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Critique du film et du DVD Zone 1
RESIDENT EVIL 2002

 

La société Umbrella est une multinationale aux départements aussi variés qu'obscurs, regroupés à l'intérieur d'un gigantesque complexe high-tech profondément enseveli sous la petite ville de Racoon City. Afin de couvrir une opération de vol industriel, un mystérieux individu libère le "Virus T" (la nouvelle arme biologique d'Umbrella) condamnant du même coup tous les employés à la mort. Une équipe de SWAT est immédiatement dépêchée sur les lieux afin de nettoyer le secteur. S'aventurant dans les locaux d'Umbrella, ils devront faire face à toute une armée de zombies affamés, soit les employés des lieux transformés sous l'effet du mystérieux virus.

Avant de nous pencher plus en avant sur ce RESIDENT EVIL au cinéma, il serait peut-être bon de s'autoriser un petit aparté sur le développement des univers vidéo ludiques, condition sine qua none au bon jugement du film de Paul Anderson. Car RESIDENT EVIL est avant tout l'adaptation tant attendue du jeu vidéo éponyme, un super hit qui a fait trembler plus d'une chaumière dans le monde entier (à noter qu'au Japon, le soft s'appelle Biohazard).

Débarqué en 96 sur Playstation, Resident Evil allait révolutionner le jeu vidéo et créer au passage un concept qui allait devenir un canevas incontournable aux prochaines créations vidéo ludiques (on parle maintenant de "Resident Evil Like"). Reprenant une idée créée par ailleurs par les français d'Infogrames (avec Alone in the Dark), les japonais de Capcom se sont ingéniés à monter le jeu d'horreur ultime. Outre la course au gore, les concepteurs se sont avant tout creusé la tête pour intégrer au langage du jeu vidéo le concept de découpage cinématographique. C'est-à-dire que contrairement aux jeux vidéos classiques où le personnage incarné par le joueur est systématiquement au centre de l'écran (on est donc dans une logique de plan séquence), Resident Evil faisait évoluer l'alter ego dans un espace découpé en plans fixes. De cette manière, le champ de vision du joueur se réduisait considérablement, et décuplait du même coup la mécanique de la peur. Mine de rien, le jeu vidéo venait avec ce titre d'intégrer à la perfection un élément totalement contre nature avec son médium : le hors champ.

Bien entendu, le succès planétaire aidant, c'est toute une pléthore de suites aussi variées qu'indirectes qui investirent les consoles de jeu. Avec bientôt quatre suites, une préquelle, une aventure parallèle et autant de remakes des anciens jeux sur machines de nouvelles générations, la franchise cultive habilement son filon en nous proposant différents personnages plus ou moins récurrents autour de la propagation des virus mis au point par la société Umbrella, virus ayant la particularité de transformer le quidam en zombie affamé de chair fraîche. L'adaptation cinématographique pendait donc au nez, aussi attendue par les fans que sans véritable incidence pour l'exploitation de la licence sur console de jeu (le chiffre d'affaire du jeu vidéo ayant d'ores et déjà dépassé celui du cinéma, l'adaptation sur pellicule n'est pour Capcom qu'un produit dérivé de plus).

L'annonce de RESIDENT EVIL sur grand écran a connu son quart d'heure de rumeurs fantasmées. La plus populaire concerna l'implication de George Romero himself à la réalisation du film. Il faut dire que le cinéaste, à qui l'on doit le sous-genre "zombie", signa un spot de pub peuplé de morts vivants pour la sortie aux Etats-Unis de… Resident Evil 2 ! Romero quitta pourtant presto le projet pour des raisons que l'on peut deviner facilement. Car si RESIDENT EVIL sur console était révolutionnaire pour le joueur, c'est parce qu'il parvenait à adapter très fidèlement l'univers des films de Romero (associé à une touche de Carpenter pour le travail sur le découpage) pour une sorte d'expérience extracorporelle au pays de LA NUIT DES MORTS VIVANTS. Re-adapter le jeu sur grand écran revient donc à re-pomper intégralement la saga de Romero, en perdant au passage tout l'intérêt du soft c'est-à-dire l'immersion immédiate via la jouabilité (car contrairement au cinéma, le jeu vidéo est un "art" actif).

Pour résoudre les problèmes de mise en chantier difficile, la production décide donc de confier le projet à un vrai fan du jeu histoire de s'assurer le maximum de garanties sur un terrain plus que glissant (il faut dire que les adaptations de jeux vidéos ont souvent abouti à des navets, voire à des hyper navets à vous faire perdre définitivement foi au cinéma). Paul Anderson sera donc l'homme de la situation puisque le bonhomme s'avoue fan de jeux vidéos et de Resident Evil en particulier, qu'il a déjà dirigé une adaptation de jeu jugée acceptable au vu des productions similaires (MORTAL KOMBAT), et dernier point non négligeable, le cinéaste œuvre dans le fantastique depuis ses débuts (avec le très honorable EVENT HORIZON à son actif). Seul problème, Anderson est un bon artisan du cinéma mais ne sera jamais un véritable réalisateur "qui compte" dans notre genre préféré. Si RESIDENT EVIL évite un grand nombre de peaux de bananes qui auraient pu faire tomber le métrage dans les méandres pourraves où mijotent les ultra ringards TOMB RAIDER ou SUPER MARIO BROS, le film se retrouve n'être au final qu'un (bon) produit d'exploitation pour "d'jeun's". Malin et pavé de bonnes intentions, Anderson réussit pourtant ici l'improbable : tirer un film cohérent de la série fleuve des jeux vidéos. Décidant de ne pas reprendre de personnages existants au profit d'une icône originale (Alice incarnée par Milla Jovovich), Anderson choisit malgré tout la fidélité avec le matériel original puisqu'il se met en tête de nous raconter la préquelle du premier opus sur console (cette idée de préquelle aura depuis été exploitée en parallèle par les programmeurs japonais pour les besoins de Resident Evil 0).

Afin de satisfaire les fans du jeu, le cinéaste va dans un premier temps tenter de multiplier les références au matériel original (le spectateur retrouvera donc le manoir, les chiens zombies, ainsi que de nombreuses broutilles typées 3-D comme une petite fille de synthèse). Malheureusement, ces éléments sont avant tout réduits à l'état de stimuli pour le joueur devenu entre temps spectateur. A aucun moment, Anderson ne montre de capacité à créer une véritable réflexion autour de l'adaptation de la "jouablilité" et se borne à enfiler les séquences décalquées sur les péripéties vidéo ludiques comme autant de clins d'œil artificiels. Ainsi, les personnages devront résoudre une énigme pour ouvrir une porte, éviter des lasers dans un couloir… Autant de situations bien connues des joueurs qui, si elles ont leur légitimité une manette à la main, tombent bien vite au cinéma dans le téléphoné. On est ici bien loin des expérimentations de John Carpenter avec GHOST OF MARS qui, sous couvert d'un second degré auto référenciel, arrivait à recréer le plaisir jouissif d'un joueur en plein canardage virtuel.

Si ceux qui s'attendaient à une véritable adaptation de jeu vidéo, avec son lot d'innovations filmiques, peuvent définitivement pointer aux grands déçus de RESIDENT EVIL, le film se révèle malgré tout suffisamment rondement mené pour que l'on y passe un bon moment. Car Anderson connaît malgré tout son sujet, à commencer par tous les classiques du fantastique qu'il apprécie à titre personnel. Soucieux de poser sa modeste pierre à l'édifice, le réalisateur orchestre une invasion dans les règles de l'art (via la mécanique classique du film de survival), tout en concoctant des trouvailles à l'efficacité monumentale. En situant son action dans un complexe high-tech à la luminosité froide et abondante, RESIDENT EVIL tranche définitivement avec ses prédécesseurs et arrive de ce fait à installer une ambiance à la fois réussie et personnelle. Toujours dans cet esprit de continuité améliorée, l'arrivée des morts vivants se trouve être également un bon point compte tenu des exigences de "gore propre" instaurées par la production. Les zombies sont suffisamment dérangeants sans pour autant jouer la carte de la décomposition, Anderson préférant créer l'angoisse par la masse et non l'individu.

Ces bonnes intentions colmateront selon votre exigence les autres scories du film. En effet, le film souffre d'un gros défaut de rythme relâchant la tension de manière trop importante dans sa deuxième partie. Car au lieu de construire son récit selon un crescendo classique, Anderson choisit la complexité via un "whodunit" incongru démasqué à rebours par des flash back incomplets. Résultat, on se perd totalement dans les enjeux (pourtant sommaires) de l'histoire. Autre désavantage, un casting lisse et impersonnel qui privilégie des comédiens aux allures de gravures de sitcom. Seule Michelle Rodriguez arrive à insuffler un peu de coffre à son personnage de décalque de Vasquez dans ALIENS. Mais que ceux qui recherchent uniquement le divertissement se rassurent, RESIDENT EVIL parvient à tenir ce qui reste de ses promesses autour de 90 minutes d'un visionnage sans ennui, cadencé par un montage ultra dynamique et une bande son tonitruante. C'est déjà pas si mal.

L'édition Zone 1 du titre se trouve être d'excellente tenue. L'image tout d'abord est tout simplement excellente (pour les pointilleux, cette dernière est ici légèrement supérieure au récent Zone 2). Associée à des pistes audio ultra puissantes et dynamiques, la vision du film risque de satisfaire au plus au point le possesseur de home cinema soucieux de profiter de sa grosse installation. Pas de DTS cependant, mais les non anglophones auront le plaisir de découvrir une piste française en 5.1, ainsi que des sous-titres sur le film.

Niveau bonus, si le menu semble copieux, le contenu s'avère au final bien maigre. Pour commencer, le commentaire audio réunissant Paul Anderson, Jeremy Bolt (l'un des producteurs), Milla Jovovich et Michelle Rodriguez coupe rapidement court. La faute en revenant à nos deux mistinguettes qui ne peuvent laisser la parole à quelqu'un d'autre qu'à elles-mêmes. On se lasse très rapidement d'assister aux explications avortées d'Paul Anderson au profit de la grosse tête de ces dames. Malheureusement, nous n'en apprendrons pas plus dans la featurette making of. D'une durée pourtant confortable, cette dernière ne constitue rien de moins qu'un spot publicitaire géant. Certes, l'ensemble se laisse voir sans déplaisir, mais sachez qu'il a été visiblement conçu pour les personnes n'ayant pas encore vu le film.

Heureusement, quelques courts reportages viennent relever l'intérêt. Les dix minutes consacrées à la musique du film valent notamment le détour. Elles donnent la parole à Anderson (qui nous avoue au passage s'être inspiré de Carpenter pour son ambiance musicale… tiens, tiens), ainsi qu'au compositeur Marco Beltrami (dont le travail va de SCREAM jusqu'au récent TERMINATOR 3) et la rock star Marilyn Manson qui ont agi en collaboration pour accoucher de l'excellente partition techno bruitiste du film. On y apprendra même l'influence de la musique de Manson sur les caniches ! Plus anecdotique, la section featurette se poursuit avec deux très courtes séquences concernant les décors et les costumes, ainsi que quelques secondes d'essais vidéo avec les morts vivants. Inutile de préciser que l'ensemble aurait mérité d'être développé.

Pour finir, un clip vidéo des folklos Slipknot (une bande d'allumés masqués, engaussés dans des combis EDF-GDF, qui beuglent du néo-métal), une poignée de filmographies sélectives, ainsi que des bandes-annonces en multicanaux (RESIDENT EVIL, FINAL FANTASY, SPIDER-MAN, XXX, MEN IN BLACK 2 et LE 51e ETAT) achèvent notre tour d'horizon.

Attendu de pied ferme à la fois par les fans de jeux vidéos et par les amateurs de fantastique pur et dur, RESIDENT EVIL peine à honorer son glorieux héritage et n'impressionnera qu'en premier lieu les étrangers au cinéma de Romero. Mais loin de succomber à ses défauts, le film se révèle être un divertissement honnête et parfois inventif. A chacun de se (re) faire une opinion avec cette édition Zone 1, pour l'instant le meilleur moyen de profiter du film chez soi (si l'on excepte l'édition superbit avec du DTS) ou en faisant l'acquisition de l'édition Belge qui est, paraît-il, de très bonne tenue. Pour l'anecdote, sachez qu'Anderson vient de suspendre son projet de remake de DEATH RACE 2000 avec Tom Cruise pour se consacrer à RESIDENT EVIL 2 : NEMESIS. Ca pour une nouvelle…

Rédacteur : Eric Dinkian
Photo Eric Dinkian
Monteur professionnel pour la télévision et le cinéma, Eric Dinkian enseigne en parallèle le montage en écoles. Il est auteur-réalisateur de trois courts-métrages remarqués dans les festivals internationaux (Kaojikara, Precut Girl et Yukiko) et prépare actuellement son premier long-métrage. Il collabore à DeVilDead depuis 2003.
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L'édition vidéo
RESIDENT EVIL DVD Zone 1 (USA)
Editeur
Support
DVD (Double couche)
Origine
USA (Zone 1)
Date de Sortie
Durée
1h40
Image
1.85 (16/9)
Audio
English Dolby Digital 5.1
Francais Dolby Digital 5.1
Sous-titrage
  • Anglais
  • Français
  • Supplements
    • Commentaire audio de Paul Anderson, Jeremy Bolt, Milla Jovovich et Michelle Rodriguez
      • Featurettes
      • Making Of
      • Scoring Resident Evil
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