Header Critique : SEULE DANS LA NUIT (WAIT UNTIL DARK)

Critique du film
SEULE DANS LA NUIT 1967

WAIT UNTIL DARK 

SEULE DANS LA NUIT est une adaptation de la pièce de théâtre « Wait until dark », écrite par Frederick Knott et lancée avec succès à New York en 1966. Néanmoins, les acteurs de la version théâtrale ne participent pas au film, à l'exception de la petite Julie Herod qui interprète Gloria et dont il s'agit de la seule apparition au cinéma. SEULE DANS LA NUIT est réalisé par Terence Young, alors surtout connu comme metteur en scène de trois des quatre premiers James Bond : JAMES BOND CONTRE DOCTEUR NO, BONS BAISERS DE RUSSIE et OPÉRATION TONNERRE, posant les bases de cette fameuse série, ainsi que celles de nombreuses imitations qui inondent les écrans du monde entier au cours des années soixante.

SEULE DANS LA NUIT est avant tout destiné à mettre en valeur la star Audrey Hepburn, pour lui permettre de rompre avec les comédies sentimentales (VACANCES ROMAINES de William Wyler en 1953) et musicales (MY FAIR LADY en 1964 de George Cukor) ainsi que les drames romantiques (VERTES DEMEURES en 1958 de Mel Ferrer) composant l'essentiel de sa filmographie. Les temps et les goûts changent comme nous arrivons à la fin des années soixante... 

Avec ce thriller effrayant, Audrey Hepburn tourne le dos à son image sucrée de vedette charmante, chantante et habillée par Givenchy que des titres comme DRÔLE DE FRIMOUSSE ont imposée. SEULE DANS LA NUIT est produit par Mel Ferrer, le fameux acteur étant alors le mari de la comédienne.

Aux côtés d'Audrey Hepburn, nous trouvons Richard Crenna (immortel colonel Trautman de RAMBO). Et, surtout, dans le rôle du plus psychopathe des agresseurs, Alan Arkin signe une de ses compositions les plus connues. Il se distingue alors comme un acteur de la nouvelle génération. Il sera particulièrement remarqué en 1970 dans CATCH 22, film de guerre mélancolique et ironique au ton alors neuf. Dans les années 2000, sa carrière rebondit avec son interprétation du grand-père hors norme dans la comédie LITTLE MISS SUNSHINE, qui lui vaut un Oscar.

Alors qu'il revient de Montréal, le photographe Sam Hendrix se voit confier à l'aéroport une poupée par une inconnue. Il ignore que le jouet est bourré d'héroïne. Plus tard, des trafiquants de drogue le contactent et cherchent à retrouver l'objet. Sam dit ne plus la retrouver. Trois malfrats profitent alors de son absence pour s'introduire dans son appartement et la rechercher. Ils rencontrent Suzy, l'épouse de Sam, jeune femme ayant perdu la vue dans un accident. Les gangsters la terrifient afin qu'elle leur remette cette poupée bourrée d'opiacés...

SEULE DANS LA NUIT lorgne vers le film de psycho-killer, dans la tradition d'un Film Noir comme LES MAINS QUI TUENT de Robert Siodmak ou le film d'horreur PSYCHOSE d'Alfred Hitchcock. Ici, l'innovation scénaristique consiste à mettre en scène une femme aveugle persécutée par des sadiques. Suzy est émouvante et vulnérable, ce que soulignent la silhouette frêle et la voix fissurée d'Audrey Hepburn. Avec ce rôle, elle aborde une performance exigeante. Elle se documente avec Terence Young dans une école pour aveugles afin d'étudier la gestuelle nécessaire à l'authenticité de son personnage. Elle porte des lentilles spéciales pour obtenir un regard fixe et aussi peu expressif que possible. Audrey Hepburn reste ainsi crédible tout au long du métrage. 

Par bien des aspects, SEULE DANS LA NUIT évoque des classiques du cinéma à suspense l'ayant précédé. Nous retrouvons l'emploi oppressant du huis-clos, comme dans LA CORDE ou surtout LE CRIME ÉTAIT PRESQUE PARFAIT d'Alfred Hitchcock. Ainsi que l'idée de la manipulation et de la duplicité des apparences, comme dans L'OMBRE D'UN DOUTE ou SUEURS FROIDES. Ici, la cécité de l'héroïne enrichit ce jeu : le spectateur voit tout ce qu'elle ne voit pas, comprend les manœuvres des truands dont Suzy est inconsciente.

Une des scènes les plus efficaces est l'arrivée de Suzy dans son appartement. Se croyant seule, elle le traverse sans percevoir les dangereux tueurs se tenant, silencieux, à quelques centimètres d'elle. Dans le même sens, les trois voyous organisent des mises en scène pour abuser Suzy et mettent au point des stratagèmes mensongers pour lui soutirer la poupée. Le spectateur s'avère conscient des tromperies alors que la jeune aveugle se voit souvent dupée. 

Malgré cette bonne idée, toute cette partie manipulatrice est laborieuse. Mis en scène sans imagination, SEULE DANS LA NUIT reste trop proche d'un spectacle de théâtre, avec unité de lieu et de temps, coincé dans le petit décor de l'appartement de Sam et Suzy. L'action stagne dans des bavardages tandis que les invraisemblances s'accumulent. Nous trouvons Suzy souvent naïve et les plans des truands sont inutilement compliqués.

La dernière demi-heure de SEULE DANS LA NUIT bascule dans l'horreur. Le psychopathe Roat, les yeux dissimulés par des lunettes rondes noires et les mains protégées par des gants en caoutchouc, traque Suzy dans l'appartement. Alan Arkin, dans le rôle de ce sadique vénéneux, est tout à fait savoureux. Nous assistons à un huis-clos cruel, une jeune femme sans défense affronte un tueur impitoyable bien décidé à avoir sa peau. Elle doit chercher en elle de vastes ressources de courage et d'invention.

Ce final réussi arrive trop tard, après plus d'une heure de scènes fastidieuses et ennuyeuses. Il ne sauve pas SEULE DANS LA NUIT de sa médiocrité et de ses longueurs. Ce film vaut néanmoins une nomination aux Oscars à Audrey Hepburn (elle en a déjà gagné un pour VACANCES ROMAINES). Quatre ans plus tard, Richard Fleischer réalise en Grande-Bretagne TERREUR AVEUGLE avec Mia Farrow, thriller au sujet très proche, et bien plus réussi à notre goût.

Après ce tournage, Audrey Hepburn divorce de Mel Ferrer et met un terme à sa carrière d'actrice hollywoodienne à l'âge de 38 ans. Elle ne revient au cinéma qu'avec LA ROSE ET LA FLÈCHE en 1976 dans lequel elle forme un couple émouvant avec Sean Connery en Robin des Bois vieilli. 

Rédacteur : Emmanuel Denis
Photo Emmanuel Denis
Un parcours de cinéphile ma foi bien classique pour le petit Manolito, des fonds de culottes usés dans les cinémas de l'ouest parisiens à s'émerveiller devant les classiques de son temps, les Indiana Jones, Tron, Le Dragon du lac de feu, Le Secret de la pyramide... et surtout les Star Wars ! Premier Ecran fantastique à neuf ans pour Le retour du Jedi, premier Mad Movies avec Maximum Overdrive en couverture à treize ans, les vidéo clubs de quartier, les enregistrements de Canal +... Et un enthousiasme et une passion pour le cinéma fantastique sous toutes ses formes, dans toute sa diversité. S'il fallait faire mienne une maxime en la matière, je reprendrais (de mémoire !) une citation de Roman Polanski : «les personnes qui aiment vraiment le cinéma aiment le fantastique» !
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