Header Critique : AMANTS D'OUTRE-TOMBE, LES (AMANTI D'OLTRETOMBA)

Critique du film
LES AMANTS D'OUTRE-TOMBE 1965

AMANTI D'OLTRETOMBA 

LES AMANTS D'OUTRE-TOMBE de 1965 s'inscrit dans le courant de l'épouvante gothique italienne. Il est réalisé par Mario Caiano, artisan (comme il se définit lui-même) touchant à un peu tous les genres du cinéma populaire italien des années 1960-70 : péplum mythologique (ULYSSE CONTRE HERCULE) ou historique (LA FUREUR DES GLADIATEURS), western spaghetti (dont il est pionnier avec LA GRIFFE DU COYOTE de 1963), espionnage (OMBRE SUR LE LIBAN), thriller (MILANO VIOLENTA)... Il signe LES AMANTS D'OUTRE-TOMBE, son seul film rattaché à l'horreur gothique, sous le pseudonyme d'Allan Grunenwald : Allan en hommage à Edgar Allan Poe ; Grunenwald étant le nom d'un Maître de la peinture religieuse allemande du début du XVIème siècle, notamment célèbre pour le retable d'Issenheim, grouillant de détails macabres et horrifiques destinés à impressionner les fidèles.

LES AMANTS D'OUTRE-TOMBE bénéficie de la présence de la star de l'épouvante italienne d'alors : la comédienne d'origine irlandaise Barbara Steele. A ses côtés, nous trouvons Paul Müller, comédien suisse qui tourne dans de très nombreux films populaires européens (LES VAMPIRES de Freda et Bava par exemple, mais aussi de multiples films de Jesus Franco).

Bien que l'Italie n'ait jamais eu une vraie tradition de cinéma horrifique jusqu'alors, les choses changent au début des années 1960. Si LES VAMPIRES, thriller fantastico-horrifique tourné par Riccardo Freda et Mario Bava en 1956, se montre en avance sur son temps, il ne connaît pas de succès et reste sans suite. Mais lorsque Mario Bava prend l'initiative, par goût personnel, de tourner en 1960 le film d'épouvante LE MASQUE DU DÉMON, baigné dans une ambiance très brumeuse et avec une actrice alors méconnue nommée Barbara Steele, l'accueil est bien meilleur. Le genre est alors à la mode grâce aux premiers succès internationaux de la compagnie britannique Hammer. Dans la foulée sort le très bon LE MOULIN DES SUPPLICES de Giorgio Ferroni, autre classique du genre.

Suite à ces deux titres fondateurs, l'Italie propose d'autres métrages effrayants : le très réussi L'EFFROYABLE SECRET DU DR. HICHCOCK de Freda, LE MASSACRE DES VAMPIRES de Roberto Mauri, LA CRYPTE DU VAMPIRE de Camillo Mastrocinque, le sadique LE CORPS ET LE FOUET de Mario Bava avec Christopher Lee, LA SORCIÈRE SANGLANTE d'Antonio Margheriti, UN ANGE POUR SATAN... Toutefois, l'épouvante gothique décline rapidement en Italie dans la seconde moitié des années soixante, ce pays se tournant vers l'espionnage, les super-héros et le western. Heureusement, l'horreur y fait son retour au début des années 1970 sous une nouvelle forme, grâce au succès des Giallos...

Sorti en 1965, LES AMANTS D'OUTRE-TOMBE apparaît au plus fort de la mouvance de l'horreur italienne. Si l'ambiance est soignée et envoûtante, le récit n'en laisse pas moins une grande place à la cruauté et à la violence.

Avec la complicité de sa vieille domestique Solange, le docteur Arrowsmith, un savant porté sur le sadisme, surprend son épouse Muriel, héritière d'une famille fortunée, en train de s'ébattre avec le jardinier. Après une longue nuit à leur faire endurer des sévices, il tue les deux amants. Hélas pour lui, Muriel lègue dans son testament tous ses biens à Jenny, sa sœur mentalement instable. Dénué de scrupule, Arrowsmith séduit et épouse la jeune affligée, puis la ramène au château, bien décidé à la rendre folle afin d'hériter une fois pour toutes de la luxueuse propriété de la riche famille...

Au cœur de cette histoire cruelle se tient le sadique professeur Arrowsmith. Le premier plan du métrage nous révèle sa jubilation alors qu'il torture des animaux, sous prétexte de faire des expériences "scientifiques". De même, lorsqu'il surprend sa femme et son amant, la vengeance du mari bafoué ne s'avère qu'un prétexte pour expérimenter sur eux des supplices inouïs.

La première demi-heure des AMANTS D'OUTRE-TOMBE constitue un fort moment de cruauté. La cravache d'Arrowsmith laboure le visage du jardinier David, les coups sont généreusement distribués à ses deux victimes enchaînées dans la crypte du palais... S'il se livre à des tortures connues (renverser un grand verre d'eau aux pieds d'un supplicié assoiffé et entravé : classique, mais efficace !), il se permet des inventions innommables tel ce goutte-à-goutte déversant très lentement de l'acide sur les victimes... Quand il faut persécuter la fragile et blonde Jenny, il ne se fait pas prier et met tout en œuvre pour la faire sombrer dans la démence.

Arrowsmith est interprété avec génie par Paul Müller. Sous un physique classique rappelant George Sanders, il propose un portrait d'aristocrate sadien plein de morgue et de fièvre, digne de Leslie Banks dans LA CHASSE DU COMTE ZAROFF. Il est assisté par sa cruelle servante Solange, vieille matrone à laquelle il rend la jeunesse grâce au sang juvénile prélevé sur le corps de Muriel au moyen d'un dispositif électrique (ce qui rappelle les expériences pratiquées dans LES VAMPIRES).

Ce tandem dément tourmente successivement les sœurs Muriel et Jenny, toutes deux interprétées par Barbara Steele, présente à l'écran quasiment en permanence. Muriel la brune est une femme forte et sensuelle. Éprise de la vie et de l'ivresse des sens, elle se laisse aller sans contrainte à ses pulsions érotiques. Jenny la blonde est une enfant fragile, repliée sur elle-même et timide, à la merci des manipulations ignobles d'Arrowsmith contre lesquelles seul le bon docteur Joyce la protège.

Barbara Steele démontre son très grand talent en incarnant les personnalités opposées de ces sœurs La partie se complique encore quand, sous l'influence du château maudit, Jenny se trouve influencée, voire possédée, par le spectre de Muriel qui l'utilise au service de sa vengeance.

Mettant en scène des personnages intenses et remarquablement interprétés, LES AMANTS D'OUTRE-TOMBE séduit par son atmosphère. Baigné par le chef-opérateur Enzo Barboni dans un noir et blanc d'une parfaite sobriété (imposé néanmoins par des raisons économiques !), ce film se voit soutenu par une réalisation aussi sèche et sévère qu'un coup de fouet. L'émotion est en grande partie portée par les magnifiques compositions d'Ennio Morricone (il commence tout juste à devenir célèbre grâce à POUR UNE POIGNÉE DE DOLLARS, le premier western de Sergio Leone). La démesure cruelle d'Arrowsmith est illustrée par un ensemble démentiel d'orgues imposantes, la sensualité et la passion de Muriel passent à travers un morceau romantique, orchestré autour d'une inoubliable mélodie au piano. Enfin, la splendeur décrépie d'un palais du XVIIIème siècle sert d'écrin à ces événements tragiques, se déroulant au cours de nuits lugubres et de tristes journées grises.

Devant cet impressionnant faisceau de qualités, nous regrettons juste qu'à partir de l'arrivée du docteur Joyce au château, le récit se ralentisse un peu. Heureusement, cela est rattrapé par un final cauchemardesque où s'affrontent une ultime fois, et avec une violence étourdissante, le désir de vengeance des amants d'outre-tombe et l'abjecte cruauté d'Arrowsmith.

LES AMANTS D'OUTRE-TOMBE entremêle avec audace une cruauté débridée et un érotisme passionné, notamment dans son spectaculaire final. Porté par un style fougueux et puissant, interprété merveilleusement par Barbara Steele et Paul Müller, il s'agit d'un des spécimens les plus intenses et jusqu'au-boutistes de l'épouvante italienne. Il connaît d'ailleurs un assez bon succès selon les dires de son réalisateur. Toutefois, Mario Caiano, malgré une filmographie assez riche, ne fraie ensuite qu'assez peu avec l'épouvante : citons tout de même le Giallo L'OEIL DU LABYRINTHE à propos des méfaits d'une psychopathe.

Barbara Steele continue encore un peu à tourner des films d'épouvante (LA MAISON ENSORCELÉE de Vernon Sewell en 1968), mais lassée de ce registre qu'elle juge réducteur, elle se fait de plus en pus rare sur les écrans et se détourne du cinéma fantastique (nous la retrouverons néanmoins dans FRISSONS de David Cronenberg ou PIRANHAS de Joe Dante... ou plus récemment dans le réussi THE BUTTERFLY ROOM de 2015, qui mérite largement la découverte !).

Rédacteur : Emmanuel Denis
Photo Emmanuel Denis
Un parcours de cinéphile ma foi bien classique pour le petit Manolito, des fonds de culottes usés dans les cinémas de l'ouest parisiens à s'émerveiller devant les classiques de son temps, les Indiana Jones, Tron, Le Dragon du lac de feu, Le Secret de la pyramide... et surtout les Star Wars ! Premier Ecran fantastique à neuf ans pour Le retour du Jedi, premier Mad Movies avec Maximum Overdrive en couverture à treize ans, les vidéo clubs de quartier, les enregistrements de Canal +... Et un enthousiasme et une passion pour le cinéma fantastique sous toutes ses formes, dans toute sa diversité. S'il fallait faire mienne une maxime en la matière, je reprendrais (de mémoire !) une citation de Roman Polanski : «les personnes qui aiment vraiment le cinéma aiment le fantastique» !
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