Header Critique : BAL DES VAMPIRES, LE (THE FEARLESS VAMPIRE KILLERS)

Critique du film
LE BAL DES VAMPIRES 1967

THE FEARLESS VAMPIRE KILLERS 

Après REPULSION, succès commercial et critique, Roman Polanski tourne à nouveau en Grande-Bretagne CUL-DE-SAC en 1966, avec Donald Pleasence et Françoise Dorléac. Un couple vivant dans une maison isolée subit l'intrusion d'un gangster fugitif. Le public ne suit pas, mais cette œuvre conforte la réputation de Polanski auprès de la critique. Elle reçoit en effet l'Ours d'Or du Festival de Berlin.

Il écrit ensuite avec son complice-scénariste Gérard Brach une parodie des films de vampires en général et de ceux de la compagnie Hammer en particulier. Les deux amis allaient les voir autant pour frissonner que pour se moquer lorsque Polanski résidait à Paris, durant la première moitié des années 1960.

Le projet est à nouveau soutenu par le producteur d'origine polonaise Gene Gutowski, comme REPULSION et CUL-DE-SAC. Et Polanski bénéficie cette fois du confort supplémentaire apporté par les infrastructures que la MGM détient en Grande-Bretagne. En effet, le producteur Martin Ransohoff, qui œuvre pour cette firme américaine, s'associe au projet, désormais nommé LE BAL DES VAMPIRES.

Le tournage se déroule entre Londres (studio) et l'Italie (pour les extérieurs alpins). Le rôle du professeur Abronsius est tenu par Jack MacGowran (que nous reverrons dans L'EXORCISTE), tandis que Polanski prend le rôle d'Alfred. Sharon Tate, qui interprète Sarah Shagal, est imposée par les producteurs américains à Polanski (ils se marieront en janvier 1968).

LE BAL DES VAMPIRES reprend le schéma classique du film de vampires, assez proche de certaines œuvres de la Hammer telles que LES MAÎTRESSES DE DRACULA ou DRACULA, PRINCE DES TÉNÈBRES. Un chasseur de vampire, le docteur Abronsius, et son assistant se rendent dans une région reculée de la Transylvanie. Arrivés à l'auberge locale, ils se heurtent à la populace superstitieuse qui refuse d'avouer que le pays est hanté par le comte Von Krolock, un redoutable vampire logeant dans son sinistre château. Abronsius découvre la cache de ce monstre et rentre dans le repaire du comte, qui les accueille courtoisement... Dans un premier temps !

Rien ne manque pour faire un film de vampires des plus classiques : auberge, forêt montagneuse, château... Les décors, réalisés par Wilfred Shingleton (qui a travaillé sur LES INNOCENTS), sont absolument magnifiques. Le vaste château du comte Von Krolock est encore plus réussi que les châteaux gothiques de la Hammer, qui sont plus exiguës et moins détaillés.

Plus que l'ambiance effrayante des décors de la Hammer, Polanski cherche à capturer une atmosphère de conte de fée, l'horreur se mêlant au merveilleux pour évoquer un lieu fantastique et enchanteur. Pour certaines ambiances, il s'inspire de ses souvenirs d'enfance, aussi bien la région de Cracovie que des descriptions repérées dans la littérature polonaise.

Ainsi, l'auberge tenue par le juif Shagal grouille de détails pittoresques auxquels les films de vampire Hammer se refusent en général. Nous ne notions pas particulièrement d'exotisme liée à l'Europe centrale dans, par exemple, la Transylvanie du CAUCHEMAR DE DRACULA. Polanski donne aussi un indice concernant ses sources d'inspiration en nommant son aubergiste Shagal, en référence au peintre russe Marc Chagall qui s'inspirait beaucoup du folklore juif de son pays.

LE BAL DES VAMPIRES est avant tout connu comme parodie, pastiche irrespectueux des très sérieux films d'épouvante de la Hammer. Et Polanski n'y va pas avec le dos de la cuiller. Vampire homosexuel courant après Alfred dans les couloirs du château, situations vaudevillesques s'étirant dans l'auberge... La farce est souvent énorme, parfois salace, et les poursuites se font au même rythme que celles du cinéma burlesque. Les gags s'avèrent pourtant efficaces, notamment grâce à d'excellents interprètes, tels Jack MacGowran, et surtout Alfie Bass dans le rôle de Shagal.

Le rire est provoqué surtout aux dépends des productions Hammer, dont Polanski s'inspire largement. Ferdy Mayne incarne un vampire dans la pure tradition de Christopher Lee tandis que son fils évoque un autre vampire célèbre de cette firme : l'ambigu baron Meinster incarné par John Peel dans LES MAÎTRESSES DE DRACULA. Abronsius est une version cinoque de l'inflexible et rigoureux Van Helsing interprété par Peter Cushing dans LE CAUCHEMAR DE DRACULA et LES MAÎTRESSES DE DRACULA. Le nom de la ville Karlsboerg renvoie à Karlstaad dans laquelle se déroulent certains passages d'entre autres L'EMPREINTE DE FRANKENSTEIN. Le sang gicle rouge vif, comme dans DRACULA, PRINCE DES TÉNÈBRES. Les épées placées en croix repoussent les vampires, ce qui renvoie aux chandeliers du CAUCHEMAR DE DRACULA. La bibliothèque ressemble beaucoup à celle du dénouement du même métrage, avec son globe terrestre... Polanski connaît ses classiques et les détourne avec une impertinence qui lui a parfois été reprochée.

Pourtant, au-delà de la raillerie, il utilise habilement certains points forts des films de la Hammer et les transcende : la structure très classique du récit ; la photographie rouge et or de Jack Asher pour LE CAUCHEMAR DE DRACULA, restituée avec magnificence par le très grand chef-opérateur Douglas Slocombe ; le raffinement des décors de Bernard Robinson... Tout cela est encore mis en valeur par la technique toujours très maîtrisée de Polanski et son sens inné du fantastique, ainsi que par l'excellente musique composée par Christopher Komeda.

Nous assistons à d'authentiques moments de poésie fantastique et merveilleuse : l'enlèvement de Sarah par le comte Von Krolock, le réveil des morts-vivants, le bal des vampires, les excursions à ski et en traîneau dans les montagnes, les expéditions périlleuses sur le toit du château... La plaisanterie a peut-être tendance à se traîner un peu trop, et le film est parfois légèrement longuet ?

Qu'importe, LE BAL DES VAMPIRES reste une indéniable réussite dans la carrière de son réalisateur, ainsi qu'une œuvre chère aux amateurs de films de vampires. Pourtant, Martin Ransohoff modifie son montage pour sa sortie aux USA. Il en retire vingt minutes malgré les protestations de Polanski. Même en Europe (France et Grande-Bretagne), le film perd dix minutes. Il sera toutefois bien accueilli par le public, sauf aux USA où il fait un flop.

Le producteur Robert Evans va ensuite contacter Polanski afin qu'il réalise une adaptation d'un roman d'épouvante aux États-Unis pour le compte de la compagnie Paramount : ce sera le classique ROSEMARY'S BABY.

LE BAL DES VAMPIRES correspond chronologiquement à une certaine apogée commerciale du film d'épouvante britannique : la Hammer se remet à produire abondamment des films de vampires à partir de DRACULA ET LES FEMMES en 1968, avec notamment plusieurs nouveaux Dracula, mais aussi toute une gamme d'autres œuvres mettant en scène des monstres semblables (COMTESSE DRACULA, LE CIRQUE DES VAMPIRES...).

La concurrence internationale s'intensifie dans tous les pays : LE LAC DE DRACULA de Michio Yamamoto au Japon, LE VIOL DU VAMPIRE de Jean Rollin en France... Pourtant, cette mode de l'épouvante gothique brille de ses derniers feux. Dix ans après LE CAUCHEMAR DE DRACULA, cette inspiration tourne en rond et lasse le public par ses redondances.

D'autres œuvres arrivent, au ton nouveau, baignant le fantastique dans un contexte réaliste et contemporain. Ainsi, en 1968, le doublé ROSEMARY'S BABY de Polanski et LA NUIT DES MORTS-VIVANTS de George Romero imposent une nouvelle inspiration qui établit le goût de la décennie suivante. Tant et si bien que l'épouvante traditionnelle gothique, démodée, se voit de plus en plus traitée sous forme de parodie et de pastiche dans le style du BAL DES VAMPIRES, avec des titres comme FRANKENSTEIN JUNIOR de Mel Brooks, THE ROCKY HORROR PICTURE SHOW ou PHANTOM OF THE PARADISE.

Rédacteur : Emmanuel Denis
Photo Emmanuel Denis
Un parcours de cinéphile ma foi bien classique pour le petit Manolito, des fonds de culottes usés dans les cinémas de l'ouest parisiens à s'émerveiller devant les classiques de son temps, les Indiana Jones, Tron, Le Dragon du lac de feu, Le Secret de la pyramide... et surtout les Star Wars ! Premier Ecran fantastique à neuf ans pour Le retour du Jedi, premier Mad Movies avec Maximum Overdrive en couverture à treize ans, les vidéo clubs de quartier, les enregistrements de Canal +... Et un enthousiasme et une passion pour le cinéma fantastique sous toutes ses formes, dans toute sa diversité. S'il fallait faire mienne une maxime en la matière, je reprendrais (de mémoire !) une citation de Roman Polanski : «les personnes qui aiment vraiment le cinéma aiment le fantastique» !
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