Heather
Langenkamp, dix
ans après sa révélation avec NIGHTMARE
ON ELM STREET, mène une paisible carrière de comédienne
de télévision afin de ne pas trop s'éloigner de
sa petite famille, à savoir son mari Chase et son jeune fils
de huit ans Dylan. Alors qu'Heather et ses proches vivent dans la paranoïa
de la vague de séismes qui s'abat alors sur Los Angeles, une
série d'évènements étranges vient troubler
l'équilibre de la petite famille : cauchemars récurrents,
harcèlements téléphoniques, schizophrénie
de Dylan, accidents. C'est à ce moment qu'Heather est contactée
pour reprendre son rôle de Nancy dans une nouvelle suite des épisodes
de Freddy que Wes
Craven est parallèlement en train d'écrire.

Lorsque FREDDY'S
DEAD déboula sur nos écrans, il ne faisait alors
aucun doute que cet épisode marquait définitivement l'arrêt
de la franchise Freddy. Aucun doute… Enfin presque ! Sans être
un opus calamiteux, FREDDY'S
DEAD avait laissé plus d'un fan sur sa faim. Trop calqué
sur la formule des précédents métrages, le film
ne prétendait en rien au choc final censé boucler une
série archi populaire (si l'on excepte le gadget de la résurrection
de la 3D). Un nouvel épisode s'imposait alors, surtout que le
père Freddy avait encore suffisamment de souffle pour soutirer
quelques biftons au box-office mondial. Reste que pour boucler définitivement
la boucle, autant ne pas se planter une deuxième fois et mettre
au point un épilogue digne de ce nom. L'idée s'impose
alors d'elle-même, pourquoi ne serait-ce pas Wes
Craven lui-même qui dirigerait la mort de sa propre création
?

Prenant très au sérieux
la popularité de son personnage, il est hors de question pour
Craven de signer
un énième numéro des aventures fantastico-burlesques
de "sa" créature. Le cinéaste décide,
quoi de plus normal, de revenir aux sources du personnage (c'est-à-dire
un Freddy malsain et ultra-cruel) et de livrer un authentique film de
terreur adulte. Craven
repense ainsi le concept de fond en comble, et nous livre sa pseudo
version de LA NUIT AMERICAINE. Une mise en abîme du genre
qui lui permet de ce fait de s'affranchir de la foule de suites opportunistes
que New Line a engendrées.

On retrouve ici les principaux
comédiens de NIGHTMARE
ON ELM STREET, mais aussi Wes
Craven et Bob
Shaye (le big boss de New Line), tous dans leur propre rôle.
Ce choix de mettre en scène "la réalité"
est avant tout une astuce qui permet de renvoyer la série des
Freddy au rang qui leur revient : des amusements populaires. Tout ce
que vous venez de voir jusqu'à présent n'était
donc que "du cinéma", et le personnage de Freddy qu'un
bouffon à l'humour noir. Pour s'en convaincre, une scène
de ce NEW NIGHTMARE va poser définitivement le ton : interviewée
sur un plateau de télé, Heather
Langenkamp est
accueillie par un Robert
Englund maquillé et cabotinant afin de lever d'enthousiasme
des gosses du public brandissant des pancartes "We Love Freddy".

Courageusement, Wes
Craven repense totalement le concept des NIGHTMARE. En définissant
une dimension supplémentaire à son univers avec l'intrusion
de la réalité (avec ses nombreuses références
à l'actualité de l'époque comme les séismes
de Los Angeles), Craven
peut à nouveau retrouver un moteur à la peur. On craint
à nouveau pour les victimes puisque ce ne sont plus des ados
caricaturés, mais de "vraies personnes". De plus, le
changement brutal de ton (on passe de films ados à un film adulte)
se justifie à nouveau par ce parallèle : on pouvait rire
au cinéma, mais pas ici puisque c'est "la réalité".

Craven
repense aussi totalement le personnage de Freddy, puisqu'il doit être
différent de son alter ego comique "de fiction". Outre
un relookage en bonne et due forme (nouveau maquillage, pantalon en
cuir, gant retravaillé), c'est toute l'essence du personnage
qui est revue. Comme nous l'apprend Wes
Craven lui-même, Freddy est finalement l'incarnation du mal
millénaire et absolu. Similaire à un mauvais génie,
l'entité peut habiter un personnage de fiction pourvu qu'elle
le trouve suffisamment bon (bravo la modestie) afin de perdurer à
travers son héritage culturel (la série des films). Comme
la décision de mettre une fin aux NIGHTMARE est prise
(avec FREDDY'S
DEAD), c'est l'entité elle-même qui va harceler
les propres créateurs afin que ces derniers continuent la série.
Tout le monde a suivi ?

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Si ce postulat
et très malin et courageux, il faut avouer qu'il pêche
par un gigantesque problème de modestie d'intention. NEW NIGHTMARE
(FREDDY SORT DE LA NUIT chez nous) est une tentative intéressante
de mise en abîme du cinéma mais, en lieu et place d'une
analyse du fantastique (chose qu'il réussira plus tard avec SCREAM),
Craven se contente
d'une autosatisfaction et d'un nombrilisme vraiment gênants. Si
l'on a bien compris, NIGHTMARE
ON ELM STREET est un si bon film que le mal en personne a décidé
de prendre la forme de Freddy pour atteindre les mémoires collectives,
d'où ce NEW NIGHTMARE. On est très loin d'une autre
tentative de mise en abîme du genre, sortie vers la même
période, à savoir IN
THE MOUTH OF MADNESS (L'ANTRE
DE LA FOLIE) de John
Carpenter. Là où Carpenter mêlait subtilement
réalité et fiction afin de désorienter son spectateur
dans la spirale implacable d'un récit écrit au millimètre,
Craven se perd
dans les dédales d'un soi-disant documentaire fictionné
auquel on ne croit pas une seconde. Les nombreuses bifurcations et justifications
brumeuses (concernant entre autres l'importance de Dylan dans le combat
opposant Nancy et Freddy) n'étant là que pour renforcer
encore un peu plus la pédanterie incontrôlée du
titre.

Si Wes
Craven scénariste peut donc rapidement se voir partir en
vrille (voir également le sur chargement irraisonnable des enjeux
de SHOCKER,
l'artificialité patentée de sa critique des disparités
raciales dans le pourtant formidable SOUS-SOL
DE LA PEUR), Craven
metteur en scène est un homme qui connaît son boulot. Heureusement,
NEW NIGHTMARE fait preuve d'une maîtrise très appréciable,
réservant au spectateur un visionnage (plutôt) agréable.
On préférera retenir au final une poignée de scènes
vraiment impressionnantes (Heather identifiant le corps de son mari
à la morgue, la course-poursuite sur l'autoroute, le final),
et une ambiance lourde et sérieuse (notamment avec l'intrusion
de nombreux éléments difficiles comme la perte du père
dans une famille). De quoi nous rendre indulgents sur les points les
plus embarrassants de NEW NIGHTMARE, comme l'interprétation
du très jeune Miko
Hughes (on se souvient de sa performance dans SIMETIERRE).
L'intensité des scènes avec l'enfant tombe le plus souvent
à plat, quand ce n'est pas le ridicule le plus total qui guette.
Très dommage, d'autant plus que Craven
s'amuse à marcher le temps d'une bobine sur les plate-bandes
du grand chef-d'œuvre mêlant enfance et schizophrénie,
L'EXORCISTE.
Inutile de préciser que Craven
est très loin de son illustre modèle.

Le DVD américain
de WES CRAVEN'S NEW NIGHTMARE est absolument sans reproche. Le
transfert image est digne d'éloge puisque aucun défaut
n'y fait son apparition. On notera juste que la copie est plus sombre
que celle que nous avions découverte en salle. Côté
son, nous avons le choix entre un mixage en 5.1 d'origine très
efficace (vos arrières seront surtout mises à contribution
pour les envolées musicales tonitruantes), ou un mixage en stéréo
surround (lui aussi d'origine). A négocier selon votre installation.
Question bonus, nous retrouvons toujours le chapitrage autour des séquences
oniriques, ainsi que de rapides bios et filmos des principales têtes
du film.
Wes
Craven se prête ici à nouveau à l'exercice du
commentaire audio puisqu'il se propose de nous décortiquer un
film qui en a bien besoin. Seul à la barre, il gère visiblement
beaucoup mieux la parole qui lui est accordée (si l'on compare
ce commentaire à celui, groupé, de NIGHTMARE
ON ELM STREET). Dès le départ, Craven
annonce la couleur en nous racontant que le scénario original
était beaucoup plus ambitieux, et que le maigre budget du film
a dû faire revoir l'ensemble à la baisse. Passées
ses excuses à demi mots, le cinéaste se lance dans l'analyse
plan par plan de son film. La plupart du temps sémantique, cette
analyse n'exclut pas pour autant les détails techniques, ni même
la paraphrase. A réserver néanmoins aux fans du film,
tant la parole de Craven
est sérieuse et concentrée (on espère, pour ses
anciens étudiants, que cet ex-professeur de littérature
savait se montrer moins rasoir dans ses cours magistraux !). Comme pour
le premier film, le scénario complet est diponible pour peu que
vous disposiez d'un lecteur DVD-Rom sur PC.

WES CRAVEN'S NEW NIGHTMARE
est un film qui alterne sans arrêt le pire et le meilleur. Sous
un concept novateur et courageux (pas mal pour un numéro 7) et
une poignée de scènes très nerveuses, Wes
Craven s'empêtre malgré tout dans un nombrilisme prétentieux
et donne vie à un personnage d'enfant absolument pas maîtrisé.
Chacun appréciera ou non le film en fonction de son humeur et
de sa dévotion au cinéaste, via cette édition zone
1 dépourvue de tout défaut. A revoir en attendant le prochain
épisode éventuel de notre croquemitaine préféré,
au travers d'une rumeur de préquelle absolument non confirmée,
ou encore du mythique FREDDY VERSUS JASON, tellement attendu
qu'on ne l'attend même plus !
Eric Dinkian
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