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Critique du film
EVIL DEAD 1981

 

Sam Raimi, originaire de l'état du Michigan, commence à réaliser des films en super-8, essentiellement humoristiques, dès l'âge de 13 ans, notamment avec son ami Bruce Campbell. En 1978, ils rencontrent Robert Tapert et les trois complices créent une petite compagnie de production indépendante : Renaissance Pictures. Après quelques succès régionaux, ils envisagent un long métrage en 16 mm. Vu les bons résultats d'œuvres auto-produites comme MASSACRE À LA TRONÇONNEUSE ou LA NUIT DES MASQUES, Robert Tapert encourage Raimi à tourner un film d'horreur. Celui-ci n'est pourtant pas spécialement intéressé par ce genre.

Ils rencontrent Tom Sullivan, un dessinateur qui travaille aussi à l'élaboration de maquillages pour la fête d'Halloween. Il est chargé de s'occuper des effets spéciaux de ce projet cinématographique. Il va aussi se faire connaître comme illustrateur de jeux de rôles à thèmes fantastiques, en particulier «L'appel de Cthulhu» inspiré par les écrits de Lovecraft dont il deviendra le plus emblématique dessinateur au cours des années quatre-vingts.  

Une fois le scénario d'EVIL DEAD achevé, l'équipe tourne WITHIN THE WOODS en 1978, moyen-métrage en super-8 et ébauche du long-métrage qu'ils souhaitent tourner, destinée à convaincre des investisseurs. En fin de compte, un modeste budget de 50 000 dollars est rassemblé et le tournage d'EVIL DEAD commence, avec une équipe entièrement non-professionnelle et bénévole.

EVIL DEAD appartient donc à cette catégorie d’œuvres qui, dans le sillon de LA NUIT DES MORTS-VIVANTS, sont tournées avec des moyens limités par des équipes d'amateurs passionnés, hors des circuits de production habituels des grandes compagnies hollywoodiennes ou des firmes spécialisées dans la série B. Tout ce courant est rendu possible grâce au développement d'un matériel de plus en plus léger (caméras 16 mm) et de moins en moins onéreux.

Ainsi sont apparues dans la décennie précédente des œuvres d'horreur tournées avec des moyens de fortune et des comédiens amateurs, comme LA DERNIÈRE MAISON SUR LA GAUCHE de Wes Craven, MASSACRE À LA TRONÇONNEUSE de Tobe Hooper et PHANTASM de Don Coscarelli. Nous pensons aussi à des films comme LA NUIT DES MASQUES de John Carpenter, LA COLLINE A DES YEUX encore de Wes Craven ou VENDREDI 13 de Sean S. Cunningham... Bien que ces derniers ont tout de même bénéficié de conditions techniques et financières plus favorables.

Malgré des tournages difficiles, ces films acquièrent une grande popularité, grâce à leurs liberté de ton et la violence graphique et psychologique. Leurs réalisateurs ne sont pas tous des passionnés de cinéma fantastique à la base. Tobe Hooper avoue avoir choisi de faire un film d'horreur parce que c'était alors à la mode. Wes Craven n'a au départ pas l'intention de persévérer dans le domaine de l'épouvante, mais les circonstances l'y contraignent après LA DERNIÈRE MAISON SUR LA GAUCHE.

De même, Raimi dit n'avoir aucune inclinaison particulière pour l'épouvante, et ce sont surtout les résultats alléchants de LA NUIT DES MASQUES qui le poussent dans cette voie. Si on regarde sa filmographie en l'an 2022, à part EVIL DEAD, EVIL DEAD 2, INTUITIONS et JUSQU'EN ENFER, l'horreur pure est absente.

Le propos d'EVIL DEAD est très simple. Cinq jeunes, deux garçons et trois filles, passent une nuit dans une cabane en pleine forêt. Dans la cave, ils découvrent un exemplaire du Necronomicon (fameux ouvrage de sorcellerie inventé par Lovecraft) ainsi qu'une bande magnétique sur laquelle sont enregistrées des invocations démoniaques. Imprudents, ils les écoutent et libèrent des puissances maléfiques qui vont les harceler toute une nuit.

Cet argument est proche de MASSACRE À LA TRONÇONNEUSE et LA COLLINE A DES YEUX : un groupe de citadins pas très futés se perd dans une nature hostile, ils se heurtent à des forces barbares qui leur font subir de brutales persécutions. La situation de siège (les personnages se calfeutrent dans la maison afin de se protéger des puissances démoniaques) évoque LA NUIT DES MORTS-VIVANTS.

Nous retrouvons d'ailleurs des morts-vivants, très à la mode à l'époque. Une fois qu'un des jeunes est occis, il se change en un zombie au service des esprits du Necronomicon. Néanmoins, EVIL DEAD propose une vision de ce monstre allant à l'encontre des clichés imposés par LA NUIT DES MORTS-VIVANTS ou L'ENFER DES ZOMBIES. Au lieu d'être des macchabées se déplaçant lentement et fastidieusement, ils sont des démons bondissants, grimaçants, ricanants et obéissant à des forces magiques malfaisantes. Ils évoquent plus Regan possédée dans L'EXORCISTE que les morts-vivants lents du bulbe de ZOMBIE.

L'influence de la bande dessinée américaine horrifique des années cinquante, dans le style de « Tales From The Crypt », est perceptible à travers l'allure très graphique et énergique de ces monstres. La qualité des maquillages est excellente, tout comme les nombreux effets spéciaux Gore, sidérants au vu des conditions économes de ce tournage.

Dans son premier film, Sam Raimi déploie déjà son incroyable sens de la cinématographie, multipliant les travellings virtuoses, concrétisés avec des moyens de fortune (mobylette, bateau) et des cadrages dynamiques. Combinant un montage fluide et efficace à un sens plastique très sûr (la photogénie de la forêt nocturne parcourue par des nuages de fumée), Raimi impose un style neuf, inventif et efficace, mêlant l'influence de la bande dessinée américaine (dans ses cadrages serrés et la limpidité de son montage) et son goût pour le cinéma burlesque (il a toujours avoué une grande passion pour les films des Trois Stooges).

La direction d'acteur aussi indique son goût pour la comédie, avec des interprétations très physiques, évoquant parfois des dessins animées (Ash tirant par les pieds sa compagne possédée hors de la maison). Bruce Campbell, avec son visage aux pommettes et au menton saillants, déploie une énergie apparemment inépuisable et s'inscrit à merveille dans cet univers.

Pourtant, en milieu de film, une certaine impression de redondance se fait sentir. Les situations avec les zombies deviennent répétitives, et la réalisation énergique, faute de renouvellement des situations, finit par paraître assommante.

Heureusement, les premières interventions des forces des ténèbres (le fameux "viol" commis par des branches), tout comme l'installation de l'ambiance nocturne effrayante, sont de vraies réussites. La dernière demi-heure, à partir du moment où Ash se retrouve seul dans la cabane face aux démons, est certainement la partie la plus convaincante.

Délaissant les débordements Gore pas si nouveaux que cela (ZOMBIE date de 1978), Raimi se tourne vers une ambiance poétique et fantastique inventive, notamment au cours de l'exploration de la cave, ou lors d'un rappel du ORPHÉE de Jean Cocteau. Tous les objets de la maison se mettent à être habités par des forces malfaisantes et à persécuter le survivant isolé.

Malgré une petite baisse de rythme au milieu du métrage, EVIL DEAD reste un bon film d'horreur plus de quarante ans après sa sortie. En France, il est découvert au Marché du Film de Cannes, puis présenté triomphalement au Festival du Film Fantastique de Paris. Il connaît un accueil très favorable des amateurs d'épouvante français qui, rodés par SUSPIRIA de Dario Argento et L'ENFER DES ZOMBIES de Fulci, réclament désormais leur dose annuelle de Gore.  

EVIL DEAD bénéficie en plus chez nous de l'explosion de la presse de cinéma fantastique, alors en plein essor. Si «L'écran fantastique» est bien diffusé depuis 1970, «Mad Movies» devient largement distribué à partir de 1982 et «Starfix» apparaît en 1983. Tous ces magazines font d'EVIL DEAD un événement majeur du début des années quatre-vingts, parallèlement à la disparition, en pratique, de la censure anti-gore en France, à partir de 1981.

Aux USA, le film sort en version intégrale, sans passer devant la commission de classification des films. Cela entraîne une distribution restreinte d'EVIL DEAD, bien qu'aboutissant à un succès commercial encourageant. Sam Raimi réalise EVIL DEAD 2 en 1987, un remake amélioré de cette œuvre en espérant qu'elle soit bien plus largement diffusée. Entre ces deux EVIL DEAD, il réalise MORT SUR LE GRILL, comédie noire coécrite avec les frères Coen, alors parfaitement inconnus. Mais cette tentative n'est pas un succès public.

Tom Sullivan ne persévérera pas dans le domaine des effets spéciaux (il collaborera tout de même artistiquement aux deux volets suivants d'EVIL DEAD), mais l'acteur Bruce Campbell va devenir très populaire chez les amateurs de cinéma fantastique et connaître une carrière dans ce domaine (MANIAC COP, LOS ANGELES 2013, BUBBA HO-TEP). Le compositeur Joseph LoDuca qui fait ses débuts sur EVIL DEAD, va aussi percer dans son domaine : outre les productions de Sam Raimi, on le retrouvera au générique de NECRONOMICON ou du PACTE DES LOUPS de Christophe Gans.

Rédacteur : Emmanuel Denis
Photo Emmanuel Denis
Un parcours de cinéphile ma foi bien classique pour le petit Manolito, des fonds de culottes usés dans les cinémas de l'ouest parisiens à s'émerveiller devant les classiques de son temps, les Indiana Jones, Tron, Le Dragon du lac de feu, Le Secret de la pyramide... et surtout les Star Wars ! Premier Ecran fantastique à neuf ans pour Le retour du Jedi, premier Mad Movies avec Maximum Overdrive en couverture à treize ans, les vidéo clubs de quartier, les enregistrements de Canal +... Et un enthousiasme et une passion pour le cinéma fantastique sous toutes ses formes, dans toute sa diversité.
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