Lok, Eric et Joy sont trois inconnus réunis par hasard dans les
couloirs d'un hôpital. Disposant chacun du même (et rare)
groupe sanguin, ils sont sollicités pour un don immédiat
afin d'aider un couple ayant tenté de se suicider en s'ouvrant
simultanément les veines. La transfusion permet de sauver le
jeune homme mais non la fille, cette dernière étant beaucoup
plus fragile suite au développement d'un cancer. Pour avoir empêché
les amants de se réunir dans la mort, les trois donneurs vont
être hantés par le spectre morbide de la jeune disparue,
jusqu'à tomber chacun peu à peu dans la folie.

Pour être parfaitement
honnête, on était encore récemment sceptique quant
aux possibilités du cinéma Hong Kongais de nous livrer
d'authentiques films de terreur. Les réussites locales s'exprimant
plus du côté d'un second degré typique (avec nos
bien aimées Categories III), l'industrie avait jusqu'alors un
peu de mal à trouver son identité dans un genre pris en
sandwich par deux influences écrasantes : le japonais RING
d'un côté et l'américain SIXIEME
SENS de l'autre. La récente découverte simultanée
de THE EYE
des frères Pang et d'INNER
SENSES de Law
Chi-Leung avait pourtant prouvé que le cinéma cantonnais
était parfaitement capable de trouver son propre ton pour traiter
du thème du fantôme. Bonne nouvelle, NEW BLOOD de
Cheang Pou-Soi
(déjà réalisateur d'un HORROR
HOTLINE de bonne réputation) s'inscrit lui aussi dans
cette prometteuse nouvelle vague d'inspiration fantastique.

NEW BLOOD est donc
un film de revenant n'ayant qu'une seule idée en tête :
vous mettre mal à l'aise (dans le meilleur des cas), voire carrément
vous glacer le sang (dans les moments forts). Ici, pas d'humour libérateur
ou de romance parallèle, mais un long parcours de terreur à
la tension constante. Le premier quart d'heure met d'ailleurs tout de
suite dans l'ambiance : entièrement basé à l'hôpital
lors de la tentative de sauvetage par don du sang, le film exploite
de manière froide et lancinante une ambiance clinique à
la limite du soutenable puisqu'il adopte le point de vue de la jeune
fille glissant inéluctablement vers la mort. Totalement asphyxiant.

Le reste du métrage
va taper dans le registre plus usité de l'apparition fantomatique.
Pour s'éviter l'influence plastique écrasante du mur de
cheveux noirs masquant le visage du spectre (soit le look labellisé
RING),
les auteurs de NEW BLOOD prennent le contre-pied total en nous
présentant un revenant chauve, soit la conséquence de
traitements de chimiothérapie intenses. Cette originalité
est payante, car le fantôme en question est littéralement
effrayant. Et si le film se contente de faire fonctionner dans un premier
temps ses manifestations sur une recette efficace mais peu révolutionnaire
(via une mécanique de plans subliminaux associés à
des bruitages agressifs), la mise en scène va rapidement gagner
en audace au fur et à mesure qu'elle enfonce ses personnages
dans la hantise. Dès lors, les repères se brouillent dans
une forme d'abstraction malsaine renforçant toujours un peu plus
la présence d'un fantôme gagnant en effroi tandis qu'on
le dévoile.

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Outre un découpage
très léché, le film mise sur un gros travail sur
les lumières. Encore assez inhabituel dans le cinéma (de
genre) de Hong Kong, chaque plan a ici bénéficié
d'un soin qui force le respect. Mais plus qu'un choix esthétique,
ce rendu va se montrer annonciateur des zones d'ombre et de lumière
des protagonistes eux-mêmes, offrant au film un tournant inattendu.
On pense notamment au véritable héros du film, la torturée
Joy brillamment interprétée par Niki
Chow. D'une caricature de femme lolita typique du cinéma
cantonnais, le personnage va peu à peu révéler
d'authentiques troubles mentaux suite à un traumatisme d'enfance
franchement gratiné (on vous laisse le soin de le découvrir).
Dès lors, NEW BLOOD affiche ses véritables intentions,
soit un trip malsain et sans concession au royaume de la maladie physique
et mentale. Vous êtes prévenus !

Si NEW BLOOD
est une réussite, le film n'est pas non plus privé de
défauts. Dans sa volonté de beaucoup miser sur l'ambiance,
le film souffre de petites baisses de rythme régulières.
Le scénario se rend parfois coupable de quelques incongruités,
et un sempiternel twist final a été introduit aux forceps
pour clôturer le métrage. Enfin, comme souvent dans les
petits films cantonnais, la musique fait figure d'improvisation synthétique
discutable, allant même au détour d'une séquence
jusqu'à reprendre quasi à l'identique le fabuleux thème
musical de REQUIEM FOR A DREAM de Clint
Mansell et du Kronos Quartet. Il serait cependant dommage que ces
quelques réserves ternissent les efforts de ce NEW BLOOD,
expérience limite au pays d'une horreur chinoise d'ordinaire
plus décontractée.

Les éditions HK sont
réputées pour leur petit prix (moins de quinze euros),
mais aussi pour leurs qualités techniques limitées. Le
DVD de NEW BLOOD ne fait pas exception. Comme souvent, l'image
est malheureusement en 4/3 alors que le format cinéma est tout
de même respecté. Si la copie est de bonne qualité
malgré quelques taches blanches sur la pellicule, on regrette
une compression pas toujours bien maîtrisée (flagrant sur
quelques arrière-plans). Pas de 5.1 mais deux pistes sonores
en stéréo surround très efficaces en cantonnais
(soit la version originale) et en mandarin. Pas de panique, le disque
propose bien évidemment des sous-titres anglais. Les bonus sont
légers : la bande-annonce du film ainsi que de trois autres métrages
(THE MUMMY AGED 19, 2002 et FEEL 100%), le résumé
du film et le détail de l'équipe en page fixe (informations
identiques au verso de la jaquette).

Petit film se démarquant
habilement de l'inépuisable vague de films de fantômes
post RING
/ SIXIEME
SENS, NEW BLOOD est une très bonne surprise. Grâce
à son ambiance lourde et oppressante, et un travail visuel à
la hauteur de ses ambitions, le film vient rejoindre immédiatement
la (courte) liste des réussites de l'horreur made in HK. Un authentique
film malade, à regarder tout seul dans le noir !
Eric
Dinkian
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