SUMMER OF SAM


New York, au milieu des années 70, est une mégapole dont la gestion catastrophique mène la population vers une crise sans précédent. En 1977, cela se traduit entre autre par des flambées de violence, agressions et meurtres, qui la font surnommer la "ville de l'angoisse". Mais New York, c'est aussi une capitale culturelle mondiale, où les modes se font et se défont, où les légendes émergent au rythme des gratte-ciel, où la vie bat son plein 24 heures sur 24, tandis que la mort rôde à chacun de ses coins de rue. Cette ville, Spike Lee la connaît bien. Il a choisi d'en dépeindre une période qui figure parmi les plus noires (sans mauvais jeu de mots !) de son histoire, dans SUMMER OF SAM, dont l'assassin n'est qu'un prétexte en filigrane pour nous montrer une chronique sociale très proche, malgré ce que les critiques ont pu écrire, de son combat contre l'exclusion.

Tirée d'un fait divers qui a défrayé la chronique, cette histoire prend place dans une ville bouillonnante, où les communautés tentent de se protéger des dangers qui surgissent de toutes parts. Dans le Bronx, un assassin, qui se baptise "Le fils de Sam" sévit, plongeant peu à peu la population dans la psychose. Les médias se font très vite le relais des méfaits de ce malade, pour qui l'on utilisera pour la première fois l'expression "Serial killer". Le ton est donné, maintenant, il s'agit de situer les personnages dans cette ambiance paranoïaque.

Pour une fois, et autant dire que ce n'est pas passé inaperçu, le réalisateur controversé n'a pas situé l'action de son film dans la communauté noire, ce qui n'a pas manqué de délier les mauvaises langues. Il a en effet choisi d'observer, à travers la vie d'un quartier italien, les incessantes mutations qui bouleversent en permanence l'ordre des choses, les chocs culturels qui font de la star d'hier le ringard d'aujourd'hui. A travers ce quartier italien, Spike Lee nous montre, non sans humour, à quel point il est difficile de suivre le rythme de ces changements. La fièvre du disco a atteint son paroxysme et le mouvement punk commence tout juste à débarquer par l'entremise d'une poignée de contestataires. Dans ce contexte, les différences s'accentuent donnant lieu à une chasse aux sorcières sans pitié, chronique de la haine ordinaire subie de tous temps par les minorités.

Quelle que soit la communauté visée, il faut être conscient que le schéma est identique, et que la différence est toujours le point de départ des conflits. Spike Lee le démontre en n'opposant pas ici deux ethnies mais deux courants de mode, dont chacun a ses codes, vestimentaire ou idéologique. Ici, les punks constituent la minorité visée, soupçonnés d'appartenir à une secte satanique, peu de temps après l'affaire Charles Manson. Il est évident qu'en nous parlant de ces italiens et de ces punks, Spike Lee continue de défendre la cause des noirs dont il est le militant le plus virulent. Il profite d'ailleurs du rôle de journaliste qu'il tient dans son film pour faire un pied de nez à la critique. Dans cette scène, il n'hésite pourtant pas à montrer les noirs en train de piller les magasins, pendant le black out qui a plongé la ville dans l'obscurité pendant 25 heures. Il commente la scène, et interroge des passants, dont une vieille femme noire qui se réjouit que le Fils de Sam soit un blanc qui tue d'autres blancs... et qui réalise tout d'un coup que le journaliste auquel elle vient de parler est connu pour être un noir qui n'aime pas les noirs...

On sent dans la façon de filmer SUMMER OF SAM que son réalisateur est très imprégné de l'univers du clip vidéo où il a exercé pour les plus grands noms de la musique. Pourtant, l'ensemble constitué se digère bien mieux que certains films prétentieux qui sous couvert d'un prétexte artistique mal défini, s'essaient à l'exercice. La condescendance hypocrite des médias faisant seule la différence, en accusant Spike Lee d'utiliser des techniques qu'il maîtrise, tandis qu'ils s'accordent tous à encenser des réalisateurs plus... cotés qui utilisent les mêmes procédés. Toujours sur le plan des images, on peut noter la simultanéité du commentaire sportif avec une action où l'assassin s'apprête à commettre un nouveau meurtre : intéressant dans le sens où l'on peut interchanger l'action du match de Base-Ball et celle mettant en scène l'assassin...


Et le Fils de Sam, dans tout ça ? D'abord, notons que ce film ne s'appelle pas "Son of Sam", mais "SUMMER OF SAM". Etonnant que les critiques se soient jetés comme des vautours sur la construction hypothétique du récit autour du serial killer, alors qu'il est évident que le propos du film est toujours empreint d'un militantisme acharné. A cet égard, la critique de Libération est édifiante : on y constate à quel point il est de bon ton de démolir un type beaucoup trop grande gueule au goût des fervents défenseurs de l'oeuvre de Woody Allen, auquel le réalisateur noir est pourtant assimilé. Mais peut-être ne faut-il pas mélanger les torchons et les serviettes ? On dit de Spike Lee qu'il est raciste, anti-blancs, antisémite et tout. On s'escrime systématiquement à démolir ses films et on le fait passer pour le méchant de service. On ne lui pardonne pas de profiter de sa négritude pour faire du profit sur le dos des minorités qu'il met en scène dans son cinéma. Je serais tentée de demander à ses opposants ce qu'ils feraient si eux-mêmes se trouvaient dans la situation de celui qu'ils démolissent sans vergogne ? Ne profiteraient-ils pas eux aussi de leur succès, feraient-ils voeu de pauvreté, seraient-ils miséricordieux ?

Heureusement, la critique a ça d'intéressant qu'elle est subjective, et qu'il est possible de voir dans un film une multitude de messages différents, en fonction de sa sensibilité et de son vécu. SUMMER OF SAM est un film presque tendre malgré une débauche d'images assez chaudes, à la fois nostalgique et ancré dans notre réalité, un quartier de vie tranché dans la Big Apple mais qui pourrait provenir de n'importe quelle autre mégapole au monde. On y constate que l'homme veut vivre. Quel que soit le prix à payer, il veut prendre du plaisir : malgré la menace, les couples continuent de se bécoter dans leur voiture et se font canarder par le tueur qui rôde dans leur quartier. Il veut se démarquer de ses semblables, sortir de son anonymat : à des degrés différents, chacun des personnages s'en sort à sa manière : le Fils de Sam en tuant, Ritchie en rejetant la disco fever et en plongeant dans une punkitude absolue, Vinny en s'envoyant toutes les femmes qu'il croise pour se rassurer sur sa virilité, donnant libre cours à des fantasmes qu'il réfrène à la maison, tandis que ses amis s'abîment en vendant de l'herbe sur le muret qui symbolise la fin de leur univers. La femme de Vinny, interprétée par Mira Sorvino, se berce d'illusions romantiques mais se retrouve brutalement projetée dans la dure réalité...

Il existe une version anglaise de ce DVD, qui propose un commentaire audio dont on ne profitera pas sur le disque français. On peut le regretter, néanmoins, sur le DVD édité par Opening, on bénéficie d'une interview intéressante de Stéphane Bourgoin, spécialiste incontesté des Serial Killer (drôle de métier !). Côté son, les pistes DTS font la différence pour nos enceintes, puisqu'il n'y en a pas sur les autres éditions existantes, enfin le transfert est en 16/9 sur le disque Opening, tandis que les autres sont en 4/3. A noter que si les couleurs sont plus chaudes sur le disque américain, il souffre de problèmes de compression. Ce type de défaut n'apparaît pas sur le disque français.

Version française
Version américaine

SUMMER OF SAM est plus une chronique qu'une critique sociale, un regard éclairé sur les maux dont souffre notre société, de l'intolérance à la violence en passant par la misère intellectuelle et affective. Tous ces paramètres sont indissociables, à la fois causes et effets d'une descente aux enfers inexorable, qui revêt d'innombrables visages. C'est à ce niveau seulement qu'on constate l'émergence de la haine dont nous sommes tous porteurs. Ce film nous parle du droit à la différence, de la liberté de penser et d'agir, dans une société en mutation permanente qui ne tolère pas les retardataires, d'où les initiales S.O.S., appel au secours désespéré de ces laissés pour compte de l'évolution qui ne trouvent leur salut qu'en accusant les autres des malheurs dont ils souffrent. Ce sentiment d'être largué est très souvent le point de départ de la haine ordinaire qui frappe les banlieues "sinistrées" . Dans la scène où Vinny et Dionna vont au CBGB, un club "à la mode", ils se retrouvent comme deux péquenots débarqués de leur province dans leurs tenues disco, en territoire inconnu alors que dans leur quartier, ils étaient les rois de la discothèque. Pire quand ils vont au Studio 54, où ils tentent pitoyablement de rentrer sans faire la queue. A ce moment-là, ils réalisent qu'ils ne sont rien, sortis de leur cocon. Leur identité en prend un sacré coup : ils sont bouleversés, et se retrouvent de plain-pied dans la réalité.

Nadia Derradji

ON AIME
La psychologie des personnages
Le petit topo de Stephane Bourgouin
Les pistes DTS

ON N'AIME PAS
On aurait aimé pouvoir bénéficier du commentaire audio.

Meilleures scènes

  • CBGB, Studio 54, Plato's Retreat et un retour mouvementé
    (Chapitre 14 [1'19'38])
  • Meurtres
    (Chapitre 17 [1'37'56])
Année : 1999

Durée : 135 minutes

Acteurs :
John Leguizamo
Adrien Brody
Mira Sorvino
Jennifer Esposito
Anthony LaPaglia
Ben Gazzara
Bebe Neuwirth
Michael Badalucco
Spike Lee

Réalisateur :
Spike Lee

Scénario :
Victor Colicchio
Michael Imperioli
Spike Lee

Musique :
Terence Blanchard

Format disque :
Double Couche

Format Image :

Format sonore :
Anglais : 
Anglais : 
Français : 
Français : 

Sous-titrage :
Français

Les Suppléments

  • Interview de Spike Lee
  • Bandes-annonces
  • Revue de presse (Critiques du film)
  • David Berkowitz
    Portrait d'un serial killer (19mn)
  • Filmographies
    • Spike Lee
    • Mira Sorvino
    • John Leguizamo
    • Adrien Brody
    • Jennifer Esposito
    • Anthony LaPaglia
    • Ben Gazzara

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