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Critique du film
THE VISIT 2015

 

Becca et Tyler, deux adolescents, vont passer une semaine à la campagne chez leurs grands-parents qu'ils n'ont jamais rencontrés. En effet, leur mère qui les élève seule s'est fâchée avec ces derniers il y a longtemps et ne veut plus les revoir. Les deux jeunes sont donc accueillis par ces vieillards qui les chouchoutent. Mais très vite, ils comprennent que quelque chose ne tourne pas rond chez Papy et Mamie...

A la fin des années 2000, des succès comme [REC] et surtout PARANORMAL ACTIVITY nous valent une vague de micro-productions mal fichues et peu imaginatives, recyclant le concept du faux film retrouvé jusqu'à plus soif. Pour leur grande majorité, la facture visuelle correspond plus au Youtube de l'époque qu'aux standards des grands écrans de cinéma. La mode est telle que certains réalisateurs inattendus s'essaient à l'exercice, comme le vétéran Barry Levinson avec le médiocre THE BAY de 2012.

De son côté, M. Night Shyamalan sort en 2015 de deux relatifs échecs commerciaux avec LE DERNIER MAÎTRE DE L'AIR et AFTER EARTH, métrages aux budgets de blockbuster. Il change alors de braquet et se lance dans l'écriture, la production et la réalisation d'un film surfant sur cette mode (déjà un brin éventée) du Found Footage. Il tourne ainsi THE VISIT dans sa ville fétiche de Philadelphie, avec des acteurs inconnus, pour la firme Blumhouse, révélée par PARANORMAL ACTIVITY et grande pourvoyeuse de film d'horreurs hollywoodiens dans les années 2010.

Dans ce film, Becca et Tyler viennent d'une famille compliquée. Non seulement leur mère s'est disputée irrémédiablement avec ses parents, mais ils ont en plus été abandonnés abruptement par leur père. Ils se réjouissent donc de cette rencontre avec leurs grands-parents maternels, opportunité d'étoffer et de stabiliser une cellule familiale bien fragile. Voire de réconcilier leur mère avec ses géniteurs si les circonstances le permettent.

L'aînée Becca emporte avec elle deux caméras afin de réaliser un reportage sur ces retrouvailles, reportage qui constitue le film que nous, spectateurs, regardons. Mais, traumatisé par son abandon paternel, elle souffre d'une piètre estime d'elle-même, allant jusqu'à refuser de se regarder dans les miroirs. Derrière une assurance un brin pimbêche affichée se cache un rapport mal assuré à sa propre personne. Elle tente de reconstituer et valoriser sa propre image par la mise en scène de son film où elle apparaît avec son entourage. Ce qui est bien vu et constitue une notation psychologique subtile.

Face aux deux enfants fragilisés par l'éloignement de leur père, nous trouvons leurs deux grands-parents, Papy et Mamie gâteaux a priori adorables, vivant dans une belle ferme, au milieu d'une nature resplendissante. Pourtant, à la nuit tombée, les enfants réalisent que leur grand-mère se livre à un somnambulisme très étrange, inquiétant même quand elle émet de puissants jets de vomi avec régularité. Et en journée, Grand-Père a aussi des attitudes pour le moins insolites, la moindre d'entre elles n'étant pas de collectionner dans une remise ses propres couches usagées !

A travers leurs comportements perçus par les enfants comme mi-grotesques, mi-angoissants, M. Night Shyamalan joue avec astuce du regard que nous portons sur la vieillesse et son déclin. Déclin mental, avec troubles de la mémoires et retour en enfance. Déclin physiques, avec les notations peu ragoutantes susmentionnées !

Avec un vrai sujet en poche, M. Night Shyamalan évite certains des écueils du genre. Ainsi, il propose une photographie agréable dans la limite de l'exercice, nous entraîne parfois dans de beaux extérieurs enneigés aérés et lumineux, propose des cadrages variés, une vraie mise en scène créative et professionnelle.

THE VISIT jongle alors entre le drame familial, le grotesque, l'angoisse, l'humour, le conte de fée, ballottant le spectateur et prenant le contre-pied de ses attentes avec une certaine jubilation. Ce film joue sur des mythologies parfois pré-existantes (comme les contes de Grimm ou le loup-garou), parfois nouvelles, comme le conte du lac raconté par Mamie qui rejoint les légendes étranges que M. Night Shyamalan aime inclure dans des films comme LA JEUNE FILLE DE L'EAU ou SPLIT.

THE VISIT est toutefois un film d'horreur « found footage » et comme tel, il sacrifie à certaines conventions, dont quelques plans à sursaut, sans grande originalité, mais dispensés ici avec une parcimonie raisonnable. A force de jouer l’ambiguïté sur le genre auquel il se rattache, THE VISIT laisse par moment le spectateur perdu et hésitant, la franche horreur ne se manifestant que dans le dernier tiers du métrage. Un peu long et déséquilibré ce THE VISIT ? Oui, peut-être, mais il n'ennuie jamais, sachant intriguer et relancer l'intérêt du spectateur avec régularité.

Habile metteur en scène, excellent directeur d'acteurs, M. Night Shyamalan s'offre une récréation ludique avec THE VISIT. Jouant avec les limites du genre très codifié qu'il aborde, il les dépasse à l'aide d'une écriture astucieuse et d'un regard espiègle, entre horreur et fine plaisanterie concoctée en bonne compagnie.

A sa sortie, THE VISIT connaît un petit succès, en particulier sur le marché américain, rentabilisant sans peine les 5 petits millions de dollars misés sur sa production. Il remet en selle M. Night Shyamalan qui tourne ensuite, toujours pour Blumhouse, le plus ambitieux SPLIT, dans le domaine de l'horreur à nouveau.

Rédacteur : Emmanuel Denis
Photo Emmanuel Denis
Un parcours de cinéphile ma foi bien classique pour le petit Manolito, des fonds de culottes usés dans les cinémas de l'ouest parisiens à s'émerveiller devant les classiques de son temps, les Indiana Jones, Tron, Le Dragon du lac de feu, Le Secret de la pyramide... et surtout les Star Wars ! Premier Ecran fantastique à neuf ans pour Le retour du Jedi, premier Mad Movies avec Maximum Overdrive en couverture à treize ans, les vidéo clubs de quartier, les enregistrements de Canal +... Et un enthousiasme et une passion pour le cinéma fantastique sous toutes ses formes, dans toute sa diversité. S'il fallait faire mienne une maxime en la matière, je reprendrais (de mémoire !) une citation de Roman Polanski : «les personnes qui aiment vraiment le cinéma aiment le fantastique» !
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