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Critique du film
DRACULA 3D 2012

 

Jonathan Harker est attendu dans le château transylvanien de l'étrange Comte Dracula pour y faire l'inventaire de sa gigantesque librairie. Il est reçu par un hôte morbide et oppressant dont le but est d'atteindre sa fiancée, persuadé qu'il s'agit de la réincarnation de sa femme disparue.

Après moult ratages, chaque nouveau film de Dario Argento est attendu avec cette égale ambiance de naïveté et de sadisme de la part de ses spectateurs. Le jeu de massacre est pourtant consentant dans les deux sens. Sous le masque de l'attente d'une réincarnation artistique, les fans du metteur en scène isolent d'emblée leur idole de la période faste de sa carrière, se régalant de ses navets comme pour mieux sublimer ses plus grands chefs d'œuvres. Argento, quant à lui, poursuit les expériences malheureuses en se rassurant sur le fait que, aussi bancals soient ses derniers films, le culte que lui portent ses fans ne s'érodera jamais tant qu'il occupera la scène. Et cela marche. Argento n'a jamais été autant dans la lumière, jamais été autant considéré comme un maître du fantastique. Présenté avec les honneurs dans le grand palais du Festival de Cannes, DRACULA 3D, son nouvel essai, exaltait la fièvre paradoxale précédant la découverte d'un nouvel opus du maestro : personne n'y croyait mais tout le monde voulait y croire. Sans surprise, le film est un nouveau ratage. Et sans surprise, malgré la déception, la salle sera debout en fin de séance pour applaudir à tout rompre le génie de SUSPIRIA que rien ne pourra jamais déchoir.

Avant de personnellement traîner dans la boue Argento, comme l'ont fait la majorité des avis à chaud à la sortie de la projection, il serait bon d'arrêter de considérer le cinéaste comme un artiste autonome ayant perdu ses moyens. Il serait intéressant de le voir sous l'angle du metteur en scène peinant à travailler à l'intérieur d'une industrie cinématographique italienne en pleine déliquescence. Argento est une ancienne gloire devenue la proie facile de producteurs véreux capables de monter des projets sur son nom, aussi aberrants soient-ils. Après GIALLO, une commande opportuniste absolument catastrophique, Argento tombe avec ce DRACULA 3D dans les griffes du producteur Giovanni Paolucci (alias Gianni Paolucci). Ce nom vous dit-il quelque chose ? Il s'agit du producteur des derniers films de Bruno Mattei, des purges odieuses (certes hilarantes) tournées en dépit du bon sens aux Philippines. Paolucci monte donc subitement en gamme en associant trois éléments très vendeurs : l'histoire devenue universelle de Dracula, le nom d'Argento à la mise en scène pour la caution «auteur» et enfin la 3D pour satisfaire les caprices du marché. Comme convenu, cette équation purement commerciale lève les millions d'euros (officiellement cinq, officieusement beaucoup plus), millions qui auront bien du mal à se frayer un chemin vers le film fini.

Sur le papier, DRACULA 3D était pourtant prometteur. Le rôle du comte est attribué à l'excellent Thomas Kretschmann, déjà connu d'Argento pour avoir campé le forcené du SYNDROME DE STENDHAL. En face de lui, l'über culte Rutger Hauer prête ses traits à Van Helsing. Autour de ce duo déjà alléchant se greffe la jolie Marta Gastini, découverte dans LE RITE de Mikael Hafström, ainsi que l'incontournable fille du cinéaste Asia. Derrière la caméra, les «stars» se bousculent aussi. L'image est signée par Luciano Tovoli, immortel chef opérateur de SUSPIRIA. Claudio Simonetti, dernier rescapé des Goblins, est en charge de la musique tandis que Sergio Stivaletti assure les effets spéciaux sur le plateau. Tout était donc réuni pour faire un bon film... Ou pour enfumer le cinéphile crédule.

Malgré les efforts déployés, DRACULA 3D ne fait pas illusion bien longtemps. Le film n'apporte absolument rien au mythe de Dracula. L'histoire, simplifiée au maximum, ne fait qu'enchaîner mécaniquement des séquences pompées sur la version de Francis Ford Coppola. Peu à peu, le film va s'engourdir dans un rythme d'une mollesse sans nom, mollesse d'autant plus plombante que le film n'est pas découpé. Quasiment l'intégralité de DRACULA 3D est composée de plans larges très théâtraux laissant les acteurs se dépêtrer dans le cadre. Il faudra attendre quelques courtes séquences, comme l'attaque de Dracula dans une taverne, pour que le film nous secoue un peu (en recyclant, certes, certains plans du maître comme la balle de revolver traversant une bouche ouverte). La musique de Simonetti est également une déception, son score confondant vintage et ringardise. Mais le pire reste les affreux effets numériques du film. Seule véritable initiative de cette version, Dracula peut prendre la forme de différents animaux. Une excellente idée sur laquelle se repose énormément la mise en scène de Dario Argento. Malheureusement, les effets spéciaux intégrés au film ne sont manifestement pas finis ! Un comble pour une production estimée à plusieurs millions d'euros. Il faudra donc penser à fermer régulièrement les yeux devant les transformations bien Z du comte (en loup, en essaim de mouches, en chouette), les rouvrir incrédule lorsque ce dernier prend la forme d'une mante religieuse géante (pourquoi géante d'ailleurs ?), ou bien tenter de ne pas rigoler devant une torche humaine bien mal torchée.

L'addition est lourde pour DRACULA 3D. Pourtant, comme toujours avec Argento, on ne peut s'empêcher de pardonner, de s'accrocher en se jurant que la scène suivante possèdera le vestige d'un trait de génie. Le film, dans toute son aberration, ses effets foireux, son statisme, prodigue alors une sorte de charme suranné. En bon gros Bis qu'il est malgré lui, DRACULA 3D ne peut s'empêcher d'offrir dès les premières minutes la poitrine généreuse de Miriam Giovanelli au strabisme stéréoscopique des spectateurs. La photo de Tovoli, incroyablement anachronique, nous donne la jolie impression de visionner un film de la Hammer réinventé pour la 3D et l'étalonnage numérique. Le résultat est très agréablement statique et le relief est, pour une fois, discret et reposant. Quant aux comédiens, leur aura de sympathie rend touchante leur performance pourtant bien nanarde. Asia Argento est gentiment grotesque dès lors qu'elle se transforme en vampire et Rutger Hauer est en pilotage automatique comme s'il était revenu à sa période de traversée du désert. De manière purement ésotérique, on pourra donc se surprendre, passé le générique de fin, à ne pas détester DRACULA 3D. Voir à s'amuser en rejouant mentalement certaines scènes nous ayant consternées quelques minutes plus tôt. Certains fans du cinéaste estimeront que ce nouvel opus n'est donc «pas si mal», voir même «prometteur» pour la suite de la carrière du maître après le catastrophique GIALLO. Argento, quant à lui, doit se demander maintenant avec quel nouveau gougnafier il devra s'acoquiner s'il veut avoir la chance de réaliser encore un autre film.

Rédacteur : Eric Dinkian
Photo Eric Dinkian
Monteur professionnel pour la télévision et le cinéma, Eric Dinkian enseigne en parallèle le montage en écoles. Il est auteur-réalisateur de trois courts-métrages remarqués dans les festivals internationaux (Kaojikara, Precut Girl et Yukiko) et prépare actuellement son premier long-métrage. Il collabore à DeVilDead depuis 2003.
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