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Critique du film
BIG BAD WOLVES 2013

 

Tabassé par la police afin afin de lui soutirer des aveux, Dror (Rotem Keinan), un jeune enseignant religieux, est finalement relâché. La police continue alors de traquer le tueur en série qui s'attaque à de jeunes filles. Seul Miki (Lior Ashkenazi), un flic renvoyé pour l'occasion, est persuadé de sa culpabilité et continue de le suivre. Mais Dror va aussi être la cible de Gidi (Tzahi Grad), le père de la dernière victime du tueur, fou de douleur et bien décidé à faire justice lui-même.

Le film démarre par un superbe générique au ralenti, des enfants jouant à cache-cache au milieu de bâtiments en ruines perdus en pleine campagne. Une musique prenante, quasi mélancolique. La notion de «grand méchant loup», cette figure de néo-ogre dévorant des enfants, prend sa dimension avec le viol, la torture et la décapitation de l'une des petites. Le tout est suivi par le tabassage en règle de celui identifié par la police comme étant le suspect numéro 1. Dès lors, le film va démarrer comme un conte de fées contemporain virant au cauchemar mêlant génération Youtube, relents politiques et Torture Porn à la sauce israélienne.

Les réalisateurs de RABIES changent leur fusil d'épaule et s'attaquent au sujet complexe des tueurs en série. Pour bien situer, nous sommes à des années-lumière du cinéma israélien d'Eytan Fox. L'idée de base est attrayante : entre un suspect dénoncé par un témoin, un flic fan de justice expéditive et un ancien militaire (Tzahi Grad, prenant) ayant œuvré au Liban et adepte des méthodes de tortures les plus brutales. La correspondance entre la viralité de la vidéo filmée par le jeune témoin au début du film et celle de la violence qui s'enchaine est flagrante. Le plan du flic sera bousculé, via un coup de pelle dans la tête, car le père de famille revanchard se trouve être encore bien pire que lui. Il souhaite désespérément faire avouer Dror, et surtout savoir où il a caché la tête de sa fille. Même s'il reste conscient que chacun peut avouer tout et n'importe quoi sous l'effet d'ongles arrachés, de doigts brisés et autres joyeusetés.

La machine diabolique mise en branle par Gidi se révèle froidement calculée au millimètre et le calvaire de Dror va crescendo. Toutefois, les deux réalisateurs vont alors pencher pour l'humour noir, avec une interminable série de coups de téléphone qui interrompent les séquences de torture. D'abord assez drôles : Gidi, en même temps d'être un cinquantenaire sadique dans l'âme, est également un fils à maman dans la pure tradition Marthevillalonguesque. La satire a quand même la main lourde ! Le décalage est amusant mais lorsqu'il vient parasiter l'action de manière régulière, on sombre dans le ridicule. Pire encore, le film aurait très bien pu durer vingt minutes de moins sans que l'impact n'en ait été moindre.

Un bon point dans ces digressions : Gidi croit être tranquille en louant une maison entourée de colonies arabes. Donc maison moins chère et peu de risque d'être dérangé. Le discours anti-arabe primaire reste cependant trop appuyé pour être crédible. Cela trouve son point d'orgue dans le personnage de «l'homme à cheval» (Kais Nashif). Jamais nommé, il revient inopinément à plusieurs reprises dans le récit. Le personnage s'évertue à faire tomber les stéréotypes que les «grands méchants loups», Gidi et Miki, ont de leurs voisins arabes. Des dialogues hélas démonstratifs, tout comme la mise en scène. Le commentaire politique sur la tension arabo-juive est à l'écran, mais les cinéastes n'usent pas de subtilité pour délivrer leur message. Y compris celui sur la finalité et l'utilité de la torture. On a compris depuis longtemps que la frontière entre le bien et le mal est ténue.

Le scénario s'ingénie à trouver tous les moyens imaginables pour faire échapper le spectateur à l'inéluctable. En recourant aux inévitables manipulations de l'esprit et l'escalade de la violence. Ceci pour éviter que l'histoire fasse du surplace. Problème : une fois la base posée, les personnages n'évoluent pas d'un iota. Peut-être l'ambiguïté de la culpabilité réelle de Dror qui malgré la torture, refuse d'avouer les meurtres et clame son innocence. La caméra ne néglige que très peu de détails sur les séquences très HOSTEL, avec une qualité picturale rappelant le soin d'un film comme J'AI RENCONTRE LE DIABLE. Certes, les cinéastes pointent l'héritage d'Israël en matière de torture, y compris avec l'irruption du père de Gidi (Menashe Noy, lui non plus pas en reste côté force tranquille). Une froideur monstrueuse guide les exactions. Jusqu'au-boutiste, Gidi reste déterminé à appliquer la loi du talion. Sans jugement car persuadé de la culpabilité de Dror. Jusqu'à poser la question sous-jacente de la nature du monstre : comment le père d'un enfant, comme Dror, pourrait-il commettre une série de meurtres atroces ? Comment un homme comme Gidi, lui aussi père d'une jeune fille, a pu commettre de telles horreurs il y a trente ans pour recommencer comme si de rien n'était de nos jours ? Une perversion somme toute humaine. La construction du film, très classique, pointe vers un climax gore poisseux, mais ne résoudra pas vraiment quoique ce soit. La dernière image, terrible de simplicité, vient renforcer un plan à priori anodin qui a depuis longtemps mis la puce à l'oreille du spectateur. En effet, en matière de cliffhanger, d'autres films ou séries télévisées comme DEXTER sont déjà passés par là.

Le film possède suffisamment de caractère pour être un candidat rêvé en festival. A mi-chemin entre le film d'auteur et le film de genre, doté d'un humour noir qui peut faire mouche. Il demeure également riche en thématiques vue la nature du sujet d'un énième film de torture se déroulant en sous-sol. Brutal, drôle et gore, il emportera l'adhésion des amateurs de films de genre comme de ceux aimant le commentaire politique sous-jacent. Ceci ne doit cependant pas masquer un intérêt plus que limité. BIG BAD WOLVES, très post-Tarantino dans son approche en naviguant d'un genre de film vers une autre (comédie, thriller, film de vengeance, horreur...) tend à faire décrocher le spectateur du récit de manière régulière sur ses presque deux heures de métrage. Cependant, il ne serait pas surprenant de voir Hollywood s'approprier une belle idée pour en faire un éventuel remake. Voire même de débaucher les deux réalisateurs à l'évidence intéressants de BIG BAD WOLVES mais dont l'œuvre, ici présente, laisse un gout d'inabouti malgré ses qualités.

Rédacteur : Arlig Stubbson
52 ans
11 critiques Film & Vidéo
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