Header Critique : EMMURÉE VIVANTE, L' (SETTE NOTE IN NERO)

Critique du film
L'EMMURÉE VIVANTE 1977

SETTE NOTE IN NERO 

En 1972, LA LONGUE NUIT DE L'EXORCISME de Lucio Fulci connaît un beau succès, bien que son exploitation soit compliquée par la censure. Le réalisateur veut persévérer dans le fantastique, genre qu'il apprécie, mais il va en fait s'en éloigner quelques années. Il retrouve d'abord Franco Nero, déjà dirigé dans LE TEMPS DU MASSACRE, pour un film familial : CROC-BLANC de 1973, d'après le roman d'aventures de Jack London. C'est un succès, qui entraîne le tournage d'une suite par le même réalisateur et avec le même comédien : LE RETOUR DE BUCK LE LOUP.

Puis Fulci tourne 4 DE L'APOCALYPSE distribué en 1975, un western spaghetti, genre alors sur le déclin. Le réalisateur se retrouve ensuite à nouveau à tourner des comédies, genre dans lequel il avait été cantonné, un peu malgré lui, pendant la plus grande partie des années soixante. Cela aboutit à IL CAV. COSTANTE NICOSIA DEMONIACO, OVVERO: DRACULA IN BRIANZA de 1975, qui parodie le mythe des vampires. Puis, ON A DEMANDÉ LA MAIN DE MA SOEUR, comédie polissonne interprétée Edwige Fenech, reine du genre.

Lucio Fulci écrit ensuite L'EMMURÉE VIVANTE avec Dardano Sacchetti, scénariste important du cinéma populaire italien des années soixante-dix. Il s'agit de la première d'une longue série de collaborations entre les deux hommes, laquelle s'étale jusqu'au milieu de la décennie suivante.

La mode du Giallo est sur le reflux et Fulci peine à faire financer L'EMMURÉE VIVANTE. Il obtient le soutien du producteur Fulvio Frizzi et le projet finit par se monter. Le fils de ce producteur, Fabio Frizzi, participe à l'écriture de la musique (il a déjà œuvré sur 4 DE L'APOCALYPSE). Tandis que le chef-opérateur Sergio Salvati assure la lumière.

Pour la première fois, l'équipe Fulci-Frizzi-Sachetti-Salvati est réunie. Ils travailleront ensuite sur les grands classiques de Fulci du début des années quatre-vingt, avec notamment L'ENFER DES ZOMBIES, FRAYEURS et L'AU-DELÀ.

Pour L'EMMURÉE VIVANTE, on réunit un prestigieux casting international. Jennifer O'Neill a percé avec le western RIO LOBO de Howard Hawks et surtout avec la chronique sentimentale UN ÉTÉ 42 de 1971 réalisée par Robert Mulligan. Au milieu de la décennie, elle tourne quelques titres en Italie, parmi lesquels L'INNOCENT, l'ultime film de Luchino Visconti. Puis elle rentre en Amérique du Nord et apparaît notamment dans SCANNERS de David Cronenberg en 1981.

L'acteur Marc Porel joue aussi dans L'INNOCENT et interprète de nombreux seconds rôles dans des films français ou italiens des années soixante-dix : LA LONGUE NUIT DE L'EXORCISME, BIG GUNS de Duccio Tessari avec Alain Delon, LA VENERE DI ILLE de Mario Bava par exemple. Gabriele Ferzetti est quant à lui un acteur transalpin important, qui tient le rôle principal dans L'AVVENTURRA d'Antonioni en 1960 et incarne le magnat paralytique des transports ferroviaires dans IL ÉTAIT UNE FOIS DANS L'OUEST de Sergio Leone.

Virginia est douée de pouvoirs de voyance. Durant son enfance, elle a la vision du suicide de sa mère au moment même du drame. Des années plus tard, en 1976, elle est de nouveau l'objet de visions surnaturelles alors qu'elle traverse un tunnel au volant de sa voiture. Une succession d'images et de sons apparemment dénuée de sens se déroule dans son esprit. Elle croit comprendre qu'une vielle femme est tuée par un homme boiteux, puis que le cadavre est emmuré dans une petite alcôve.

Lorsqu'elle se rend dans une vieille villa abandonnée, propriété de son mari Francesco, Virginia découvre qu'une des pièces apparaissait dans sa vision. Avec l'aide de la police, elle repère une cache murée, qui contient le squelette d'une femme ! Les enquêteurs affirment qu'il s'agit d'une jeune fille, disparue en 1972, ancienne maîtresse de Francesco. Celui-ci devient le suspect numéro un et est mis en prison. Pourtant, de nombreux éléments ne correspondent pas à la vision de Virginia. Convaincue de l'innocence de son mari, elle poursuit ses investigations avec l'aide de Luca, spécialiste des phénomènes paranormaux.

L'EMMURÉE VIVANTE est construit autour d'un mystère criminel dans lequel interviennent des éléments fantastiques. Ces derniers sont liés aux pouvoirs surnaturels de Virginia, douée de dons prescients. Bénéficiant du cadre pittoresque d'une ville italienne et de villas latines décrépies, cette œuvre évoque des films antérieurs.

NE VOUS RETOURNEZ PAS, film anglais de Nicolas Roeg tourné à Venise, jouait de façon ambiguë sur les pouvoirs de voyance de ses personnages et sur la difficulté à décrypter de tels signes surnaturels. Surtout, en 1975, LES FRISSONS DE L'ANGOISSE, célèbre Giallo horrifique de Dario Argento et succès au box-office italien, met en scène une médium ayant des visions d'une affaire criminelle ancienne. Un cadavre y est aussi dissimulé dans une pièce cachée et murée.

Enfin, pour L'EMMURÉE VIVANTE, difficile aussi de ne pas penser aux écrits d'Edgar Poe, et tout particulièrement à la célèbre nouvelle «Le chat noir», dans laquelle un homme emmure le cadavre de sa femme qu'il vient d'assassiner. Fulci s'inspirera à nouveau de ce conte macabre pour un autre titre : LE CHAT NOIR de 1981.

Le récit de L'EMMURÉE VIVANTE donne donc une impression de déjà-vu. Citons encore d'autres influences, comme les Giallos LA FILLE QUI EN SAVAIT TROP de Mario Bava ou L'OISEAU AU PLUMAGE DE CRISTAL de Dario Argento, dans lesquels des détectives amateurs, témoins de faits divers, tentent d'interpréter les événements auxquels ils ont assistés.

L'EMMURÉE VIVANTE a pour lui d'être bien construit, de multiplier les rebondissements (parfois prévisibles) à un rythme soutenu, voire étourdissant dans sa dernière demi-heure. Fulci, auquel il a été reproché la nonchalance de ses narrations (pour FRAYEURS par exemple), maîtrise parfaitement les ficelles du genre et joue ici habilement avec des pistes et des fausses-pistes en tout genre (témoignages, sons, images).

Fulci et Salvati proposent des images soignées, éclairées de façon raffinée, et se livrent à des expérimentations variées (filtres, objectifs à courte focale, ralentis). Transitions et mouvements de caméras sont travaillés, Fulci est au sommet de sa maîtrise technique.

Pourtant, L'EMMURÉE VIVANTE manque de magie et de mystère. Nous ne retrouvons que rarement l'âpre cruauté qui faisait la force de LA LONGUE NUIT DE L'EXORCISME. Les visions fantastiques et poétiques de Fulci, tout comme son sens des ambiances étranges, se font discrets. Nous les retrouvons certes dans le prologue (qui emprunte au dénouement de LA LONGUE NUIT DE L'EXORCISME), dans la première vision de Virginia et dans le final. Mais le reste du métrage souffre d'un manque et paraît, en fin de compte, trop anodin.

Plusieurs petits défauts peuvent encore être énumérés. A l'exception de Jennifer O'Neill, qui se défend très bien, les comédiens semblent peu concernés par les événements. Les dialogues sont parfois d'une trivialité "Bis". Fulci abuse de zooms assommants sur les yeux de Jennifer O'Neill, soulignant lourdement l'arrivée du moindre indice. La musique tonitruante est parfois envahissante.

Tous ces reproches n'enlèvent pas à L'EMMURÉE VIVANTE ses qualités de base : il s'agit d'un thriller fantastique bien fait, amusant à suivre et bénéficiant d'un bon tempo. Dommage, néanmoins, que les instants vraiment envoûtants et terrifiants soient trop rares.

A sa sortie, L'EMMURÉE VIVANTE est un échec commercial en Italie. La carrière de Fulci commence à mal tourner et il se met à travailler pour la télévision. Il tourne dans la foulée un western passable, SELLA D'ARGENTO de 1978 avec Giuliano Gemma. Mais ce genre est alors moribond. L'EMMURÉE VIVANTE reste inédit en France plusieurs années. Projeté dans la même édition de 1980 du Festival du Film Fantastique de Paris que le nouveau FRAYEURS, il sort enfin dans les salles françaises en 1981.

Rédacteur : Emmanuel Denis
Photo Emmanuel Denis
Un parcours de cinéphile ma foi bien classique pour le petit Manolito, des fonds de culottes usés dans les cinémas de l'ouest parisiens à s'émerveiller devant les classiques de son temps, les Indiana Jones, Tron, Le Dragon du lac de feu, Le Secret de la pyramide... et surtout les Star Wars ! Premier Ecran fantastique à neuf ans pour Le retour du Jedi, premier Mad Movies avec Maximum Overdrive en couverture à treize ans, les vidéo clubs de quartier, les enregistrements de Canal +... Et un enthousiasme et une passion pour le cinéma fantastique sous toutes ses formes, dans toute sa diversité.
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