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Critique du film
BLOODLINE 2018

 

BLOODLINE est le premier long métrage de fiction réalisé par Henry Jacobson, metteur en scène s'étant d'abord illustré dans le documentaire. Il part ici sous des auspices encourageants puisqu'il est produit par Jason Blum pour sa firme Blumhouse, grande pourvoyeuse de films d'horreur de la dernière décennie avec des cycles comme PARANORMAL ACTIVITY, AMERICAN NIGHTMARE et autres retour de HALLOWEEN.

BLOODLINE se distingue en ramenant sur le devant de la scène Seann William Scott. Révélé par les comédies grivoises AMERICAN PIE, il connaît sa petite heure de gloire dans les années 2000, se retrouvant à faire le petit jeune, souvent rigolo, aux côtés de Chow Yun-Fat (LE GARDIEN DU MANUSCRIT SACRÉ), The Rock (BIENVENUE DANS LA JUNGLE), Ashton Kutcher (EH MEC ! ELLE EST OÙ MA CAISSE ?)... Quand il ne participe pas au premier DESTINATION FINALE ou à des comédies aux titres aussi inspirants que GARY, LE COACH À DEUX BALLES ! Il se fait rare au cours des années 2010 et tente ici un retour par la porte du cinéma d'horreur à petit budget. BLOODLINE donne aussi la vedette à Dale Dickey, visage récurrent de la télévision et des petits rôles du cinéma, particulièrement remarquée aux côtés de Jennifer Lawrence dans WINTER'S BONE.

Psychologue dans un lycée, Evan écoute et conseille des jeunes en difficulté. Discret et sérieux, il va devenir père pour la première fois, son épouse Lauren étant sur le point d'accoucher. Pour leur venir en aide, Marie, la mère d'Evan, s'installe chez eux. Mais Evan n'est pas un praticien comme les autres. A la nuit tombée, une part plus sombre de sa personnalité se révèle : celle d'un serial killer !

Le thème du tueur en série thérapeute est assez rare, mais a déjà été croisé par exemple dans un film de Brian De Palma. Ici, Evan s'avère un conseiller très sensibilisé aux troubles mentaux des adolescents. Il a lui-même été soumis à un violent traumatisme dans sa jeunesse. Traumatisme dont il ne s'est jamais bien remis et qui a éveillé en lui un besoin de tuer récurrent, une pulsion de meurtre qui ne s'apaise que par le passage à l'action.

Ce passage à l'action, Evan le canalise sur des proies méritant selon lui le châtiment ultime. Il repère parmi ses patients des victimes d'adultes tyranniques et toxiques. Puis écarte définitivement ces derniers de leur vie. Les papas tabasseurs et autres tontons violeurs lui servent d'exutoires. Ils lui permettent de passer ses nerfs dans des exécutions prenant la forme de confessions thérapeutiques, et de faire le « bien » par la même occasion.

Mais Evan étant un psychopathe, qu'il le veuille ou non, sa volonté de faire le bien à coup de couteaux et de revolver se heurte à sa compréhension limitée de l'humain. Il se retrouve vite à faire plus de mal qu'autre chose, entraînant des réactions en chaînes que son intelligence émotionnelle trop primaire, trop inhumaine, n'anticipe pas.

En venant ainsi en aide à ses jeunes patients, Evan croit dur comme fer les aider à résoudre leurs problèmes, leur offrir une famille plus saine. Car comme son titre l'annonce, BLOODLINE (terme pouvant se traduire notamment par la lignée) a aussi pour thème la famille. Evan accueille son premier fils et veut être un bon père, ce qui signifie pour lui un père capable de protéger sa famille contre toute agression ou danger.

Dans son rapport très trouble avec sa mère, le parcours d'Evan recoupe des situations rappelant PSYCHOSE, ou MASSACRE À LA TRONÇONNEUSE pour l'idée de famille de psychopathes. Mais ici, la famille est en apparence bien propre sur elle. Puisque ses membres s'avèrent convaincus de ne faire que ce qui est nécessaire pour une vie familiale équilibrée, selon une acceptation très particulière de cette locution.

Reflétant le point de vue psychopathe d'Evan, BLOODLINE adopte une forme glacée, symétrique, anormalement lisse, un perfectionnisme reflétant les états d'âme de son tueur, soulignés par une musique électronique répétitive comme une obsession, froide comme une lame. BLOODLINE s'aventure loin dans le sadisme et le gore, les méfaits d'Evan étant illustrés par des séquences tendues et graphiques. Porté par une violence intérieure tout en retenue parfaitement exprimée par Seann William Scott, BLOODLINE propose deux premiers actes vraiment intéressants et bien faits dans la description progressive de son ambigu personnage central.

Pourtant, le métrage s'effondre quand il se rapproche de son dénouement. La situation se fait grotesque, improbable. Les effets de mise en scène se montrent plus répétitifs, la crédibilité s'effrite, Henry Jacobson entraînant son métrage vers un dénouement facile. Et surtout qui manque de tension, d'intérêt pour le spectateur voyant arriver de loin certains rebondissements.

BLOODLINE laisse la désagréable impression d'un métrage commençant bien mais qui, une fois ses meilleures idées exposées, ne sait pas quoi faire et s'égare dans une conclusion plate. Cela est d'autant plus dommage qu'il ne manque pas de qualités en terme de mise en forme et de direction d'acteurs.

BLOODLINE a été diffusé dans quelques festivals, a connu une très fugitive exploitation dans les salles américaines, avant de se voir distribuer dans le reste du monde en DVD ou en VOD. Pour la France, c'est ce dernier format qui a été privilégié, le métrage n'ayant même pas connu une sortie en support physique.

Rédacteur : Emmanuel Denis
Photo Emmanuel Denis
Un parcours de cinéphile ma foi bien classique pour le petit Manolito, des fonds de culottes usés dans les cinémas de l'ouest parisiens à s'émerveiller devant les classiques de son temps, les Indiana Jones, Tron, Le Dragon du lac de feu, Le Secret de la pyramide... et surtout les Star Wars ! Premier Ecran fantastique à neuf ans pour Le retour du Jedi, premier Mad Movies avec Maximum Overdrive en couverture à treize ans, les vidéo clubs de quartier, les enregistrements de Canal +... Et un enthousiasme et une passion pour le cinéma fantastique sous toutes ses formes, dans toute sa diversité.
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