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Critique du film
OLD 2021

 

Depuis le succès tonitruant de son second film SIXIÈME SENS en 1999, la filmographie de M. Night Shyamalan se ponctue de hauts et de bas, autant dans l'appréciation critique de ses œuvres que dans leur accueil par le public. Pourtant, le cinéaste reste fidèle au genre de l'imaginaire, parcourant sa diversité plutôt que de s'enfermer dans un sous-genre : science-fiction (SIGNES), horreur suggestive (SIXIÈME SENS) ou violente (SPLIT), blockbuster (AFTER EARTH), super-héros (INCASSABLE), gothisme (LE VILLAGE), féerie (LA JEUNE FILLE DE L'EAU), jeune public (LE DERNIER MAÎTRE DE L'AIR), catastrophe (PHÉNOMÈNES) ou même faux film retrouvé à micro-budget (THE VISIT) !

M. Night Shyamalan passe d'un domaine à l'autre en restant fidèle à son style et à sa personnalité identifiables, donnant la priorité à la direction d'acteurs, aux personnages et à une mise en scène retenue. Il reste à l'écart d'un spectaculaire hollywoodien traditionnel. Il cherche plus ses effets dans sa réalisation et son récit que dans les trucages qu'il utilise avec parcimonie. Autre particularité, ses métrages sont très souvent des scénarios totalement originaux qu'il rédige lui-même. Qu'on aime ou non son cinéma, M. Night Shyamalan est donc un auteur du cinéma fantastique.

En 2017, il bénéficie du succès surprise de SPLIT, produit par Blumhouse, prolifique firme spécialisée dans l'épouvante à petit budget. GLASS, sa suite ainsi que celle d'INCASSABLE, convainc moins malgré de bonnes idées.

M. Night Shyamalan se rabat alors sur une adaptation de la bande dessinée suisse « Château de sable », pour laquelle il réunit des acteurs issus du cinéma européen, comme Gael Garcia Bernal et Vicky Krieps dans les rôles principaux de Guy et Prisca. Nous retrouvons aussi un vétéran confirmé comme Rufus Sewell ou une révélation récente telle qu'Alex Wolff, l'adolescent très perturbé de HÉRÉDITÉ.

Guy et Prisca, un couple au bord de la rupture, se rendent avec leurs deux enfants dans un hôtel luxueux pour des vacances tropicales et paradisiaques. Durant ce séjour, ils partent en excursion avec d'autres estivants sur une plage isolée. Cette escapade insouciante prend un tour morbide lorsque le cadavre d'une jeune femme nue s'échoue sur le rivage...

C'est là le premier d'une série d'incidents fantastiques sur cette plage étrange, séparée du reste de l'île par une muraille de roche naturelle. Le groupe disparate découvre que le temps s'y déroule à une vitesse très accélérée, entraînant un vieillissement précoce et impitoyable.

M. Night Shyamalan revendique ici l'influence du cinéma fantastique australien des années 1970, et particulièrement celle de PIQUE-NIQUE À HANGING ROCK. L'influence de ce titre se perçoit lorsque les personnages traversent l'énigmatique caverne menant à la plage. Ou encore par ce bouclier de roches volcaniques cernant la crique. Ou enfin par l'idée d'un site géographique et géologique impactant inexplicablement les humains, l'espace et le temps (nous nous rappelons la montre qui s'arrête à Hanging Rock). Une autre influence palpable est LONG WEEKEND, avec ses vacanciers inexplicablement prisonniers d'une plage sauvage, aussi visuellement idyllique que riche en menaces.

Basé sur des influences saines, adaptant un roman graphique assez réussi, servi par une distribution sans faille, OLD a a priori de bonnes cartes dans son jeu. Et pourtant, il s'agit d'un rude échec pour M. Night Shyamalan, peut-être son plus mauvais film à notre avis. Le tracé de la plupart de ses personnages se fait à grands traits, souvent caricaturaux et à peine ébauchés. A l'exception de Guy et Prisca, les captifs restent des silhouettes grotesques ou transparentes, desservis par des dialogues pénibles et une direction d'acteurs lourde.

Ainsi, le personnage de Charles, médecin schizophrène cherchant désespérément à se remémorer le titre de MISSOURI BREAKS, donne lieu à des scènes redondantes et fatigantes, mal jouées et grotesques. Ce qui surprend de la part d'un acteur compétent tel que Rufus Sewell.

Dans ce film, tout est lourd, évident, sans subtilité, ironie ou recul. « Château de sable » avait le ton d'une fable très noire et angoissante sur le passage impitoyable du temps. Mais M. Night Shyamalan s'égare dans des péripéties « chocs » mal gérées, mal exécutées, si bien que les disparitions successives des protagonistes ne provoquent que peu d'émotions. Les moments horrifiques ratés se montrent souvent complètement hors-sujet. Le vertige anxiogène appelé par le sujet de la fuite du temps laisse place à un ennui profond, teinté d'indifférence quant au sort de protagonistes qu'OLD n'a pas su rendre attachants.

Au-delà de cet échec général, OLD enfonce le clou avec un dénouement en partie prévisible, embourbé dans des explications confuses, résistant mal à quelques questionnements basiques.

M. Night Shyamalan n'a pas su trancher entre le récit abstrait de l’œuvre d'origine d'une part et une science-fiction plus classique, nécessitant une structure plus logique et crédible d'autre part. D'un côté, il penche vers le cinéma d'auteur (nous pensons à L'ANGE EXTERMINATEUR de Luis Bunuel, classique du film de groupe mystérieusement captif). Et de l'autre, il arpente des genres hollywoodiens plus classiques comme le thriller de science-fiction ou l'horreur. Écartelé, hésitant, OLD perd de vue son sujet et aboutit à une œuvre morcelée et incertaine.

Que reste-t-il donc à la sortie de la salle de OLD ? A part une photographie lumineuse et cinématographique, une mise en scène qui parfois essaie des choses, deux acteurs principaux compétents, nous nous retrouvons devant un ratage pratiquement total, d'autant plus décevant qu'à nouveau, M. Night Shyamalan fait le choix intéressant de naviguer à contre-courant des modes actuelles et des chemins balisés.

Rédacteur : Emmanuel Denis
Photo Emmanuel Denis
Un parcours de cinéphile ma foi bien classique pour le petit Manolito, des fonds de culottes usés dans les cinémas de l'ouest parisiens à s'émerveiller devant les classiques de son temps, les Indiana Jones, Tron, Le Dragon du lac de feu, Le Secret de la pyramide... et surtout les Star Wars ! Premier Ecran fantastique à neuf ans pour Le retour du Jedi, premier Mad Movies avec Maximum Overdrive en couverture à treize ans, les vidéo clubs de quartier, les enregistrements de Canal +... Et un enthousiasme et une passion pour le cinéma fantastique sous toutes ses formes, dans toute sa diversité. S'il fallait faire mienne une maxime en la matière, je reprendrais (de mémoire !) une citation de Roman Polanski : «les personnes qui aiment vraiment le cinéma aiment le fantastique» !
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