatique et mystérieux, qui incarnent ces deux figures.

Comme dans LE CAUCHEMAR DE DRACULA donc, la structure du récit repose sur l'affrontement entre les deux puissances de la lumière et des ténèbres. Elles se tendent des pièges, mettent au point des stratagèmes et des coups de force afin de déjouer les plans de l'adversaire, jusqu'à ce qu'un des bords l'emporte. L'emporte temporairement bien sûr, la lutte entre le bien et le mal étant un cycle rythmant l'activité de l'univers, cycle voué à se répéter à l'infini.

LES VIERGES DE SATAN bénéficie d'un script remarquable. Matheson exploite avec le plus grand sérieux les possibilités offertes par la magie et propose des rebondissements et situations aussi purement fantastiques qu'indéniablement originales.

Le sens du rythme implacable de Terence Fisher souligne encore ces qualités dramatiques. En quelques plans, le metteur en scène nous plonge en plein cœur de l'action. Richleau et un ami font une visite surprise à une de leurs connaissances. Ils se rendent aussitôt compte qu'ils ont atterri dans une réunion de satanistes. L'action est ainsi mise en place en quelques plans.

Monteur de formation, Fisher manie remarquablement l'ellipse et évite toutes les séquences pouvant ressembler à de fastidieux bavardages explicatifs. L'intrigue, pourtant complexe, reste d'une limpidité exemplaire. Nous passons constamment d'un morceau de bravoure à une scène d'action pétaradante, sans temps mort.

Parmi toutes ces séquences spectaculaires, nous relevons ce sabbat qui culmine avec le sacrifice d'une chèvre, suivie d'une orgie (fort timide, pour ne pas choquer la prude censure britannique) et enfin de l'apparition du Diable en personne ! Nous apprécions aussi une impressionnante poursuite dans de superbes voitures anglaises.

La séance d'hypnose, infligée imperceptiblement par Mocata à une jeune femme, démontre quant à elle le savoir-faire de Fisher lorsqu'il s'agit de faire monter la tension dans un affrontement entre deux personnages. Et ce, même si ils sont simplement assis à faire la conversation. Nous pensons à l'intense confrontation verbale entre Peter Cushing et le Prêtre dans LA MALÉDICTION DES PHARAONS de Fisher, très similaire.

Le summum de l'efficacité est atteint lorsque Richleau et ses trois amis, réfugiés dans un cercle magique, sont harcelés durant toute une nuit par les forces des ténèbres déchaînées par Mocata.

Toutes ces séquences doivent beaucoup à la superbe musique de James Bernard qui accompagne avec rigueur et puissance leurs progressions. Mais... LES VIERGES DE SATAN souffre de ses effets spéciaux trop limités si rapportés à l'ambition du script. L'apparition du Diable ou de l'Ange de la Mort, les incrustations lors de la poursuite en voiture ou de l'attaque de l'araignée, sont faibles et nuisent au bon fonctionnement de certains passages.

LES VIERGES DE SATAN reste pourtant une très grande réussite de Terence Fisher et de la Hammer, notamment grâce à son rythme trépidant, à la qualité de son script, à l'élégance de sa direction artistique et à son interprétation irréprochable. Il est aujourd'hui reconnu à juste titre comme un grand classique de l'épouvante britannique, une des plus belles gemmes de la Hammer.

Son exploitation au cinéma fonctionne plutôt bien en Grande-Bretagne, mais il connaît un échec aux USA, précipitant la fin de la collaboration entre la 20th Century Fox et la Hammer. Cette petite compagnie britannique, très dépendante de ses commanditaires américains, se retrouve dans l'embarras. Heureusement, la Warner prend le relais et se charge de la distribution américaine des principaux films Hammer suivants. Notons au passage que quelques semaines avant l'apparition sur les écrans des VIERGES DE SATAN sort ROSEMARY'S BABY réalisé par Roman Polanski, qui donne lui aussi la vedette au Diable !

Rédacteur : Emmanuel Denis
Photo Emmanuel Denis
Un parcours de cinéphile ma foi bien classique pour le petit Manolito, des fonds de culottes usés dans les cinémas de l'ouest parisiens à s'émerveiller devant les classiques de son temps, les Indiana Jones, Tron, Le Dragon du lac de feu, Le Secret de la pyramide... et surtout les Star Wars ! Premier Ecran fantastique à neuf ans pour Le retour du Jedi, premier Mad Movies avec Maximum Overdrive en couverture à treize ans, les vidéo clubs de quartier, les enregistrements de Canal +... Et un enthousiasme et une passion pour le cinéma fantastique sous toutes ses formes, dans toute sa diversité. S'il fallait faire mienne une maxime en la matière, je reprendrais (de mémoire !) une citation de Roman Polanski : «les personnes qui aiment vraiment le cinéma aiment le fantastique» !
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