Header Critique : SOIF DE SANG (THIRST)

Critique du film et du DVD Zone 2
SOIF DE SANG 1979

THIRST 

SOIF DE SANG est, comme PATRICK ou HARLEQUIN, produit par Anthony I. Ginnanne, figure-clé de la grande période du fantastique australien. En effet, à la fin des années 1970, alors que Peter Weir ensorcelle le public international avec PIQUE-NIQUE A HANGING ROCK et que George Miller lâche sur les écrans du monde entier l'ultra-violence de MAD MAX, le cinéma de ce pays-continent connaît un essor commercial et une reconnaissance critique réels, particulièrement dans les domaines de l'horreur, du suspens et de la science-fiction. Ainsi, après PATRICK et le thriller SNAPSHOT, Ginnane produit SOIF DE SANG, dirigé par Rod Hardy, un réalisateur venant de la télévision. Outre des comédiens ayant fait leur carrière en Australie, comme Chantal Contouri (SNAPSHOT) et Robert Thompson (PATRICK), on trouve des acteurs aux carrières internationales : Henry Silva (L'INCROYABLE ALLIGATOR...) et David Hemmings (LES FRISSONS DE L'ANGOISSE...).

Une jeune femme, Kate Davis, est kidnappée et emmenée de force dans une étrange clinique, située dans une région sauvage et isolée. Les médecins lui apprennent qu'elle est la descendante d'une sinistre aristocrate, la comtesse Bathory, qui conservait sa jeunesse en se baignant dans du sang de vierge. Ils lui révèlent ensuite l'existence d'une société secrète, constituée d'aristocrates ayant comme pratique commune de boire du sang humain. Ils pensent ainsi acquérir force et puissance. Kate découvre rapidement que la clinique est en fait une "ferme", où des humains sont gardés captifs afin de servir de "réserves" sanguine à ces vampires des temps modernes. Malgré l'insistance des chefs de la clinique, Kate refuse de se plier à leurs coutumes et de boire du sang. Pour la convaincre de se joindre à eux, les médecins décident alors d'employer des moyens musclés...

Dans les années 1970, on assiste au déclin inéluctable de l'horreur gothique. Les thèmes de l'épouvante tendent de plus en plus souvent à être traités dans un contexte contemporain et réaliste : citons L'EXORCISTE, LA MALÉDICTION, ou HALLOWEEN, par exemple. Le vampirisme, sujet gothique par excellence, n'échappe pas à cette modernisation. Au début des années 1970, la Hammer propose ainsi deux titres catapultant le vampire Dracula dans le Londres moderne : DRACULA 73 et DRACULA VIT TOUJOURS A LONDRES. Dans la même décennie, d'autres films vont plus loin, en apportant un regard complètement neuf sur la mythologie : TRAITEMENT DE CHOC d'Alain Jessua, par exemple, dans lequel Alain Delon dirige une clinique proposant une méthode de rajeunissement très particulière. De même, MARTIN de George Romero met en parallèle vampirisme et toxicomanie, dans sa chère ville de Pittsburgh.

SOIF DE SANG va dans le sens de ces deux derniers titres en proposant un récit totalement contemporain. Les vampires se sont adaptés à notre société et ont même réussi à en tirer le meilleur parti, en industrialisant la production du sang nécessaire à leurs besoins ! Ainsi, c'est un regard pessimiste qui est porté sur la société à travers ce film : les puissants de ce monde dominent les faibles, qu'ils traitent comme un bétail bon à être exploité, tandis que le vernis civilisé et médical de la clinique ne sert qu'à masquer la besogne horrible de ses sinistres praticiens.

Si SOIF DE SANG adopte une approche moderne du mythe vampirique, il n'en garde pas moins des liens avec les classiques gothiques. Ainsi certaines scènes du "traitement" (le réveil dans un cercueil, la maison qui s'effondre) paraissent des renvois aux classiques de l'horreur des années 1960. De même, la référence au personnage réel de la comtesse Bathory (mise en scène dans des titres comme COMTESSE DRACULA ou LES LEVRES ROUGES) évoque les origines mêmes de cette mythologie gothique, puisque cette aristocrate inspira la nouvelle Carmilla de Sheridan Le Fanu.

SOIF DE SANG dépeint en fait la descente aux enfers de Kate. Prisonnière dans ce camp dont il semble impossible de s'échapper, elle est soumise aux pressions de ses geôliers qui souhaitent absolument lui donner le goût du sang et faire d'elle un membre de leur clan. Ils la soumettent à des séances de lavage de cerveau intenses, donnant lieu à des séquences cauchemardesques et surréalistes. Kate, seule et infiniment vulnérable, va ainsi traverser des épreuves épouvantables, qui risquent de la faire basculer dans la folie à tout moment.

Bénéficiant d'une mise en scène nerveuse et d'un scénario ménageant de nombreuses surprises, SOIF DE SANG n'est pourtant pas à l'abri de tout reproche. Certains passages tendent à paraître longuets, et la fin peut sembler tirer un peu à la ligne. De plus la réalisation paraît parfois un peu datée.

Néanmoins, original et efficace, très bien interprété, SOIF DE SANG est un film tout à fait intéressant. En France, il est diffusé au Xème Festival du Film Fantastique de Paris. Mais c'est surtout HARLEQUIN qui est remarqué cette année-là, si bien que le film de Rod Hardy passe un peu inaperçu. Il ne sortira pas en salles dans notre pays, mais y sera directement distribué en vidéo.

SOIF DE SANG a déjà été publié en DVD aux USA, chez Elite, dans une édition soignée (NTSC zone 1), mais sans options pour les francophones : ce DVD a été testé sur DeVil Dead. Puis, ce film a été publié en Grande-Bretagne (multizone, PAL), dans une édition sans supplément. En France, ce titre sort chez Opening, en complément du magazine "Mad Movies" numéro 163.

SOIF DE SANG est proposé dans son format scope d'origine (2.35, avec 16/9), dans une copie acceptable. Certes, son état est tout de même assez variable et trahit parfois la présence insistante de points blancs. De même la compression ne semble pas toujours très à l'aise et a tendance à rendre les arrière-plans légèrement instables. Heureusement, la définition, convenable, ainsi que des couleurs et des lumières gérées avec naturel, rendent la vision de ce DVD tout à fait acceptable.

La bande-son est disponible en mono d'origine, en anglais ou en français (avec un doublage correct). Ces pistes sont suffisamment claires et propres pour permettre un suivi agréable des dialogues. Le sous-titrage français est amovible. En guise de suppléments, on ne trouve qu'une filmographie de David Hemmings.

Certes, cette édition n'est pas la plus complète ni la plus parfaite disponible pour SOIF DE SANG. Elle peut néanmoins se prévaloir d'un prix très compétitif, ainsi que d'un doublage et d'un sous-titrage français, tous deux absents des autres éditions.

Rédacteur : Emmanuel Denis
Photo Emmanuel Denis
Un parcours de cinéphile ma foi bien classique pour le petit Manolito, des fonds de culottes usés dans les cinémas de l'ouest parisiens à s'émerveiller devant les classiques de son temps, les Indiana Jones, Tron, Le Dragon du lac de feu, Le Secret de la pyramide... et surtout les Star Wars ! Premier Ecran fantastique à neuf ans pour Le retour du Jedi, premier Mad Movies avec Maximum Overdrive en couverture à treize ans, les vidéo clubs de quartier, les enregistrements de Canal +... Et un enthousiasme et une passion pour le cinéma fantastique sous toutes ses formes, dans toute sa diversité. S'il fallait faire mienne une maxime en la matière, je reprendrais (de mémoire !) une citation de Roman Polanski : «les personnes qui aiment vraiment le cinéma aiment le fantastique» !
47 ans
1 news
487 critiques Film & Vidéo
1 critiques Livres
On aime
Un bon film fantastique australien
Un petit prix
On n'aime pas
...
RECHERCHE
Mon compte
Se connecter

S'inscrire

Notes des lecteurs
Votez pour ce film
Vous n'êtes pas connecté !
7,00
3 votes
Ma note : -
Autres critiques
L'édition vidéo
THIRST DVD Zone 2 (France)
Editeur
Mad Movies
Support
DVD (Double couche)
Origine
France (Zone 2)
Date de Sortie
Durée
1h31
Image
2.35 (16/9)
Audio
English Dolby Digital Mono
Francais Dolby Digital Mono
Sous-titrage
  • Français
  • Supplements
    • Bande-annonce
    • Bio/filmographie de David Hemmings
    Menus
    Menu 1 : SOIF DE SANG (THIRST)
    Autres éditions vidéo