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Critique du film
HALLOWEEN KILLS 2020

 

Curieux parcours que celui de David Gordon Green... Il débute dans les années 2000 par des métrages indépendants, avec notamment L'AUTRE RIVE, Film Noir bucolique marchant sur les traces de LA NUIT DU CHASSEUR. Puis il atterrit dans la comédie pour « jeunes adultes » (ou vieux ados, selon la perspective !), en tournant DÉLIRE EXPRESS produit par Judd Appatow, ou en mettant en scène des galéjades interprétées par Jonah Hill (BABY-SITTER MALGRÉ LUI) ou James Franco (VOTRE MAJESTÉ).

Cette mode s'essoufflant, David Gordon Green refait surface dans l'horreur, genre qu'il n'a jamais abordé avant, avec HALLOWEEN, troisième du nom et douzième d'une longue série ! Car en effet, tous les trois-quatre ans en moyenne depuis 1978, quand les jours raccourcissent et que les feuilles tombent des arbres, immanquablement, la série revient au cinéma pour la Toussaint ! Avec des œuvres systématiquement bien inférieures à l'original, LA NUIT DES MASQUES de John Carpenter... Nous sauverons le troisième volet, en fait un épisode hors-sujet des aventures de Michael Myers - et nous avouons avoir séché le sixième sur lequel nous réservons donc notre avis...

Même animé d'intentions louables, un Rob Zombie s'y casse les dents en 2007 avec sa relecture inégale d'HALLOWEEN sortie en pleine vague des remakes de films d'horreur des années 1970. Cette tendance s'est largement essoufflée elle aussi, les modes du Found Footage et les clones de THE CONJURING l'ayant enterrée. Blumhouse et Universal retentent pourtant le coup en 2018 avec HALLOWEEN de David Gordon Green. Ce métrage fait revenir Jamie Lee Curtis dans le rôle de Laurie Strode, comme dans HALLOWEEN 20 ANS APRÈS. Cette fois-ci elle est non seulement maman, mais aussi grand-mère !

Ce nouvel HALLOWEEN fait fi des 9 films l'ayant précédé et se présente comme une suite directe de LA NUIT DES MASQUES. Une suite débutant quarante ans après l'épisode précédent. Et le résultat ne nous a guère emballé. Après un début correct, le métrage s'éternise et s'enfonce dans les poncifs banals du slasher. Son énorme succès commercial encourage David Gordon Green à récidiver, le bougre annonçant alors non pas une, mais deux suites : HALLOWEEN KILLS et HALLOWEEN ENDS ! Nous retrouvons évidemment dans HALLOWEEN KILLS les acteurs principaux du précédent métrage (enfin, ceux dont les personnages ont survécu !). Avec à nouveau John Carpenter aux manettes... de la musique seulement !

Durant la nuit d'Halloween, Laurie Strode et ses proches piègent le tueur en série Michael Myers dans la cave de leur maison en flammes. Gravement blessée, notre héroïne récurrente est évacuée à l'hôpital, convaincue de la mort de l'homme masqué. Pourtant, quelque chose a survécu... Comme le découvre à leurs dépends les pompiers venus éteindre l'incendie. Michael Myers repart en chasse. Halloween, la nuit des esprits, ne fait que commencer...

Comme HALLOWEEN II en son temps, HALLOWEEN KILLS commence en emportant Laurie Strode à l'hôpital après sa nuit de terreur. Hôpital de Haddonfield où logiquement Michael Myers devrait venir la chercher tôt ou tard. Sauf que HALLOWEEN KILLS se fend d'un flash-back se déroulant juste après la fin de LA NUIT DES MASQUES et décrivant la capture de Michael Myers (avec une apparition du défunt Donald Pleasence !). Ce flash-back nous apporte une compréhension alternative des déplacements du tueur, différente de celle impliquée par HALLOWEEN II (nous parlons ici de celui de 1981, pas celui de 2009, pour ceux qui suivent encore !).

L'action de HALLOWEEN KILLS se déroule dans une ville plongée dans le chaos. Ses habitants, dont certains sont des survivants des événements de 1978 (parfois interprétés par leurs acteurs d'origine !), s'organisent en une horde armée et dangereuse. Prêts à en découdre avec Michael, ils veulent mettre un terme définitif aux méfaits de cet encombrant enfant du pays !

Ainsi, Tommy, le petit garçon gardé par Laurie durant la nuit d'Halloween en 1978, prend la tête d'un petit commando amateur. Ne faisant plus confiance à la police, il s'arme d'une batte de base-ball et mène une bande de citoyens remontés. Cette ambiance d'hystérie, de lynchage, de ville sans loi qui sombre dans la violence débridée et dans une chasse à l'homme périlleuse fait basculer HALLOWEEN KILLS dans une atmosphère rappelant celle des AMERICAN NIGHTMARE, autre collaboration entre Blumhouse et Universal.

Mais chasser le Michael Myers, même en étant armé jusqu'aux dents, n'est pas une sinécure. D'autant que celui-ci est très en forme, dans une forme très méchante même, puisqu'il se montre violent et dévastateur. Yeux arrachés, crânes éclatés au contenu cérébral complaisamment étalé sur le bitume, meurtre au tube de néon, pompier scie-circularisé... Nous ne reconnaissons plus notre Michael Myers d'origine, sobre et mystérieux, qui devient ici une sorte de super-Jason Vhoores laissant derrière lui des piles de cadavres. Une horreur plus appuyée certes, mais une horreur qui part aussi dans l'excès, la surenchère, la parodie involontaire, l'absence de classe.

HALLOWEEN KILLS souffre d'une mise en scène et d'une écriture confuses et brouillonnes. Les scènes s'imbriquent de façon contre-productive, passant du coq à l'âne sans cohérence. De longues et assommantes séquences d'hystérie collective alternent avec des meurtres grotesques, cadrés et montés à la hache. La narration se montre chaotique, les acteurs hurlent, grimacent, ou énoncent des dialogues sentencieux en affichant des mines contrites.

Derrière ce spectacle affligeant, il y a pourtant une idée. Celle que le mal que Michael propage n'est pas que dans ses meurtres. Il sème la peur, et la peur transforme les habitants de Haddonfield en bêtes sauvages aux comportements irrationnels, incapables de détruire l'essence de Michael. Une idée démontrée par l'absurde dans un dénouement qui vire au grand n'importe quoi, mélange de violence too much et d'illogismes effarants.

N'y a-t-il donc rien à sauver de cet HALLOWEEN KILLS ? Quelques passages surnagent, comme la confrontation entre Michael et le couple d'hommes occupant aujourd'hui la maison Myers, séquence structurée, au suspense correct. Cela fait peu dans ce métrage vociférant, grotesque et chaotique, qui réussit à être très inférieur à son pourtant médiocre prédécesseur. Voire à se classer parmi les pires épisodes de cette bien trop longue saga...

Rédacteur : Emmanuel Denis
Photo Emmanuel Denis
Un parcours de cinéphile ma foi bien classique pour le petit Manolito, des fonds de culottes usés dans les cinémas de l'ouest parisiens à s'émerveiller devant les classiques de son temps, les Indiana Jones, Tron, Le Dragon du lac de feu, Le Secret de la pyramide... et surtout les Star Wars ! Premier Ecran fantastique à neuf ans pour Le retour du Jedi, premier Mad Movies avec Maximum Overdrive en couverture à treize ans, les vidéo clubs de quartier, les enregistrements de Canal +... Et un enthousiasme et une passion pour le cinéma fantastique sous toutes ses formes, dans toute sa diversité. S'il fallait faire mienne une maxime en la matière, je reprendrais (de mémoire !) une citation de Roman Polanski : «les personnes qui aiment vraiment le cinéma aiment le fantastique» !
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