Header Critique : MALÉDICTION DES PHARAONS, LA (THE MUMMY)

Critique du film
LA MALÉDICTION DES PHARAONS 1959

THE MUMMY 

En 1895, trois archéologues britanniques explorent la sépulture inviolée de la princesse égyptienne Anaka. Trois ans plus tard, ils affrontent la vengeance de Kharis, la Momie vivante gardienne de ce tombeau.

En 1959, après les succès de FRANKENSTEIN S'EST ÉCHAPPÉ ! et LE CAUCHEMAR DE DRACULA, la compagnie Hammer et son réalisateur Terence Fisher ont le vent bien en poupe. Ils imposent leur esthétique gothique au public international et rendent leur popularité aux mythologies de l'épouvante. Pour LA MALÉDICTION DES PHARAONS, ils réunissent leur équipe habituelle (les comédiens Peter Cushing et Christopher Lee, le décorateur Bernard Robinson, le chef-opérateur Jack Asher...) pour la première version "made in Hammer" de LA MOMIE, réalisée en son temps par Karl Freund pour Universal.

Un petit récapitulatif s'impose en effet. Aux USA, la compagnie Universal a produit en tout cinq œuvres sérieuses consacrées à cette mythologie. Nous avons d'abord en 1932 LA MOMIE, grand classique interprété par Boris Karloff et réalisé par Karl Freund, inspiré par la malédiction de Toutankhamon et mettant en scène la vengeance de la momie Imhotep, ramenée à la vie par l'imprudente lecture d'une formule magique ancienne.

Universal lance plus tard un cycle de quatre films de momie, moins ambitieux, racontant les aventures de la momie Kharis, ressuscitée cette fois-ci par les vapeurs de l'herbe de Tana.  Le cycle commence en 1940 par le sympathique LA MAIN DE LA MOMIE de Christy Cabanne se déroulant en Egypte, dans lequel Kharis est incarnée par Tom Tyler. Puis arrive le passable LA TOMBE DE LA MOMIE de Harold Young dans lequel Kharis se voit interprétée pour la première fois par Lon Chaney Jr. Celui-ci reprend le rôle dans les deux titres suivants du cycle.

LE FANTÔME DE LA MOMIE de Reginald Le Borg, plus intéressant, remonte la pente ; mais LA MALÉDICTION DE LA MOMIE de Leslie Goodwins, dernier volet, reflète un net épuisement de toute inspiration. Tardivement, Universal organise une parodie autour de ses deux comiques Abbott et Costello dans DEUX NIGAUDS CHEZ LES PHARAONS : c'est la dernière fois qu'ils affrontent un monstre du panthéon Universal. Leur carrière cinématographique s'interrompt quatre ans après avec le décès de Lou Costello.

C'est donc en 1959 que la Hammer, après avoir relancé le professeur Frankenstein (avec FRANKENSTEIN S'EST ÉCHAPPÉ !) et le comte Dracula (avec LE CAUCHEMAR DE DRACULA), rend vie à la terrible momie.

Terence Fisher ne s'intéresse pas vraiment au film originel interprété par Boris Karloff : il se contente de piocher dans LA MAIN DE LA MOMIE et LA TOMBE DE LA MOMIE, en restituant ces intrigues dans le cadre historique et géographique favori de la Hammer. En effet, la vengeance de Kharis ne se déroule ni dans l'Egypte exotique des années 20, ni aux USA, mais dans une lande britannique brumeuse et inquiétante, à la toute fin du XIXème siècle. Nous retrouvons donc une atmosphère gothique et british, ainsi que les superbes éclairages colorés signant le travail du directeur de la photographie Jack Asher.

Malheureusement, LA MALÉDICTION DES PHARAONS souffre d'un scénario fastidieux. La première heure désepère par sa lenteur et ses bavardages explicatifs lourds. Le scénariste Jimmy Sangster nous a habitué à mieux ! Dans les flash-back historiques, la reconstitution de l'Egypte antique ne convainc pas. L'étroitesse des décors (la tombe, le temple funéraire...) et l'anonymat du morceau de jungle bâti en studio ne correspondent en rien à l'image grandiose que nous nous faisons du temps des pharaons. La poésie expressionniste qu'a su convoquer Karl Freund en son temps pour ces scènes historiques paraît bien loin.

La momie elle-même fascine bien peu dans cette première partie du métrage. Son interprète, Christopher Lee, agite les bras en avançant d'un pas lourd, comme il le fait déjà dans FRANKENSTEIN S'EST ÉCHAPPÉ !. Cet automate maladroit n'est guère attachant, surtout comparé à l'extraordinaire interprétation de Boris Karloff dans LA MOMIE.

Heureusement, la dernière demi-heure trouve un certain rythme. L'affrontement verbal entre l'archéologue John Banning (interprété par un Peter Cushing irréprochable) et le prêtre Mehemet Bey, filmé avec virtuosité par Fisher, atteint une vraie densité dramatique. Kharis devient attachant, à partir du moment où il croit reconnaître en Isobel Banning son antique maîtresse. De même, sa fin pathétique dans un marais fumant et nocturne, très inspirée par le dénouement du FANTÔME DE LA MOMIE, est un morceau de cinéma fantastique réussi, un moment devenu classique dans le catalogue Hammer.

Cette fin ne parvient pas à rattraper le sentiment mitigé laissé par la longue première heure de cette œuvre trop inégale pour être une vraie réussite. Si Fisher et ses collègues ont su porter un regard nouveau sur la narration et les mythes de Dracula et Frankenstein peu avant, ils se montrent peu inspirés pour LA MALÉDICTION DES PHARAONS, se contentant d'assembler quelques idées déjà vues dans des titres Universal antérieurs, sans réellement apporter une cohérence et une âme à leur métrage.

La Hammer propose trois autres films de momie par la suite, aucun d'entre eux ne s'étant avéré un incunable. Nous avons d'abord LES MALÉFICES DE LA MOMIE de Michael Carreras en 1964, puis DANS LES GRIFFES DE LA MOMIE de John Gilling, qui s'avère une relecture modeste, mais honorable, du mythe. BLOOD FROM THE MUMMY'S TOMB de Seth Holt s'éloigne des classiques aventures du personnage à bandelettes puisqu'il s'agit d'une intéressante adaptation de «Le joyau des sept étoiles» de Bram Stoker, relatant le mystérieux retour à la vie d'une reine de l'Egypte antique...

Rédacteur : Emmanuel Denis
Photo Emmanuel Denis
Un parcours de cinéphile ma foi bien classique pour le petit Manolito, des fonds de culottes usés dans les cinémas de l'ouest parisiens à s'émerveiller devant les classiques de son temps, les Indiana Jones, Tron, Le Dragon du lac de feu, Le Secret de la pyramide... et surtout les Star Wars ! Premier Ecran fantastique à neuf ans pour Le retour du Jedi, premier Mad Movies avec Maximum Overdrive en couverture à treize ans, les vidéo clubs de quartier, les enregistrements de Canal +... Et un enthousiasme et une passion pour le cinéma fantastique sous toutes ses formes, dans toute sa diversité. S'il fallait faire mienne une maxime en la matière, je reprendrais (de mémoire !) une citation de Roman Polanski : «les personnes qui aiment vraiment le cinéma aiment le fantastique» !
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