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Critique du film
THE INNOCENTS 2021

DE USKYLDIGE 

Depuis la fin des années 2000, le cinéma fantastique scandinave a fait une percée avec deux métrages remarqués. D'abord le réussi MORSE de Tomas Alfredson, film de vampires prenant à rebours les clichés sur l'enfance. Et TROLL HUNTER, Found Footage sur fond de légende nordique signé André Øvredal.

Parallèlement, le réalisateur norvégien Joachim Trier se fait remarquer avec son drame de la toxicomanie et du suicide OSLO, 31 AOÛT, qui révèle l'acteur Anders Danielsen Lie. Joachim Trier fait ensuite une embardée vers le fantastique avec THELMA, dans lequel une jeune femme se découvre des pouvoirs surnaturels. Comme il continue à conquérir le public hors d'Europe du Nord, son complice-scénariste Eskil Vogt, norvégien diplômé de la Fémis, se lance aussi dans la mise en scène de THE INNOCENTS, film fantastique qui est son second long-métrage.

Ida, une fillette, s'installe dans une nouvelle résidence avec ses parents et Anna, sa grande sœur autiste. Elles s'y font des amis, Ben et Aisha, deux enfants du quartier. Ida découvre que Ben a le pouvoir de déplacer des objets à distance, tandis qu'Aisha parvient à communiquer par télépathie avec Anna. La présence de cette dernière amplifie les pouvoirs étranges des enfants. L'escalade de ces dons mystérieux va mal tourner...

Les pouvoirs paranormaux constituent un classique du cinéma fantastique penchant vers la science-fiction. Ils inspirent déjà Stan Lee et Jack Kirby lorsqu'ils créent les « X Men » dans leur comics des années soixante (particulièrement pour les personnages de Magneto, du professeur Xavier et de Jean Grey). A la fin de cette décennie, l'Israélien Uri Geller attire l'attention mondiale sur son prétendu pouvoir de télékinésie en tordant à distance des cuillers à la télévision. Un jeune écrivain nommé Stephen King publie « Carrie » en 1974, triomphe commercial dans lequel une jeune fille se découvre un tel pouvoir de télékinésie.

Le sujet passe alors au cinéma, d'abord avec la transposition du roman susmentionné CARRIE AU BAL DU DIABLE, puis avec LA GRANDE MENACE et enfin SCANNERS. Ce dernier met en scène un affrontement entre mutants rappelant le roman de 1954 «Le pouvoir» de Frank M. Robinson, lui-même adapté directement au cinéma avec LA GUERRE DES CERVEAUX de Byron Haskin dès 1967.

Après cette effervescence, ce thème retombe un peu. Jusqu'à ce qu'en 2000, le succès du premier X-MEN de Bryan Singer remette de tels personnages en vedette et participe à l'explosion de la mode du cinéma de super-héros. Dans cette foulée, plusieurs métrages approchent l'idée de ce type de personnages de manière plus intimiste et « réaliste ». En particulier en montrant des enfants confrontés à la découverte de tels pouvoirs en eux. Le Found Footage réussi CHRONICLE de Josh Trank en est le plus éclatant exemple, mais nous pensons aussi à l'insolite FREAKS avec Emile Hirsch et Bruce Dern, hélas inédit en salles en France.

THE INNOCENTS reprend donc ces thèmes classiques en dépeignant un groupe d'enfants qui, au gré de leurs jeux, découvrent que certains d'entre eux possèdent des pouvoirs paranormaux, pouvoirs qu'ils se gardent de révéler aux adultes. Le petit Ben déplace des objets à distance, d'abord de simples capsules de bouteilles, puis des objets lourds comme des pierres. Aisha se montre douée d'une empathie surnaturelle et même d'un don de télépathie. Elle devient alors la connexion entre l'autiste Anna et le reste du monde.

Mais la présence de ces pouvoirs de plus en plus puissants entre des mains d'enfants n'est pas sans péril. Certains penchent vers le bien, d'autre vers la cruauté, la colère, la violence. THE INNOCENTS trace un portrait de l'enfance sans niaiserie ou angélisme. Le premier acte du métrage en particulier évoque sans tabou la cruauté des enfants et de leurs jeux. Jeux à travers lesquels ils expérimentent le bien et le mal, apprenant à faire le tri en mesurant par l'expérience les conséquences de leurs actions.

Ce regard dénué de sentimentalisme fait toute la force et la singularité de THE INNOCENTS, qui rappelle MORSE par son environnement et son ton naturalistes. A travers le portrait d'Anna et de ses interactions avec ses proches, il aborde un cas d'autisme lourd sans solliciter le larmoiement facile. De même, le film ne ménage pas le spectateur dans la dépiction de méfaits commis par un enfant très perturbé.

Ces audaces thématiques caractéristiques du cinéma scandinave se recoupent avec une forme et un langage cinématographiques tout en économie et en précision. THE INNOCENTS refuse le spectaculaire ostentatoire et les explications lourdingues. Il favorise un cadre réaliste et crédible. Ce qui ne l'empêche pas d'infliger des effets chocs cinglants, à coup d'os brisés et de heurts violents, habilement mis en scène.

THE INNOCENTS s'égare pourtant dans son écriture. Après une première heure singulière et passionnante, très bien servie par ses acteurs enfants, le rythme se fait languide, des situations s'avèrent répétitives, des implications se montrent redondantes. Et cela jusqu'à un final à la fois prévisible et pas très clair, indication qu'après un départ très fort, THE INNOCENTS perd de son élan en cours de route.

THE INNOCENTS d'Eskil Vogt reste cependant un film intéressant, avec des moments très forts, des idées justes. S'il aborde un sujet déjà bien vu et revu, de CHRONICLE à FIRESTARTER, d'AKIRA à SCANNERS, il apporte un regard juste et fort et propose des moments chocs d'autant plus marquants qu'ils s'inscrivent dans le cadre de l'enfance.

Rédacteur : Emmanuel Denis
Photo Emmanuel Denis
Un parcours de cinéphile ma foi bien classique pour le petit Manolito, des fonds de culottes usés dans les cinémas de l'ouest parisiens à s'émerveiller devant les classiques de son temps, les Indiana Jones, Tron, Le Dragon du lac de feu, Le Secret de la pyramide... et surtout les Star Wars ! Premier Ecran fantastique à neuf ans pour Le retour du Jedi, premier Mad Movies avec Maximum Overdrive en couverture à treize ans, les vidéo clubs de quartier, les enregistrements de Canal +... Et un enthousiasme et une passion pour le cinéma fantastique sous toutes ses formes, dans toute sa diversité.
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