Header Critique : OISEAUX, LES (THE BIRDS)

Critique du film
LES OISEAUX 1963

THE BIRDS 

Melanie, jeune californienne, se rend dans la petite ville côtière de Bodega Bay avec l'intention d'y séduire un avocat célibataire. Pendant ce temps, les oiseaux de la région se comportent de plus en plus agressivement envers les humains...

En 1960, PSYCHOSE, réalisé et produit par Alfred Hitchcock avec un budget très modeste, s'avère un succès mondial. Hitchcock se consacre ensuite à LES OISEAUX, inspiré par une nouvelle de Daphné Du Maurier, écrivain dont il a déjà adapté le roman REBECCA en 1940. Il s'inspire aussi de faits divers réels au cours desquels des oiseaux malades ont attaqué des hommes.

La préparation des OISEAUX s'avère très longue pour l'époque. Le film n'est en effet tourné qu'en 1962. En effet, Dave Fleischer et Larry Hampton doivent élaborer de nombreux trucages inédits pour rendre crédibles les scènes d'agressions aviaires. Des centaines d'oiseaux sont réunis : Ray Berwick, dresseur pour la série TV «LASSIE» et le film JONATHAN LIVINGSTON LE GOÉLAND, se charge de la besogne titanesque de les diriger.

Dans le rôle principal, nous trouvons Tippi Hedren, auparavant mannequin, et que Hitchcock présente comme une de ses trouvailles. Elle tournera encore avec lui dans PAS DE PRINTEMPS POUR MARNIE l'année suivante aux côtés de Sean Connery ; puis nous la voyons dans LA COMTESSE DE HONK KONG en 1967, dernière réalisation de Charles Chaplin. Sa carrière périclite ensuite et se limite à des petites productions ou à des œuvres pour la télévision. A ses côtés, nous retrouvons Rod Taylor, vedette de LA MACHINE À EXPLORER LE TEMPS. Dans le film, sa petite sœur est incarnée par l'actrice-enfant Veronica Cartwright, futur proie d'ALIEN et de L'INVASION DES PROFANATEURS !

D'une certaine manière, LES OISEAUX s'inscrit dans la tradition des films de science-fiction des années 1950 dans lesquels des animaux, rendus monstrueux par des radiations, s'en prennent à l'homme : TARANTULA de Jack Arnold et surtout DES MONSTRES ATTAQUENT LA VILLE de Gordon Douglas, dans lequel une cité est envahie par des fourmis géantes, viennent à l'esprit.

Ici, Hitchcock laisse inexpliquée l'agressivité des oiseaux envers les hommes. De même, il n'emploie que des animaux banals et a priori inoffensifs (moineaux, mouettes, corbeaux), ce qui rend plus insolites et effrayantes encore leurs attaques.

Le mystère terrifiant et la gratuité irrationnelle entourant la révolte des oiseaux distillent une atmosphère tragique de fin du monde. La civilisation s'effondre en peu de temps. Cet aspect, ainsi que la fin ambiguë, évoquent des œuvres de science-fiction pessimistes comme L'INVASION DES PROFANATEURS DE SÉPULTURES, ou des films d'horreur à venir montrant l'envahissement horrible et inexorable des États Unis, comme LA NUIT DES MORTS-VIVANTS.

LES OISEAUX annonce surtout les nombreux films catastrophes des années 1970 dans lesquels les humains affrontent des animaux particulièrement remontés, que ce soit des requins (LES DENTS DE LA MER), des crapauds (FROGS), des cétacés (ORCA), des ours (GRIZZLY), des lapins (NIGHT OF THE LEPUS)... et bien d'autres !

Pour LES OISEAUX, Hitchcock et ses collaborateurs mettent au point des techniques nouvelles afin de rendre réalistes les attaques. De nombreuses superpositions de pellicules donnent l'impression qu'une nuée d'oiseaux s'abat sur les victimes. Pour certaines séquences, des animaux mécaniques ou des oiseaux dressés sont utilisés.

Le plus éprouvant du tournage reste l'agression de Mélanie dans le grenier, pour laquelle Tippi Hedren est enfermée dans une cage remplie de vrais mouettes qui la blessent réellement, entraînant l'arrêt temporaire de la production. Pour la première fois dans un film de Hitchcock, les blessures se font très sanglantes, voire gore. Les cadavres dévorés par les oiseaux sont lacérés de blessures saignantes. Un cadavre est retrouvé les deux yeux arrachés. Cette macabre idée a été inspiré à Hitchcock par un véritable fait divers au cours duquel des oiseaux s'en sont pris à des moutons en les blessant aux yeux. Cette surenchère dans la violence graphique est au diapason des œuvres horrifiques d'alors, de plus en plus violentes, qu'elles soient en provenance d'Angleterre avec les films Hammer, ou d'Italie avec LE MASQUE DU DÉMON.

A ce titre, LES OISEAUX se montre particulièrement cruel. Non seulement les attaques sont sanglantes, mais les plus spectaculaires d'entre elles s'abattent sur des victimes vulnérables. Ainsi les oiseaux s'en prennent deux fois à des groupes d'enfants, notamment lors la séquence fameuse et longue de la sortie de l'école. De même, l'agression de Melanie dans le grenier s'avère dure, implacable et destructrice. Aucun coup de bec ne nous y est épargné. D'autres scènes sont très pesantes, comme lorsqu'un homme périt en laissant accidentellement tomber une allumette dans une flaque d'essence. Tout cela participe à l'atmosphère froide et cruelle des OISEAUX, encore soulignée par les décors mornes et tristes de Bodega Bay. Le décorateur avouera s'être inspiré, à la demande d'Hitchcock, du fameux tableau « Le cri » du peintre expressionniste Munch pour son ambiance.

La froideur rigoureuse des OISEAUX est encore appuyée par sa bande-son extrêmement originale. Du générique à la dernière image, le film ne comprend pour ainsi dire aucune musique. Le compositeur Bernard Hermann participe seulement à l'élaboration des bruits accompagnant les oiseaux. Réalisées à partir d'instruments électroniques (rares à l'époque, bien que déjà utilisés dans des films pionniers comme PLANÈTE INTERDITE), ces boucles sonores répétitives et angoissantes oppressent le spectateur.

Dans des scènes d'agression de films d'horreur classiques, les réalisateurs mettent en avant les cris des victimes et une musique dramatique. Hitchcock prend le contre-pied de cette solution. Les personnes attaquées, frappées de stupeur, ne parviennent pas à hurler. Les seuls bruits entendus durant ces passages sont le froissement chaotique et incessant des ailes des oiseaux, ainsi que leurs cris d'animaux étouffés.

La froideur et la dureté des OISEAUX se trouvent encore dans le regard porté par le récit sur ses personnages, notamment dans sa première moitié. Nous suivons le portrait moraliste et misogyne de trois femmes. Mélanie, petite fille riche et capricieuse, est une croqueuse d'hommes superficielle, hypocrite et menteuse. Annie, l'institutrice, s'avère une romantique névrosée se complaisant avec masochisme dans une passion sans espoir. Lydia Brenner, la mère de Mitch, se montre possessive, castratrice et fragile.

Cette présentation sans indulgence des personnages féminins se voit durcie par une lecture psychanalytique des rapports entre les membres de la famille Brenner, insistant sur l'absence du père. Le recours à la psychanalyse pour bâtir les personnages névrosés est une constante du travail de Hitchcock depuis ses thrillers des années 1940 (LA MAISON DU DOCTEUR EDWARDS et LES ENCHAÎNÉS notamment).

LES OISEAUX est donc un film dur, froid, cruel et peu "aimable". Si on peut lui reprocher de petites longueurs et un trait psychanalytique parfois appuyé, nous ne pouvons nier qu'il s'agit d'une œuvre secrétant avec génie une inquiétude éprouvante.

Après LES OISEAUX, Hitchcock ne retournera plus au domaine de l'horreur. Il enchaîne d'abord quelques films passables. Ainsi, en 1964, il réalise ainsi PAS DE PRINTEMPS POUR MARNIE, thriller psychologique dans lequel Sean Connery interprète le mari d'une cambrioleuse sans scrupule interprétée par Tippi Hedren. Puis il se tourne vers le cinéma d'espionnage, genre dans lequel il a connu quelques gros succès auparavant (LES TRENTE NEUF MARCHES ou LA MORT AUX TROUSSES) avec LE RIDEAU DÉCHIRÉ et L'ÉTAU, peu mémorables. Avec FRENZY de 1972, Hitchcock effectue son grand retour en Angleterre après plusieurs décennies d'exil hollywoodien. Il y raconte la traque d'un serial killer dans Londres. Après ce titre réussi, il conclut sa carrière par la comédie à suspense COMPLOT DE FAMILLE de 1976, anecdotique. Alfred Hitchcock meurt le 26 avril 1980.

Rédacteur : Emmanuel Denis
Photo Emmanuel Denis
Un parcours de cinéphile ma foi bien classique pour le petit Manolito, des fonds de culottes usés dans les cinémas de l'ouest parisiens à s'émerveiller devant les classiques de son temps, les Indiana Jones, Tron, Le Dragon du lac de feu, Le Secret de la pyramide... et surtout les Star Wars ! Premier Ecran fantastique à neuf ans pour Le retour du Jedi, premier Mad Movies avec Maximum Overdrive en couverture à treize ans, les vidéo clubs de quartier, les enregistrements de Canal +... Et un enthousiasme et une passion pour le cinéma fantastique sous toutes ses formes, dans toute sa diversité. S'il fallait faire mienne une maxime en la matière, je reprendrais (de mémoire !) une citation de Roman Polanski : «les personnes qui aiment vraiment le cinéma aiment le fantastique» !
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