Header Critique : ABÎME DES MORTS-VIVANTS, L' (LA TUMBA DE LOS MUERTOS VIVIENTES)

Critique du film
L'ABÎME DES MORTS-VIVANTS 1982

LA TUMBA DE LOS MUERTOS VIVIENTES 

Après la mort de son père, un jeune homme hérite de papiers recelant le secret d'un trésor de guerre nazi, caché dans une oasis d'Afrique du Nord. Il ne sait pas que le lieu est hanté par des zombies.

La firme française Eurociné connaît un petit succès avec LE LAC DES MORTS-VIVANTS de Jean Rollin en 1981. Elle s'associe alors à des partenaires espagnols pour produire un autre film du même tonneau : L'ABÎME DES MORTS-VIVANTS, tourné au Maroc. Rappelons que suite au succès de l'américain ZOMBIE de George Romero et de l'italien L'ENFER DES ZOMBIES, la mode en Europe est alors aux petites productions gore mettant en scène des morts-vivants putréfiés et affamés (LA NUIT FANTASTIQUE DES MORTS-VIVANTS de Joe D'Amato, VIRUS CANNIBALE de Bruno Mattei).

Dans L'ABÎME DES MORTS-VIVANTS, nous trouvons en vedette Manuel Gélin, acteur débutant apparu la même année dans le populaire LES UNS ET LES AUTRES de Claude Lelouch. Nous le verrons l'année suivante dans le succès populaire L'ÉTÉ MEURTRIER de Jean Becker, ainsi que dans des genres peu prestigieux, mais très à la mode alors, comme le cinéma érotique (JOY de Sergio Bergonzelli) et la comédie franchouillarde (LE FACTEUR DE SAINT-TROPEZ avec Paul Préboist, SI T'AS BESOIN DE RIEN, FAIS MOI SIGNE de Philippe Clair).

A ses côtés figure l'acteur espagnol Antonio Mayans, vieux routier du cinéma européen populaire, dans la filmographie duquel se bousculent films de guerre (L'OTAGE DU IIIème REICH), westerns (LES BRUTES DANS LA VILLE de Robert Parrish), aventures (L'APPEL DE LA FORÊT de Ken Annakin), horreur (LE BOSSU DE LA MORGUE avec Jacinto Molina alias Paul Naschy) ou érotisme (TENDRE ET PERVERSE EMANUELLE de Jesus Franco). Il tourne très souvent avec le prolifique Jesus Franco à partir des années soixante-dix : EMBRASSE-MOI, LA NOCHE DE LOS ASESINOS, CHASSEURS D'HOMMES... Il poursuit cette collaboration avec L'ABÎME DES MORTS-VIVANTS. Le compositeur Daniel White (LE LAC DES MORTS-VIVANTS), fidèle à Franco depuis ses premières œuvres pour Eurociné, signe la partition.

La conception de L'ABÎME DES MORTS-VIVANTS s'avère une affaire compliquée, le métrage existant dans au moins deux versions, avec certains acteurs différents : la version espagnole (LA TUMBA DE LOS MUERTOS VIVIENTES) et la version française (L'ABÎME DES MORTS-VIVANTS). Le générique français avec pseudonymes, placé au début du film, attribue la réalisation à A.M Frank et le scénario à A. L. Mariaud, deux pseudonymes auxquels recourent aussi bien Jesus Franco que Marius Lesoeur. Il est parfois avancé que ce dernier a une part de responsabilité importante dans la conception de la version française du film aux côtés de Jesus Franco.

Par certains aspects, le récit de L'ABÎME DES MORTS-VIVANTS rappelle LE LAC DES MORTS-VIVANTS. Nous y retrouvons des nazis morts-vivants, donnant lieu à un long flash-back historique. Ici, une troupe de l'Afrika Korps, chargée de transporter un trésor à travers la Libye pendant la seconde guerre mondiale, est attaquée dans une oasis. Seul un homme survit, il est recueilli par un cheikh avec la fille duquel il aura un enfant. Les autres soldats, morts, hantent l'oasis, tuant tout ceux qui s'approchent du trésor.

Comme dans LE LAC DES MORTS-VIVANTS, une histoire d'amour impossible entre un militaire allemand et une jeune autochtone rehausse l'ensemble. Elle se solde par la naissance de Robert, un enfant illégitime. Ce dernier joue un rôle important dans le récit, comme la petite fille du film de Rollin. Une fois cette partie historique expédiée, nous suivons des chasseurs de trésor voués à se faire massacrer par des zombies (qui n'ont plus leurs uniformes nazis, peut-être pour des raisons de budget).

L'ABÎME DES MORTS-VIVANTS est une grosse ringardise. La réalisation bâclée combine caméra à l'épaule et zooms maladroits tremblotants pour tenter d'animer la platitude de la mise en scène. L'interprétation est au-delà de l'amateurisme, et les dialogues sont idiots. Les trucages s'avèrent effroyablement mauvais. Si le maquillage des zombies progresse par rapport au LAC DES MORTS-VIVANTS, il n’empêche que les masques se détachent de manière visible par endroit, laissant apparaître la peau des comédiens de manière flagrante.

Les décors sont misérables : une planche de bois peinturlurée d'une croix gammée, quelques tuyaux et une vieille roue, vaguement entassés dans un oasis déplumé, sont les traces d'une terrible bataille. L'ABÎME DES MORTS-VIVANTS se distingue par son usage abondant de stock-shots (extraits piqués dans d'autres films), essentiellement dans son flash-back historique. Défilent ainsi des bouts de plusieurs films mettant en scène la seconde guerre mondiale en Afrique du Nord, dont LE JARDIN DU DIABLE d'Alfredo Rizzo.

Le tout donne une bataille incohérente, le subterfuge étant facilement repérable. Le film n'hésite pas à enchaîner à la queue-leu-leu trois ou quatre plans présentant des étalonnages de couleurs très différents.

Plus grave, le récit est d'une lenteur laborieuse, voire insupportable. Les apparitions des morts-vivants sont très rares, la plupart du métrage se compose de bavardages ennuyeux, lents et incohérents. Le tout est rehaussé, de loin en loin, d'un très léger érotisme.

L'ABÎME DES MORTS-VIVANTS ne fait pas peur. Il ne semble même pas pouvoir s'offrir des débordements gore : à peine entrevoit-on un mort-vivant malaxer sans conviction, l'espace de quelques secondes, une poignée d'abats. Pour être justes, sauvons peut-être quelques paysages de désert, quelques plans poétiques des zombies errants et la musique étrange et intrigante de Daniel White.

Certes l'amateurisme artisanal de l'ensemble peut attirer l'indulgence, et les maladresses de la réalisation ou de l'interprétation arrachent, involontairement, quelques éclats de rire. Mais l'ennui profond que génère L'ABÎME DES MORTS-VIVANTS ainsi que la lenteur de son développement dramatique mettent de mauvaise humeur. L'ABÎME DES MORTS-VIVANTS trahit l'essoufflement de la mode du film de zombies à l'européenne, laquelle vit alors ses derniers souffles de décadence. Ce produit est à réserver aux complétistes de Franco ou aux fans les plus endurcis de films de zombies.

Au début des années quatre-vingts, Franco tournera, en plus des nombreux pornos et érotiques qui constituent le gros de son travail depuis le milieu des années soixante-dix, plusieurs autres œuvres oscillant aussi entre aventures et fantastique, comme le passable MONDO CANNIBALE, CHASSEURS D'HOMMES, LES DIAMANTS DU KILIMANDJARO ou le sympathique LES AMAZONES DU TEMPLE D'OR.

Rédacteur : Emmanuel Denis
Photo Emmanuel Denis
Un parcours de cinéphile ma foi bien classique pour le petit Manolito, des fonds de culottes usés dans les cinémas de l'ouest parisiens à s'émerveiller devant les classiques de son temps, les Indiana Jones, Tron, Le Dragon du lac de feu, Le Secret de la pyramide... et surtout les Star Wars ! Premier Ecran fantastique à neuf ans pour Le retour du Jedi, premier Mad Movies avec Maximum Overdrive en couverture à treize ans, les vidéo clubs de quartier, les enregistrements de Canal +... Et un enthousiasme et une passion pour le cinéma fantastique sous toutes ses formes, dans toute sa diversité.
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