Les médias et plus particulièrement internet sont en ébullition. La présentatrice d’une série internet a disparu avec son équipe. Dans ses vidéos, elle enquêtait sur des phénomènes étranges dans des lieux lugubres ! Inquiète, sa sœur met la main sur ses dernières vidéos tournées aux abords de Shelby Oaks dans l’Ohio. Elle et les spectateurs du film SHELBY OAKS vont donc suivre ce fil d’Ariane pour découvrir la vérité sur l’étrange disparition…

Chris Stuckmann se passionne pour le cinéma dès son plus jeune âge. Il a même la chance que sa mère lui offre une caméra pour ses 13 ans. Cela lui donne l’occasion de tourner des courts-métrages. A partir de 2009, il se met à faire des vidéos sur YouTube pour parler de films. Au départ, cette activité donne des résultats approximatifs et amateurs mais, au fil du temps, il commence à rendre ses vidéos plus attractives et professionnelles. Il ambitionne depuis son adolescence de réaliser des longs-métrages. En 2016, avec sa compagne, il réalise un court-métrage à l’occasion d’Halloween dont le sujet est un couple bloqué dans une maison isolée par un homme masqué. Au retour de cette expérience, Chris Stuckmann et Samantha Elizabeth (crédité au générique du film en tant que Sam Liz) décident de ne plus attendre d’hypothétique proposition mais de se lancer par eux-mêmes dans un projet de long-métrage auto-financé.

Rassembler l’argent nécessaire pour la création d’un film n’a rien de simple. Mais la notoriété des critiques de films en vidéo de Chris Stuckmann va tout de même lui offrir coups de pouce et opportunités ! Chris Stuckmann a la chance de rencontrer Aaron B. Koontz dans un festival de films en 2019. Les deux hommes discutent cinéma puis parlent projet de films. Le second accepte de coproduire SHELBY OAKS via sa maison de production Paper Street Pictures. C’est grâce à cette rencontre que le film prend forme petit à petit. Ils ont l’idée de créer une fausse série de vidéos intitulée PARANORMAL PARANOIDS en 2021. Ces faux documentaires sont la première pierre à l’édifice qui donnera SHELBY OAKS. On y suit des «reporters» amateurs qui vont tourner dans les lieux sinistres où se seraient déroulés des événements étranges. Les vidéos deviennent alors le témoignage des derniers moments de l’une des vidéastes avant sa disparition. Tout comme les créateurs du PROJET BLAIR WITCH, Chris Stuckmann et Samantha Elizabeth se servent de faux éléments diffusés sur internet comme d’outils de renforcement de la vérité. Il s’agit autant d’une approche marketing basée sur le buzz que d’une manière de flouter la frontière entre fiction et réalité. De plus, une campagne de financement participatif est lancée dans la foulée en 2022 afin de rassembler les fonds nécessaires au tournage de SHELBY OAKS. Dans l’intervalle, le cinéaste Mike Flanagan donne des conseils et participe activement à sa production. Cela n’empêchera pas le projet d’avoir quelques soucis de budget tout au long de sa création.

Cela faisait longtemps que nous n’avions pas vu un «found footage» et, en toute sincérité, cela ne nous manquait pas ! Au cas où vous ne seriez pas familiers avec ce terme, il s’agit d’un sous-genre qui n’est d’ailleurs pas nécessairement lié au cinéma fantastique. Aujourd’hui, le «found footage» le plus connu est clairement LE PROJET BLAIR WITCH. Le concept est simple, le film est constitué de bandes vidéo censément retrouvées et qui éclairent sur une situation. Si on retourne aux origines, le premier film du genre n’est pas CANNIBAL HOLOCAUST, comme on pourrait le croire. Pour autant, le film de Ruggero Deodato fait partie des précurseurs et c’est surtout le premier à avoir intégré une intrigue autour des vidéos présentées comme «vraies». On retrouve cette structure dans SHELBY OAKS. La toute première partie du film nous présente des bouts de vidéo et les réactions médiatiques concernant la disparition de l’une des personnes les ayant tournées. SHELBY OAKS propose ensuite un parallèle avec la sœur de la disparue qui tente d’en apprendre plus. Cela permet à Chris Stuckmann de donner une singularité à son SHELBY OAKS qui aurait pu n’être que l’une des nombreuses répliques boiteuses du PROJET BLAIR WITCH. Le cinéaste reprend tout de même plusieurs idées du film de Daniel Myrick et Eduardo Sanchez : errance d’une équipe de tournage, découverte de petits bouts de bois dans la forêt… En contrepartie, nous avons droit à un drame familial avec la sœur et sa relation avec son conjoint, la police ou encore l’intrusion des médias. SHELBY OAKS a ainsi un double voire un triple visage car il n’en reste pas moins un film d’épouvante puisque, petit à petit, les vidéos ainsi que l’enquête nous permettent de découvrir le secret autour de la disparition de la jeune femme. Là, on bascule carrément dans les eaux d’un Roman Polanski et plus particulièrement dans l’un de ses grands classiques (NDLR : nous ne le citerons pas pour éviter le «spoiler»).

Les «fans» qui passent à la réalisation ne donnent pas toujours satisfaction. A force de regarder des films, certains vomissent leurs références sans avoir pris le temps de les digérer. Chris Stuckmann et son SHELBY OAKS ne présentent pas ce défaut. Aucun doute, le film est sous influence mais le cinéaste ne nous balance pas des clins d’œil à tout instant en nous donnant des coups de coude. Le vrai problème de SHELBY OAKS se situe plutôt dans son déroulement. La narration est souvent déséquilibrée et les situations ne sont pas nécessairement cohérentes. La fin du film reste, à ce niveau, un poil opaque. Quoi qu’il en soit, SHELBY OAKS contient tout de même quelques belles séquences sur lesquelles il faudra se raccrocher à défaut de mieux. Chris Stuckmann a bien assimilé les mécanismes de la «terreur» cinématographique. Est-ce que cela suffit sur la durée ? Rien que le fait de se poser la question donne un élément de réponse !

Metropolitan a distribué SHELBY OAKS dans les salles de cinéma au courant du mois de novembre 2025. Il a fait une exploitation honorable sachant que le film n’est pas une licence et qu’il ne contient aucune vedette au générique. Six mois se sont écoulés et le film sort dans les rayonnages vidéo en Blu-ray et DVD, ainsi qu’en vidéo à la demande.
Tout comme le film lui-même, le premier contact avec l’image du Blu-ray de SHELBY OAKS fait assez peur. La partie pré-générique est un amalgame de scènes tournées en vidéo sur le vif avec des écrans de chats internet. Cela fait partie du concept et l’image change complètement ensuite dans les séquences se déroulant lors de l’investigation du personnage principal. Là, rien à redire, c’est une très belle image cinéma qui nous est proposée. Cela met d’ailleurs assez bien en valeur les plans les plus travaillés du film. En ce qui concerne le son, l’ambiance est assurée avec des effets inquiétants et des passages qui seront à même de vous faire sursauter de façon très percutante. Evidemment, Metropolitan propose la version originale sous-titrée assortie d’un doublage français. Les deux pistes audio sont dans le même format (DTS HD Master Audio 5.1). Coutumier du fait, l’éditeur propose aussi des options pour les malvoyants et les malentendants !

Parmi les suppléments, on trouve un documentaire découpé en plusieurs parties qui retracent le tournage selon divers points de vue. Le tout étant agrémenté d’images de tournage ainsi que d’interviews. A côté, on trouve aussi les fameuses vidéos PARANORMAL PARANOIDS qui servent d’illustration dans le long-métrage SHELBY OAKS. Ici, il est possible de les visionner d’un seul tenant ou bien de manière séparée puisqu’il s’agit de quatre épisodes distincts : «Mary Talbert», «La cabane des suicidés», «Les couloirs hantés de l’école Lincoln» et «La prison du comté de Darke». On peut aussi voir la fameuse vidéo concernant la dernière cassette. Ceux qui ont appréciés le film ou qui aiment les « found footages » seront sûrement aux anges !
Le disque contient aussi un commentaire audio de Chris Stuckmann. Il sera réservé aux anglophones puisqu’il n’est pas sous-titré. Le cinéaste donne pas mal d’anecdotes sur le film et propose même son explication de la fin de SHELBY OAKS. Enfin, l’éditeur termine avec la bande-annonce du film mais aussi celles de BLAIR WITCH (version 2016), PHENOMENES PARANORMAUX et L'ÉLUE.