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Critique du film
HEADSOME 2013

 

Il existe des moments cruels dans une vie. Par exemple, assister à une projection d'un film qui part en sucette alors qu'un certain capital sympathie s'en dégageait ! Alors que faire ? «se coucher» aurait répondu Christiane Muller. Mais lorsqu'on souhaite parler cinéma, cela devient plus dur. On va donc tenter de parler calmement de HEADSOME, production indépendante américaine.

Mark (William Haze) est un scientifique renommé. Son frère jumeau Arthur (toujours William Haze) lui rend visite après avoir disparu plusieurs années. Il semble être en délicatesse avec la Chine, pays dans lequel il a mené des recherches secrètes. Après un accident, Mark voit sa vie menacée. Arthur ne trouve rien de mieux que de décapiter son frère pour le sauver et greffer sa tête sur un matériel robotique qu'il perfectionne jour après jour. Mark est vivant, certes, mais assiste impuissant à la prise de contrôle de son identité par son frère, un brin taré.

Annoncé en 3D, il nous a été donné de voir HEADSOME en version plate. Bien ou pas bien là ne se situe pas le problème. Il semblerait que la société de production du film Nova Automatics filme ses projets en 3D avec un matériel stéréoscopique de leur invention. Impossible d'en voir le résultat après la projection à laquelle nous avons assisté. En tous, cas, le réalisateur Pavel Nikolajev est un véritable auteur. Cumulant les fonctions de réalisateur, scénariste, musicien et producteur ce qui lui a permis d'amener HEADSOME à la vie.

Le film arrive à point nommé avec une actualité brulante où, justement, selon la très sérieuse revue Surgical Neurology International de juin 2013, le neurologue italien Sergio Canavero souhaite greffer des têtes humaines ! Cela dit, le cinéma est largement passé par là depuis DONOVAN'S BRAIN écrit par Curt Sidomak et porté à l'écran par Felix Feist en 1953 ou encore le rigolo LA FEMME NUE ET SATAN de Victor Trivas... Les têtes vivantes et/ou transplantées, le monde cinématographique Bis en est perclu ! Pavel Nikolajev en remet une couche avec sa rocambolesque histoire de jumeaux diaboliques.

La projection de HEADSOME laisse de quoi se gratter le cuir chevelu. A quoi a-t-on bien pu assister au juste ? Un film, Sans aucun doute. Un bon ? Assurément, non. Une curiosité ? Absolument. Entre scénario aux prémices intéressantes, partageant gémellité, création scientifique la plus folle, drame psychologique, triangle amoureux... Il existe une richesse de thèmes qui hélas faillissent monumentalement lors de la transcription à l'écran.

Le meilleur atout du film au budget, que l'on sent très bas, reste ses effets spéciaux mécaniques, robotiques et numériques qui foisonnent à l'écran avec plus ou moins de bonheur. Comme pour le reste du film, le bricolage artisanal fait office de loi. Mais curieusement, si l'on voit clairement la différence entre les effets spéciaux mécaniques de la tête montée sur son chariot et l'alternance d'effets numériques de la tête de William Haze s'exprimant avec ses bras articulés, ça ne gêne pas trop la vision du film. La sensation oscille entre film Bis amateur et l'hommage à un travail d'orfèvre qu'on imagine délicat comptes tenu des circonstances difficiles de production. Qu'il s'agisse de la création des effets, de leur animation ou de la post-production... D'ailleurs, le générique de fin permet de voir quelques moments "Behind the Scene" qui donnent une assez bonne idée de la complexité du tournage. Maintenant, cela excuse-t-il la médiocrité du métrage ?

Non... Car malgré le tour de force de l'acteur principal, l'audace du sujet et la volonté de porter à bout de bras un projet aussi complexe, la mise en images se révèle parfois malheureuse, schématique et bien conventionnelle. On s'ennuie ferme le premier quart et l'affrontement psychologique naissant entre les deux frères ne donnent pas le ressort narratif espéré. Même l'accident manque singulièrement de surprise et on ne comprend pas vraiment la raison de la décapitation autant que dans le résumé de l'intrigue au début de cette chronique ! La pauvreté du budget inflige au spectateur de passer la quasi-totalité du film dans la cave blanchâtre de la maison. Entre quelques rebondissements superficiels, le rythme marque le pas et la construction minutieuse du robot ressemble plus à la démonstration du savoir-faire des spécialistes en effets spéciaux que de la progression dramatique en elle-même.

Pavel Nikolajev tente d'aérer le récit avec l'implication de la femme de Mark, jouée par Stephanie Northrup, aussi sexy que tarte et mauvaise actrice. Les flash-back à suspense sur la jeunesse des deux jumeaux sont courus d'avance quant à l'issue du film. La sous-intrigue d'espionnage avec les (méchants) chinois (James Piao et Charles Zhao) ne fait guère long feu et sombre dans le ridicule visuel. Tout ceci reste très mal amené et ne fait office que de poudre aux yeux. Car même si cela précipite le final, assez fun tout de même, les 82 minutes du métrage sont très longues.

HEADSOME est une énième variation sur le méchant jumeau et de la notion de «complexe de Dieu» : la sempiternelle ritournelle du scientifique qui se prend pour le «créateur» et, forcément, les pieds dans le tapis. Un peu comme le réalisateur qui livre un film qui ne peut qu'attirer la sympathie de l'amateur d'effets spéciaux maison que nous sommes tous un peu quelque part. Mais cela va certainement provoquer le rejet du spectateur lambda qui subitement verra dans les productions The Asylum un professionnalisme salutaire.

Rédacteur : Arlig Stubbson
52 ans
11 critiques Film & Vidéo
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