Amorcée en 2002 avec RESIDENT EVIL, la série de films en prises de vue réelles adaptés du jeu vidéo du même nom connaît quinze années de bons et loyaux services. Elles se concrétisent par pas moins de six longs métrages, collaborations entre des studios américain (la Major Sony) et européens (le français Davis Films et l'allemand Constantin film). Ce cycle zombiesque rencontre une réussite commerciale constante. Si le public américain finit par s'en lasser, le succès international reste au rendez-vous.

Il est quand même décidé de passer à autre chose après RESIDENT EVIL : CHAPITRE FINAL, l'idée de réinitialiser cette saga faisant son chemin. Le britannique Johannes Roberts en reprend la supervision artistique, auparavant contrôlée par Paul W.S. Anderson. Il réalise et scénarise donc ce nouveau RESIDENT EVIL : BIENVENUE À RACCOON CITY.

Johannes Roberts émerge auprès du public français avec le film de fantômes THE DOOR en 2016, puis avec IN THE DEEP, métrage de requins tueurs. Il confirme avec THE STRANGERS: PREY AT NIGHT en 2018, suite tardive de THE STRANGERS qui s'avère un slasher brutal et prometteur.

Avec RESIDENT EVIL : BIENVENUE À RACCOON CITY, il met en vedette Kaya Scodelario (la jeune nageuse de CRAWL) dans le rôle de Claire Redfield et donne à Neal McDonough (MINORITY REPORT, CAPTAIN AMERICA : THE FIRST AVENGER) celui de William Birkin, savant ambigu œuvrant pour la firme Umbrella.

Élevée avec son frère Chris à l'orphelinat de Raccoon City, Claire Redfield s'en est enfuie dans sa jeunesse. Elle revient dans cette ville des années plus tard et tente de renouer des liens avec Chris devenu policier. Depuis leur enfance, le grand groupe pharmaceutique Umbrella a quitté la région. Raccoon City a sombré dans le chômage tandis que ses sols sont restés empoisonnés par une pollution chimique tenace. A tel point qu'une alerte sanitaire est lancée le soir du retour de Claire et que Raccoon City se trouve bouclée par d'étranges militaires...

Quand il signe son premier RESIDENT EVIL, Paul W.S. Anderson met le film de zombies à une sauce relevée de science-fiction technologique et d'action énergique. Un panachage qui fonctionne et apporte au public un équilibre qui lui convient. Avec RESIDENT EVIL : BIENVENUE À RACCOON CITY, Johannes Roberts démarre l'action un peu en amont des événements de RESIDENT EVIL. Et surtout choisit de remettre l'horreur classique au cœur du métrage.

Les événements se déroulent entièrement de nuit, nous faisant visiter divers bâtiments emblématiques de Raccoon City, tous dans des états délabrés, cultivant une touche gothique diamétralement opposée à l'ambiance des métrages de Paul W.S. Anderson. Commissariat décati, villa abandonnée, orphelinat sinistré et autres installations souterraines obscures constituent la toile de fond de ce métrage, jouant la carte du gore et d'une épouvante très premier degré.

Raccoon City est une ville presque désertée, à peine peuplée par quelques policiers et habitants abandonnés à eux-même. Certains commencent à virer au mutant à force de s'abreuver à une nappe phréatique contaminée par les expériences d'Umbrella. Expériences auxquelles le professeur Birkin, installé de longue date à Raccoon City, ne semble pas étranger.

Parmi les personnages principaux, Claire et Chris apparaissent dès le prologue comme deux orphelins ayant grandi dans une institution de la ville. En secret, des enfants y servent de cobayes à des essais de laboratoire. Claire parvient à s'enfuir. Mais de quelles expériences parle-t-on ? Dans quelles circonstances Claire s'est enfuie ? Pourquoi son frère n'a pas été soumis à ces expériences ? Autant de questions restant mystérieuses, parmi de nombreuses autres, tant l'écriture de RESIDENT EVIL : BIENVENUE À RACCOON CITY cultive le vague et l'abscons.

Film de groupe, il présente superficiellement ses personnages, les éparpillant au gré d'intrigues légères ayant pour seul objectif de caser un maximum de figures, de lieux et de situations emblématiques du jeu. Et tant pis si la cohérence, le rythme et l'intérêt du spectateur s'égarent en route. Et ce d'autant plus que le métrage se trouve desservi par une interprétation démotivée et des dialogues très bas de gamme, comme ceux que s'échangent les policiers au bar local ou au commissariat. Outre des répliques affligeantes, le métrage accumule en plus les situations absurdes, comme ce personnage qui n'est pas réveillé par l'explosion d'un camion citerne à une dizaine de mètres de lui au motif qu'il a un walkman sur les oreilles !

Ce film n'est pas aidé par des moyens manifestement réduits, trahis par exemple au moment de l'assiègement du commissariat par une petite poignée de zombies épars, que Johannes Roberts tente sans succès de faire passer pour une foule plus nombreuse. Lorsqu'un hélicoptère est supposé voler ou un train censé rouler, RESIDENT EVIL : BIENVENUE À RACCOON CITY recourt à des subterfuges économiques qui ne trompent que les spectateurs les plus crédules. Il emploie aussi des trucages numériques de bas niveau, en particulier dans son final ponctué d'explosions grossières. Ou au travers d'un plan gaguesque malvenu à base de vache volante, appelé à rester dans les mémoires pour de mauvaises raisons.

Enfin, cultivant son ambiance ténébreuse, RESIDENT EVIL : BIENVENUE À RACCOON CITY s'afflige d'une photographie trop sombre, au grain numérique désagréable et pâteux. Cette approche culmine dans une fusillade pénible éclairée (par intermittence) au briquet !

RESIDENT EVIL : BIENVENUE À RACCOON CITY revisite le bestiaire du cycle, parfois avec une certaine réussite, certaines mutations réveillant des souvenirs de FROM BEYOND. Mais c'est peu, et ce n'est pas assez pour sauver RESIDENT EVIL : BIENVENUE À RACCOON CITY de son naufrage quasi-total.

Mal écrit, mou dans son déroulement et désagréable à regarder avec sa pénombre mal gérée, cette relance à l'économie de RESIDENT EVIL reste bien en-dessous de son potentiel et de son modèle, rejoignant HALLOWEEN KILLS parmi les prolongements inutiles et ratés de séries à bout de souffle.

Rédacteur : Emmanuel Denis
Photo Emmanuel Denis
Un parcours de cinéphile ma foi bien classique pour le petit Manolito, des fonds de culottes usés dans les cinémas de l'ouest parisiens à s'émerveiller devant les classiques de son temps, les Indiana Jones, Tron, Le Dragon du lac de feu, Le Secret de la pyramide... et surtout les Star Wars ! Premier Ecran fantastique à neuf ans pour Le retour du Jedi, premier Mad Movies avec Maximum Overdrive en couverture à treize ans, les vidéo clubs de quartier, les enregistrements de Canal +... Et un enthousiasme et une passion pour le cinéma fantastique sous toutes ses formes, dans toute sa diversité.
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