Header Critique : BLOOD MOON

Critique du film
BLOOD MOON 2014

 

1887. Une diligence en route à travers le Colorado embarque un étrange pistolero nommé Calhoun (Shaun Dooley), venant de tuer son cheval. Ils se font attaquer et retenir en otages par deux dangereux meurtriers. Mais ils se retrouvent finalement coincés dans le saloon d'une ville abandonnée, traqués par un Skinwalker (Ian Whyte), une créature qui ne sort que lorsque la lune devient rouge sang.

Une bien curieuse production : un western britannique tourné dans le sud de l'Angleterre, qui se pare d'un humour flegmatique et d'accents fantastico-horrifiques. Tout pour plaire donc. Et se trouvant à la croisée de plusieurs genres. Western & fantastique s'entrecroisent régulièrement depuis plusieurs décennies. On passera sur JESSE JAMES VS FRANKENSTEIN'S DAUGHTER, pour surtout citer GHOST TOWN, HOUSE II... Et qui connait pas mal de résurgences récentes, entre LEFT FOR DEAD d'Albert Pyun, JONAH HEX, GALLOWWALKER avec Wesley Snipes ou encore LES CREATURES DE L'OUEST. BLOOD MOON surfe donc sur cette vague, tout en apportant quelles touches bien propres à son pays d'origine. ll apparait de plus être une adaptation en format long d'un court-métrage nommé BLOOD MOON : A WEREWOLF WESTERN, datant de 2011 par Michael G. Gunther et déjà écrit par le même scénariste, Alan Wightman.

Aux vues de sa filmographie, rien ne semble prédisposer le réalisateur Jeremy Wooding à prendre les rennes d'un tel projet. Entre un BOLLYWOOD QUEEN, réécriture anglo-indienne de Roméo et Juliette avec James McAvoy, un grand nombre de séries TV et sa version football des SEPT MERCENAIRES nommée THE MAGNIFICENT ELEVEN l'année dernière, il y avait donc de la place pour une chevauchée fantastique. Côté acteurs, on retrouve des figures quelque peu connues comme Shaun Dooley (LA MAISON DES OMBRES, LA DAME EN NOIR) George Blagden de la série VIKINGS ou encore Anna Skellern de THE DESCENT 2.

BLOOD MOON se découpe en trois parties distinctes. Une première demi-heure réjouissante et offrant un ton résolument à part. Une intrigue qui bouge indéniablement, avec des personnages hauts en couleurs dotés de dialogues et réparties cinglantes qui fonctionnent à merveille. Trois histoires distinctes qui se télescopent en un endroit unique. Il faudra faire fi de paysages plus propres à célébrer des films d'horreur britannique que le Grand Ouest américain. Les forêts anglaises ne passent vraiment pas pour celles du Colorado! Pour la touche réaliste du décor Western, il faut repasser... le temps où les studios d'Almeria donnaient le change est bien loin! Malgré cela, Jeremy Wooding réussit à la fois à installer une ambiance particulière au gothique prononcé. Et l'établissement des relations entre chaque personnage foisonne d'ambiguité.

La seconde partie s'avère hélas moins excitante. Une fois coincés dans le saloon, l'intrigue fait du surplace. Se limitant aux jeux de soumissions de la part des tarés envers leurs victimes. Les situations manquent d'originalité, en contradiction avec les efforts déployés au début. Vraiment dommage, car une fois la psychologie de chacun déterminée, le récit patine. Il reste bien le mystérieux cavalier solitaire dont le scénario se garde bien de révéler son origine (fantastique ou pas?). Puis dès que la préparation du climax s'achève, le spectateur se régale, enfin.

Signe des temps ou pas, on constate que certains films récents se dirigent vers l'élaboration d'effets spéciaux " à l'ancienne ". A savoir moins voire presque pas d'effets numériques, et plus un appel du pied aux transformations mécaniques et effets réalisés devant la caméra. Donc un travail très fin de mise en scène pour le travail de présentation du monstre à l'écran pour en maximiser son impact. Le mètre étalon demeure encre et toujours la transformation de David Naughton dans LE LOUP GAROU DE LONDRES. L'équipe derrières celles de BLOOD MOON de déméritent pas pour autant, même si l'on sent des moyens parfois limités. Il n'empêche, les scènes se passant majoritairement de nuit, Jeremy Wooding créé une ambiance morbide et une pression dans les moments avant les attaques qui réussissent leur coup.

D'autant mieux que le scénario ménage quelques surprises. Tout en collant à une structure classique d'attaque animale dans un endroit clos, le récit s'aère avec Black Deer (Eleanor Matsuura, troublante) un personnage là aussi ambivalent en terme de personnalité, qui s'agrège comme un miroir à Calhoun. Deux en un seul corps luttant contre leur propre destinée. On sent aussi comme une volonté de bâtir une franchise - le mystérieux Calhoun apparaissant comme une sorte de chasseur de monstres, ayant (peut-être) vendu son âme. Et qui aurait matière à revenir dans un nouveau film. (Wightman indique travailler déjà sur une suite) Il reste à chaque spectateur le soin de choisir si le Diable ou une quelconque autre entré se trouve derrière tout cela.

Les auteurs gardent la nature exacte de la force qui tracte le récit. Enigmatiques et crédibles, le monstre et sa Nemesis de facto profilent un affrontement soigneusement construit - malgré un long tunnel central qui étire quelque peu inutilement le métrage. La créature suit un précepte bien connu de ne pas révéler trop tôt son apparence afin de mieux réussir le clou final. Elle arrive de ce fait en plein écran relativement tardivement mais de manière très efficace. Son origine libère comme un air de rébellion envers l'ordre établi. Les Skinwalkers seraient en effet des indiens ayant réussi à maitriser l'art de changer de forme humaine en animal mais bannis de leur tribu pour ce faire.

L'ensemble profite également de décors relativement soignés, qu'il s'agisse de la ville fantôme et des intérieurs. Une abondance de détails, du vestimentaire jusqu'aux situations comme les environs boueux des rues désertées, ajoutent au caractère autre de l'entreprise. L'utilisation adroite du format Scope et d'une photographie sombre mais gagnante sur les contrastes créent une dynamique intéressante. Cela génère une impression de ténèbres permanents, tout en masquant intelligemment les contours du monstre et révélant graduellement son côté gigantesque.

BLOOD MOON ne révolutionne en rien les genres qu'il mixe amoureusement. Son origine anglaise trahit quelque peu l'ambiance Far West espérée, mais gagne en donnant lieu à un mélange parfois bancal mais remuant. Rappelant une texture gothique 70's qui fleure bon les studios anglais à l'ancienne. Un vrai talent pour injecter des dialogues pleins d'humour à des situations stéréotypées, tout comme dans la mise en avant progressive de la créature. Et quelques splendeurs gore pour parfaire le tout. Mais sans oublier que Jeremy Wooding et son chef opérateur réussissent mieux à faire naître l'inquiétude et le suspens à travers le jeu de lumière et d'ombres et la création d'une atmosphère. Une série B imparfaite, handicapée par une pièce centrale décevante mais qui sait regagner en énergie finale.

Rédacteur : Arlig Stubbson
52 ans
11 critiques Film & Vidéo
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