Header Critique : CEREMONIE SANGLANTE (CEREMONIA SANGRIENTA)

Critique du film et du Blu-ray Zone B
CEREMONIE SANGLANTE 1973

CEREMONIA SANGRIENTA 
Espagne | Italie
Horreur | Vampire

Caljice - Europe Centrale: XVIIIe siècle. La comtesse Erzebeth Bathory (Lucia Bose’) est descendante d’une femme qui se baignait dans le sang de jeunes vierges pour rester éternellement jeune. Elle élabore un plan avec la complicité du Comte Karl Ziemmer (Espartaco Santoni) afin de réitérer les exploits et d’aspirer une jeunesse elle aussi éternelle. Simuler la mort de Ziemmer, qui va pouvoir assassiner de jeunes femmes, récupérer leur sang et faire endosser les meurtres sur celui d’un vampire.

Inédit en France, hormis le passage au Festival du Film Fantastique et de SF de Paris en 1974, CEREMONIE SANGLANTE arrive en France dans un combo Blu Ray/DVD/Livre chez Artus Films. Dans sa version espagnole (donc version « habillée ») pour cette co-production iberico-italienne. Les plus alertes auront tôt fait de pointer que Jorge « Jordi » Grau n’est autre que le fameux auteur catalan du MASSACRE DES MORTS-VIVANTS, demeurant à date l’un des plus grands films sur le sujet des morts-vivants. Il s’attaque ici à une réinterprétation du mythe de la Comtesse Bathory, suivant un chemin diamétralement opposé.

CEREMONIE SANGLANTE se caractérise surtout par une miise en scène rigoureuse du scénariste/réalisateur Jorge Grau, à la composition de plans dotés de symétries régulières (les flambeaux du début du film, ou le plan en forme de croix lors du procès, à 32mn47).  A noter d’ailleurs que cette présence de crucifix n’est notable que dans le cadre de la représentation de la loi - totalement absente du récit au coeur du village et des croyances de vampires qui y sévissent.  Une loi qui cède aux sirènes de ragots et superstitions, virant aux tortures et autres applications quasi inquisitrices, comme la découpe de la langue. Un critique à peine voilée de la religion et d’une loi inique. Ce que tente de retranscrire visuellement la mise en images: une réussite.

Un gout très sûr des couleurs, de leur signification à l’écran - une volonté certes de gothique prononcé, de couleurs baroques - mais très différent de l’expérimentation italienne, plus sur des clichés de candélabres éclairant des couloirs sombres ou de gouvernante maléfique. Grau participe ainsi à une volonté d’authenticité du sujet, sans céder aux sirènes des chausses-trappes du gothique italien des années 60. Le film reste ainsi très éloigné des représentations du vampirisme éthéré de Jean Rollin, de l’érotisme urbain prononcé de Jesus Franco - à comparer avec LA FILLE DE DRACULA, il y a un univers! - Hors de question de refaire un style qui a connu son heure de gloire, mais bien d’emprunter un chemin plus abscons, cédant assez peu aux facilités du genre. Une linéarité qui fait presque office de retour aux sources du récit de fascination pour le sang - avec une certaine dépravation aristocratique en toile de fond. Une manière très fine d’induire des éléments sociologiques inattendus. En fait, un thème très proche de celui de TRAITEMENT DE CHOC d’Alain Jessua, avec les riches de ce monde tentant de perpétuer leur emprise sur le petit peuple, en se nourrissant de leur vitalité-même.

Une rationalisation du surnaturel, à l’inverse de qu’il fit en embrassant le thème central dans LE MASSACRE DES MORTS-VIVANTS. Tout en gardant un ton excessivement sérieux, peu amène, avec un rythme lent mais imparable -cédant assez peu à la mode de l’épouvante et des moments-chocs. Une célébration du macabre autour du mythe finalement assez peu caressé de la Comtesse Bathory. Plus traité comme un fait historique (certes romancé) qu’un récit d’épouvante ou d’horreur. Même si thématiquement, les deux films se répondent en miroir, comme cette scène à la Comtesse hallucine de voir les corps pourrissant de ses victimes l’assaillant, élément qu’on retrouvera avec les zombies se réunissant pour attaquer les survivants dans son film suivant. C’est cependant peut être cette absence de surnaturel et d’horreur qui dérouta plus d’un fan du MASSACRE DES MORTS-VIVANTS…

Le surnaturel pur ne si’nstallera pas en creux du récit. Si l’on note bien quelques chauves-souris torturées par des enfants (une scène d’ailleurs de torture animale bine inutile, tellement propre aux élans des années 70…), les accusations de vampirisme restent le fruit de simulacres ou de croyances profondes. Mais en aucun cas d’actuel vampire!

Jorge Grau réussit à damer le pion à des productions britanniques (type Hammer) qui avaient grandement du mal à se renouveler. Peinant à trouver source d’inspirations novatrices, et sombrant dans une certaine redondance. CEREMONIE SANGLANTE réinvente le conte vampirique en prenant le contre-pied de ce qui fit son succès. Les cimetières sont remplis de gens vivants , le château n’y est pas lugubre, les fantômes sont ceux du passé - et célébrés avec des masques et les vampires n’existent pas. Et il possède de plus une certaine ingéniosité à entrelacer les différentes sous-intrigues qui parsèment le film, comme celui du charme intemporel de Marina (Ewa Aulin), cherchant à charmer le Comte.

Une efficacité non seulement visuelle, narrative mais également dans la direction d’acteur. Lucia Bose’ demeure la clé de voute du film. Impressionnante, altière, : elle met littéralement chacun et chacune au pas de ses désirs. Grau lui adjoint le très charismatique Espartaco Santoni, lui aussi possédant un regard et une présence magnétiques qui donnent beaucoup à la crédibilité de l’ensemble. La fragile mais charmeuse Ewa Aulin aux curieux relents SM, complète un tableau vénéneux, en plus d’une galerie de seconds rôles parfaitement dessinés… et aux présences énigmatiques, voire inquiétantes dans certains visages apparement sans expression - mais d’une puissance insoupçonnée. On louera également l'interprétation de la gouvernante au destin funeste (Ana Farra), dont la fascination pour la Comtesse rappelle quelque peu le personnage de Mrs Danvers dans le REBECCA d'Alfred Hitchcock.

Vous pourrez assister à cette CEREMONIE SANGLANTE grâce donc à Artus Films sur un BD 50 GB toutes zones de sa collection Cine de Terror (ou un DVD 9 dans ce combo/livre), au format 1.66:1 et d’une durée complète de 88mn50 (et 85mn17 pour le DVD zone 2). En enfournant la galette, il faudra passer par environ 95 secondes de publicités sur les oeuvres actuelles de l’éditeur, puis sur un menu fixe qui donne accès au film, aux suppléments. Pas d’accès chapitré depuis le menu initial. Il n’y a pas non plus d’accès menu par pop up depuis les suppléments ou depuis le film. A noter que le DVD italien de Mya Communications proposait un format 1.85:1, inadéquat pour le coup.

Côté copie, il n’y a pas grande chose d’autre à dire que: superbe. Belle précision au niveau des détails (décors, costumes, visages), des couleurs rutilantes avec notamment, tout le travail de mise en évidence de la couleur rouge sang qui rythme l’ensemble du métrage - voir ainsi le diner à 27mn26, entre autres exemples très parlants. Très peu de poussières présentes, une couleur naturelle des peaux, très bonne gestion des noirs (comme la séquence de procession au cimetière du début du film) et des contrastes réussis. Du très bel ouvrage.

La piste audio espagnole LPCM 2.0 demeure claire, aux dialogues parfaitement audibles, sans souffle notoire ni distorsion. La musique étrange et envoutante de Carlo Savina, rappelant ses belles heures de cinéma gothique transalpin, transparait magnifiquement. Sa composition fait écho à l'époque, avec un fort focus sur les instruments dont le clavecin - une de ses plus belles eouvres, assurément. Pour les amateurs, le CD de la musique du film a été édité par Quartet Records & Gruppo Sugar en mars 2016 sous le titre italien I VERGINI CAVALCANO LA MORTE.

Au rayon suppléments, il y a d’abord une intervention d’Alain Petit. Autant on apprécie ses interventions sur Jess Franco, entre autres,  autant ici, on peut aisément passer sur ce segment. La moitié des presque 22 minutes sont consacrées aux autres adaptations de la Comtesse Bathory de 1970 jusqu’à nos jours, et la seconde partie aux acteurs et intervenants du film. On notera un décalage entre ses propos sur Ewa Aulin et l’intervention de l’actrice même au sein du supplément du Blu Ray de LA MORT A SOURI A L'ASSASSIN, sorti récemment chez Arrow. Au final, une intervention encyclopédique mais hélas peu éclairante sur le film. En parlant d’éclairage, ce segment est baigné d’une étrange lumière orangée. Bizarre.

Ensuite, la présentation des scènes coupées du film, réservées à l’exportation. L’ensemble de 10 minutes au contenu érotique absent de la version espagnole sont introduites non sans humour par l’éditeur. Le toutes complété par le film annonce d’origine (attention, non nettoyé et perclus de griffures), une jolie galerie de photos. Et enfin le livret central « La Comtesse et les Vierges », rédigé par Didier Lefevre, tenter de replacer le film dans le cycle vampirique des années 60/70, de films sur l’inquisition, la reproduction d’un article de fanzine, diverses photos d’exploitation, une fiche sur chaque acteur principal, le réalisateur… le livret est plaisant à suivre, joliment illustré, habilement mis en pages mais fait quelque peu redondance avec les éléments présents dans le segment avec Alain Petit. (ou vice-versa, au choix).

CEREMONIE SANGLANTE s’avère une très belle découverte et les amateurs de fantastique et horreur aguerris auront tôt fait de ce procurer l’édition Artus. Dotée d’une splendide copie qui est un véritable ravissement pour l’oeil et rend grâce à la somptuosité gothique qui habite le long-métrage. Même si on émet quelques réserves sur certains bonus présents, on recommande cette combinaison soignée Blu Ray/DVD/Livret.

Rédacteur : Francis Barbier
Photo Francis Barbier
Dévoreur de scènes scandinaves et nordiques - sanguinolentes ou pas -, dégustateur de bisseries italiennes finement ciselées ou grossièrement lâchées sur pellicule, amateur de films en formats larges et 70mm en tous genres, avec une louche d'horreur sociale britannique, une lampée d'Albert Pyun (avant 2000), une fourchettée de Lamberto Bava (forever) et un soupçon de David DeCoteau (quand il se bouge). Sans reprendre des plats concoctés par William Friedkin pour ne pas risquer l'indigestion.
52 ans
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392 critiques Film & Vidéo
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Une copie magnifique
un conte macabre gothique réussi
Lucia Bose', imperiale
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L'édition vidéo
CEREMONIA SANGRIENTA Blu-ray Zone B (France)
Editeur
Artus Films
Support
Blu-Ray (Double couche)
Origine
France (Zone B)
Date de Sortie
Durée
1h28
Image
1.66 (16/9)
Audio
Espagnol DTS Master Audio Mono
Sous-titrage
  • Français
  • Supplements
    • Le Chateau de Sang - entretien avec Alain Petit (21mn40 - VF - 1.78:1)
    • Scenes coupees (10mn12 - VO)
    • Galerie photos (2mn06)
    • Film annonce original (1m07 - 1.33:1)
    • Livret 64 pages "La Comtesse et les Vierges" par Didier Lefevre
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