Adaptation du livre éponyme, HANNIBAL est une étonnante surprise.
Ridley Scott signe le premier
film gore raffiné et... glamour. Un mélange contre nature à même de dérouter quiconque
aurait pu s'attendre à une simple enquête policière. S'il y a une traque, elle
n'est de toute façon pas organisée par le FBI. Clarice Starling étant complètement
manipulée et faisant un peu office de pion sur l'échiquier où s'affrontent Hannibal
Lecter et Mason Verger. Un pion qui est une pièce maîtresse aux yeux de Hannibal,
développant ici la relation trouble qui était à peine esquissée dans le premier
livre (et film). D'ailleurs, la fin originelle du livre allait jusqu'au bout.
Le film, lui, préfère éluder le problème en tissant des liens un peu différents.
Ce qui est fort compréhensible pour un film Hollywoodien.

HANNIBAL,
comme son nom l'indique, est tout entier dédié à Lecter. D'où l'apparition de
nombreuses séquences dépeignant un être distingué et de grand esprit, ce qui creuse
encore plus le contraste avec son véritable statut. Tellement racé que l'on serait
prêt à absoudre ses méfaits les plus abominables. L'histoire nous indique d'ailleurs
que ce personnage distingué ne s'attaquerait finalement qu'aux individus agressifs.
Sous-entendus des méchants, comme si l'on voulait nous indiquer, par là même,
qu'il n'est pas aussi mauvais que cela. Une faute de goût qui passe presque inaperçue.
On préfère l'homme élégant, suivant sa morale bien à lui, et n'hésitant pas à
corrompre les innocents comme on peut le voir avec la dernière séquence du film.

En se focalisant à ce point
sur son personnage principal, le reste passe parfois au second plan.
Seul véritable reproche à imputer à ce film. En fonction du charme que
Lecter opérera auprès du spectateur, ce dernier sera plus ou moins captivé
par ce qui se déroule. Pour tout cela, HANNIBAL n'est pas la
suite attendue du SILENCE
DES AGNEAUX. D'où une frustration pour une frange du public
n'étant pas près à (ou ne voulant pas) voir autre chose dans ce film
qu'une suite appliquée. HANNIBAL est-il supérieur ou inférieur
au SILENCE
DES AGNEAUX n'est finalement pas une question qui se pose. Le
personnage de Lecter s'est échappé du film précédent. A présent libéré
et sans entraves, il entreprend une vie propre dans HANNIBAL
qui l'affranchit de faire une comparaison, même si elle est forcément
inévitable.

Précisons que le film n'est
pas une adaptation fidèle du livre. Sa transcription à l'écran a du
donner pas mal de fil à retordre aux scénaristes. Ne serait-ce que pour
imposer Anthony
Hopkins dans le rôle. Un choix commercial et inévitable pour donner
à l'acteur la possibilité d'incarner une nouvelle fois le rôle pour
lequel il décrocha un Oscar. De même, nous l'avons vu, la fin du livre
n'est pas celle présentée dans le film. Faussant un peu beaucoup la
chute de celui-ci. Sans oublier les divers raccourcis et simplifications
inévitables à toutes adaptations.

On peut voir dans HANNIBAL
une sorte d'adaptation moderne et violente de "La Belle et la Bête".
Celui qui est censé incarner le mal, Lecter, n'est pas le pire des êtres
humains. Ses agissement étant dénués d'hypocrisie ou de corruption par
rapport à tous ceux qui l'entourent, par sa dinstinction Hannibal
Lecter exerce une grande fascination sur le spectateur... surtout auprès
de la gent féminine.

Image
quasi parfaite et bande sonore rentre-dedans, que ce soit dans les moments agités
ou calmes, la qualité technique est excellente. On restera plus mitigé en ce qui
concerne le choix de ne pas proposer la version originale en DTS. Bien que d'après
nous, il n'y ait pas d'énorme
différence entre la version française Dolby Digital 5.1 et la version DTS dans
la même langue. Comme souvent, il s'agit d'une différence subtile que l'on pourra
ressentir en fonction d'une installation digne de ce nom.
