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Critique du film
THE GREEN KNIGHT 2021

 

David Lowery émerge d'abord comme réalisateur de films indépendants, en particulier grâce à son second film LES AMANTS DU TEXAS avec Casey Affleck et Rooney Mara. Aussitôt après, il se retrouve aux manettes d'une transposition  en prises de vues réelles d'un classique animé Disney, à savoir PETER ET ELLIOTT LE DRAGON. Il retourne à un cinéma plus adulte avec A GHOST STORY, insolite et touchante histoire de fantôme dans un cadre contemporain.

David Lowery s'éloigne du fantastique avec THE OLD MAN AND THE GUN interprété par Robert Redford, avant d'y revenir pour THE GREEN KNIGHT. Adaptation de « Sire Gauvain et le Chevalier Vert », poème anglais rattaché aux Chevaliers de la Table Ronde, ce film est tourné en Irlande. Il met en vedette dans le rôle de Gauvain l'acteur anglais Dev Patel, révélé en 2008 par SLUMDOG MILLIONNAIRE de Danny Boyle. A ses côtés, nous trouvons la suédoise Alicia Vikander (EX MACHINA, TOMB RAIDER) ainsi que Joel Edgerton (qui joue Sire Gauvain dans LE ROI ARTHUR version Antoine Fuqua !) et Sean Harris (le monstre de CREEP, l'ennemi juré d'Ethan Hunt dans MISSION IMPOSSIBLE : ROGUE NATION et sa suite). David Lowery signe un pur film d'auteur puisque non seulement il le réalise, mais il l'écrit et le monte également.

A la cour du Roi Arthur, le jour de Noël, un Chevalier Vert se présente et propose un jeu étrange. Un guerrier courageux doit l'affronter. Et si le Chevalier Vert reçoit une blessure, le jouteur s'engage à le retrouver un an plus tard à la Chapelle Verte et à y recevoir la même plaie en retour. Gauvain, neveu d'Arthur, accepte le défi et tranche la tête de l'étrange personnage. Le décapité quitte alors Camelot à cheval, brandissant son propre chef ricanant ! Un an après, Gauvain honore sa parole et va en quête de la Chapelle Verte.

Les aventures des Chevaliers de la Table Ronde sont un grand classique du cinéma fantastique, mis à toutes les sauces au fil des décennies. Grande fresque romanesque MGM avec LES CHEVALIERS DE LA TABLE RONDE, comédie musicale avec CAMELOT, opéra sanglant et lyrique avec EXCALIBUR, dessin animé Disney avec MERLIN, L'ENCHANTEUR, film d'auteur français austère (LANCELOT DU LAC de Bresson) ou plus léger (PERCEVAL LE GALLOIS de Rohmer), pochade british (SACRÉ GRAAL !) ou franchouillarde (KAAMELOTT - PREMIER VOLET), blockbuster historique (LE ROI ARTHUR d'Antoine Fuqua), romantique (LANCELOT) ou fantastique (LE ROI ARTHUR de Guy Ritchie). Bref, il y a de quoi faire.

Ces films sont pour la plupart centrés sur la légende du Roi Arthur lui-même, la geste spécifique du Chevalier Gauvain étant rarement transposée. Elle a tout de même donné lieu à deux adaptations du réalisateur Stephen Weeks : GAWAIN AND THE GREEN KNIGHT en 1973 avec Murray Head, puis le film Cannon SWORD OF THE VALIANT de 1983 avec Miles O'Keeffe dans le rôle de Gauvain, Trevor Howard en Roi Arthur et Sean Connery en Chevalier Vert ! Coïncidence étonnante, Stephen Weeks a lui aussi tourné un GHOST STORY en 1974 !

THE GREEN KNIGHT est coproduit par le studio américain A24, tourné vers le cinéma indépendant et d'art et essai. Ayant démarré son activité au cours des années 2010, A24 produit notamment MOONLIGHT de Barry Jenkins, couronné de l'Oscar du Meilleur Film en 2017. Ce studio propose de nombreux films rattachés à un fantastique approché de manière personnelle et ambitieuse. Ainsi, ils ont à leur catalogue les films de Robert Eggers (THE WITCH, THE LIGHTHOUSE) et surtout d'Ari Aster avec le magistral HÉRÉDITÉ et l'intéressant MIDSOMMAR. A24 distribue aussi dans les salles américaines des classiques de l'étrange récents comme EX MACHINA d'Alex Garland ou SWISS ARMY MAN de Dan Kwan et Daniel Scheinert. Le logo A24 en début de métrage annonce toujours un film pas comme les autres ! Fidèle à cette tradition, THE GREEN KNIGHT se trouve donc à mi-chemin du cinéma d'auteur et de divers cinémas de genre (aventures, horreur, fantastique).

Dans ses notes d'intentions, David Lowery admet l'influence inattendue de WILLOW ou de LADYHAWKE, films d'heroic fantasy des années quatre-vingts. Il adresse même des clins d’œil à divers métrages, comme WILLOW justement, avec cette cage funeste suspendue près d'une croisée des chemins désertique. Ou encore SLEEPY HOLLOW avec son cavalier sans tête galopant.

David Lowery cultive aussi un esthétisme acétique. Son château d'Arthur a un décor dépouillé et ténébreux. THE GREEN KNIGHT présente plusieurs de ses personnages sans les nommer. Nous apprenons que le Roi est celui qui a tiré l'épée de la roche. Mais jamais le nom d'Arthur n'est prononcé. Ni celui de Merlin, de Guenièvre ou de la fée Morgane. Au générique, ils sont désignés abstraitement comme « Roi », « Reine », « Magicien »... Une façon de faire un brin précieuse, que nous retrouvons entre autres dans l'utilisation d'une même actrice pour plusieurs rôles différents.

Dans THE GREEN KNIGHT, sous la plume de David Lowery, Gauvain devient le fils de la fée Morgane, ce qu'il n'est pas dans les textes arthuriens. Morgane le Fey qui est ici présentée telle une sorcière Shakespearienne sortie de quelque « Macbeth ». Dans les légendes classiques, Gauvain est considéré comme un chevalier idéal. Mais pas dans THE GREEN KNIGHT ! Il passe ses journées à boire du vin et à fréquenter les prostituées de Camelot. Il est aimé de son oncle, le Roi Arthur, qui espère pour lui un grand destin. Mais Gauvain n'y croit pas. Il ne se sent pas à la hauteur des légendes vivantes assises autour de la Table Ronde.

A l'arrivée du Chevalier Vert, Gauvain est pourtant le seul à avoir le courage d'accepter la périlleuse confrontation. Ce défi lui donne l'opportunité de prouver sa valeur dans le cadre d'un tournoi chevaleresque. Et un tel tournoi implique entre ses deux protagonistes des liens de loyauté et d'honneur autrement plus significatifs que la seule prouesse guerrière du combat.

Le Chevalier Vert est apparu car il a été convoqué par Morgane, au gré d'un étrange rituel. Elle veut sans doute offrir à son fils l'occasion de se révéler, de partir dans une quête magique et de rentrer dans la légende arthurienne – tout en collectant d'utiles leçons de vie.

Un an après le combat, Gauvain part donc en quête de la Chapelle Verte pour honorer sa parole, aller de lui-même au devant de son destin – fort possiblement funeste. Ce voyage donne lieu à plusieurs rencontres aux atmosphères variées. Au cours de ces péripéties, Gauvain le prétendant chevalier ne tirera jamais son arme pour se battre !

Aux abords d'un macabre champ de bataille, sa route croise celle de bandits de grand chemin, qui lui subtilisent ses armes et son talisman protecteur. Plus loin, il rencontre le spectre décapité d'une jeune femme, au gré d'un épisode nocturne rappelant les films de fantômes japonais. Il découvre aussi d'incroyables géants, dans la séquence la plus vertigineuse du métrage, ponctuée d'un extraordinaire plan de retournement du monde.

Le cœur du voyage de Gauvain est dans un château, château où il se voit accueilli par un Seigneur et sa Dame, hôtes accueillants et chaleureux. Un peu trop chaleureux même pour la Dame, qui met à rude épreuve le sens de l'honneur de notre pèlerin. THE GREEN KNIGHT aborde alors la situation la plus courtoise du poème, mais il la distord pour en offrir une lecture trouble, portée par la séduction sensuelle d'Alicia Vikander. Cependant, il s'agit aussi du moment le plus étiré de THE GREEN KNIGHT, au cours duquel saillent les points faibles du cinéma de David Lowery. Comme son goût pour la lenteur délibérée, le statisme austère, les monologues endormants.

Le cinéma de David Lowery déploie des trouvailles visuelles fortes, un ton personnel non dénué d'ironie, des atmosphères troublantes et originales. Il exploite avec habileté et goût les décors sauvages d'Irlande. Mais il peut aussi s'avérer pesant et ennuyeux, exagérément affecté dans sa volonté de « faire de l'art », dans sa manière d'entretenir délibérément le manque de clarté pour générer une épaisseur artificielle. Ce qui peut irriter le spectateur et le distraire de son immersion dans l'univers fantastique de THE GREEN KNIGHT.

Pourtant, comme dans A GHOST STORY, ce qui sauve ce cinéma est qu'il ne perd jamais de vue l'humain. L'humain ici incarné par Gauvain, personnage gauche que tout oppose aux héros des légendes. Malgré ses défauts, il veut se montrer à la hauteur de sa propre dignité. Il veut tenir sa parole donnée à tout prix, quitte à se lancer dans la quête absurde de sa propre défaite. Il doit choisir entre une vie de parjure et une mort d'honnête homme. Ce qui fait la valeur de Gauvain, ce ne sont pas ses accomplissements ou le résultat de ses actions, mais la hauteur des motivations qui le guident. Ce regard empathique porté sur ses faiblesses et ses forces inattendues donnent à THE GREEN KNIGHT un liant profond, apportant toute sa cohérence à ce métrage a priori hétérogène.

Dans la résolution de THE GREEN KNIGHT, David Lowery s'éloigne du conte d'origine. Mais il offre un final d'une grande beauté cinématographique. Il se permet un dénouement ambiguë, voire abscons. En anglais, la dernière phrase prononcée signifie deux fins totalement opposées selon qu'on l'interprète littéralement ou figurativement !

THE GREEN KNIGHT offre une expérience de cinéma contrastée, mais certainement intéressante. Souffrant de longueurs et de moments inégaux, il allie un travail formel très fort, des ambiances insolites et ensorcelantes à une manière originale de regarder et de raconter les légendes chevaleresques.

Au cinéma, il connaît une sortie classique dans les salles américaine au cours de l'été 2021. Mais dans de nombreux autres pays comme la France, les conséquences des années COVID persistent et il se trouve exploité directement sur les services de Streaming.

Rédacteur : Emmanuel Denis
Photo Emmanuel Denis
Un parcours de cinéphile ma foi bien classique pour le petit Manolito, des fonds de culottes usés dans les cinémas de l'ouest parisiens à s'émerveiller devant les classiques de son temps, les Indiana Jones, Tron, Le Dragon du lac de feu, Le Secret de la pyramide... et surtout les Star Wars ! Premier Ecran fantastique à neuf ans pour Le retour du Jedi, premier Mad Movies avec Maximum Overdrive en couverture à treize ans, les vidéo clubs de quartier, les enregistrements de Canal +... Et un enthousiasme et une passion pour le cinéma fantastique sous toutes ses formes, dans toute sa diversité.
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