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Critique du film
LAMB 2021

 

LAMB, «agneau» en anglais, est le premier long métrage de l'Islandais Valdimar Jóhannsson. Mais ce dernier a déjà une carrière substantielle dans le cinéma. Il a ainsi participé en tant que technicien à des tournages se déroulant en Islande (comme OBLIVION, NOÉ ou la série « GAME OF THRONES », ou encore PROMETHEUS et ROGUE ONE). Ici, il bénéficie de la présence de l'actrice suédoise Noomi Rapace, particulièrement révélée dans MILLENIUM et vedette de PROMETHEUS. Elle est également productrice exécutive de LAMB, tout comme le réalisateur hongrois Bela Tarr.

Maria et Ingvar, deux agriculteurs islandais, ont la surprise de voir une de leur chèvre accoucher d'un être mi-brebis, mi-fillette. Ils adoptent cette créature sans se poser de question. L'arrivée du frère d'Ingvar va bousculer cette étrange harmonie...

Récemment, LA NUÉE nous a rappelé qu'agriculture peut rimer avec horreur. L'idée n'est pas neuve, nous nous souvenons du réussi ISOLATION et de ses vaches irlandaises affectées par d'horribles mutations. DEAD MEAT voyait la maladie de la vache folle contaminer les humains et les transformer en zombies. Le mouton aussi tient sa place dans le paysage de l'épouvante, particulièrement dans celui de la Nouvelle-Zélande. Dans son mythique BAD TASTE, Peter Jackson fait exploser un tel animal, tandis que BLACK SHEEP de même provenance montre des moutons agressifs sur fond d'intrigue potache.

LAMB met aussi en avant le potentiel anxiogène de la gente ovine, mais en passant par un chemin plus insolite. Un couple d'agriculteurs vivant dans une région isolée d'Islande élève des chèvres au gré d'une existence patiente, mais morne. En effet, ils n'ont pas d'enfants pour égayer leur ferme. Ils adoptent donc l'étrange rejeton auquel une de leurs chèvres donne vie. Ils l'élèvent comme une fillette, la baptisent Ada et l'entourent d'affection et de soins.

Commence alors une nouvelle vie de famille, leur isolement géographique permettant à ces parents adoptifs de cacher cet étrange spécimen au reste du monde. Pourtant, si Ada est en partie humaine, elle est aussi en partie animale. Elle laisse le chien de la bergerie bien interloqué. A-t-il affaire à un maître humain auquel il doit obéissance ou à un membre du troupeau à diriger avec autorité ?

Surtout Ada reste porteuse d'un substrat animal, qui se manifeste par des instincts comme l'esprit de troupeau. Une dimension que Maria et Ingvar nient, préférant ne pas la voir pour garder intact leur bonheur en partie illusoire.

LAMB pourrait se présenter comme un espèce de conte, cette dimension étant certainement présente. Il était une fois... une bergère et un berger qui étaient tristes de ne pas avoir d'enfant. Un beau jour, un étrange bébé arrive dans leur ferme et change leur vie... Mais l'atmosphère de LAMB se fait menaçante, employant les paysages imposants d'Islande pour décrire une exploitation agricole coupée du reste du monde, entourée d'immense murailles de montagne et de vallées sauvages, sous un lourd ciel gris et dans un air glacial. La vie d'Ada et de ses parents adoptifs s'inscrit dans une ambiance planante, sombre et inquiétante. L'humain et les animaux sont appelés à cohabiter, mais nos bergers mélangent les genres. Ce qui va se retourner contre eux.

LAMB n'est pas un film austère, il se trouve rehaussé de touches d'humour absurdes, pince-sans-rire, en particulier avec le personnage de Pétur, rocker Has Been qui trouve refuge chez son frère et découvre sa famille très inhabituelle. La froideur formelle se trouve neutralisée par l'interprétation habitée et chaleureuse de Noomi Rapace et Hilmir Snær Guðnason dans le rôle de nos agriculteurs. Ils portent le film avec énergie et intensité.

Pourtant LAMB a des limites, à commencer par un récit linéaire, une intrigue qui avance lentement et ne semble fonctionner que pour arriver à son dénouement. Lequel lui donne toute sa dimension de fable horrifique et cruelle, avec son ultime rebondissement dans l'esprit de «LA QUATRIÈME DIMENSION». La visite de Pétur peut alors être perçue comme du remplissage certes amusant, mais dans un métrage à l'argument parfois mince et étiré.

LAMB a pour lui une réelle beauté formelle, des acteurs impliqués et l'atmosphère originale d'une fable grinçante sur les rapports entre humains et animaux dits domestiques et d'élevage. S'il souffre d'un manque de densité, il n'en reste pas moins une curiosité insolite venue du froid, aux images étranges, alternant cruauté et humour d'une manière déstabilisante. En France, il est d'abord sélectionné à l'Étrange Festival de 2021 à Paris, avant de sortir en salles la même année.

Rédacteur : Emmanuel Denis
Photo Emmanuel Denis
Un parcours de cinéphile ma foi bien classique pour le petit Manolito, des fonds de culottes usés dans les cinémas de l'ouest parisiens à s'émerveiller devant les classiques de son temps, les Indiana Jones, Tron, Le Dragon du lac de feu, Le Secret de la pyramide... et surtout les Star Wars ! Premier Ecran fantastique à neuf ans pour Le retour du Jedi, premier Mad Movies avec Maximum Overdrive en couverture à treize ans, les vidéo clubs de quartier, les enregistrements de Canal +... Et un enthousiasme et une passion pour le cinéma fantastique sous toutes ses formes, dans toute sa diversité.
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