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Critique du film
DANSE MACABRE 1964

DANZA MACABRA 

DANSE MACABRE de 1964 est le premier film d'horreur réalisé par Antonio Margheriti. Celui-ci commence à travailler pour le cinéma italien dans les années 1950 à divers postes (assistant, scénariste, trucages). Le producteur Goffredo Lombardo de la grande firme Titanus lui propose alors de réaliser LE VAINQUEUR DE L'ESPACE en 1960,un des premiers films italiens de science-fiction, pour lequel Margheriti prend le pseudonyme d'Anthony Daisies. Il apprend rapidement que le terme "Daisies" implique une connotation équivoque aux USA et change son pseudo anglicisant en Anthony M. Dawson à partir de 1962 !

Il travaille sur diverses productions d'aventures (science-fiction pour LA PLANETE DES HOMMES PERDUS, "1001 nuits" avec LA FLÈCHE D'OR), puis il s'attaque à DANSE MACABRE, initialement prévu pour le réalisateur Sergio Corbucci, alors en pleine période péplum avec MACISTE CONTRE LE FANTÔME ou LE FILS DE SPARTACUS. Pris ailleurs sur le moment, Corbucci ne tourne que quelques plans de DANSE MACABRE qui reste avant tout l’œuvre de Margheriti.

DANSE MACABRE surfe sur les succès des premiers films d'horreur gothique italiens, à savoir LE MOULIN DES SUPPLICES de Giorgio Ferroni et LE MASQUE DU DÉMON de Mario Bava, ce dernier ayant rencontré un bon succès aux USA. L'Italie s'éveille alors à l'épouvante et propose de nombreux titres concurrençant les Anglais de la Hammer et les Américains de l'AIP sur leurs propres terres.

Parmi les plus fameux titres de cette vague latine, citons le remarquable L'EFFROYABLE SECRET DU DR. HICHCOCK de Riccardo Freda, LA CRYPTE DU VAMPIRE de Camillo Mastrocinque ou le réussi LES AMANTS D'OUTRE-TOMBE de Mario Caiano.

DANSE MACABRE met en scène Barbara Steele, actrice anglaise devenue Star de l'épouvante latine depuis LE MASQUE DU DÉMON. Elle multiplie les rôles de victime, de sorcière ou de fantôme. Son renom traverse l'Atlantique et nous la retrouvons dans LA CHAMBRE DES TORTURES de Roger Corman d'après Edgar Poe. Plus inattendu, elle apparaît aussi dans 8 ET DEMI, le chef-d’œuvre de Federico Fellini. Dans DANSE MACABRE, elle est accompagnée par le français George Rivière. Edgar Allan Poe lui-même apparaît sous les traits de Silvano Tranquilli, figure récurrente dans le cinéma Bis italien des années soixante et soixante-dix.

Alan Foster, jeune journaliste vivant à Londres, rencontre un soir l'écrivain Edgar Allan Poe dans une auberge. Le poète récite alors sa nouvelle « Bérénice » à son ami Lord Blackwood. Ce dernier explique ensuite à Alan qu'il est propriétaire d'un château familial réputé hanté et qu'il est prêt à parier cent livres avec Alan qu'il n'osera pas y passer la funeste nuit de la Toussaint. Foster accepte le macabre défi. Poe et Blackwood l'accompagnent en pleine nuit jusqu'aux grilles de la demeure. Le jeune homme y rentre et se voit accueilli par Elizabeth, qui se dit la sœur de Lord Blackwood. Elle lui explique que son frère organise de tels paris tous les ans. Alan et Elizabeth tombent amoureux... Et une nuit de terreur commence alors !

Dans DANSE MACABRE, la présence à l'écran d'Edgar Allan Poe, remarquablement campé par Silvano Tranquilli, est relativement courte (au début et à la fin du métrage). Mais elle situe le récit dans un contexte fantastique précis, dans la lignée des contes noirs du maître de Baltimore. Ce n'est pas la première fois que Poe apparaît sur un écran de cinéma. Il a déjà été incarné par des acteurs, notamment dans des œuvres retraçant sa biographie comme EDGAR ALLAN POE de D. W. Griffith en 1909 ou THE RAVEN de Charles Brabin en 1915.

DANSE MACABRE brasse plusieurs mythes fantastiques. La simple lecture du sujet renvoie aux maisons hantées et particulièrement à LA NUIT DE TOUS LES MYSTÈRES de l'américain William Castle, dans lequel Vincent Price invite cinq personnes à passer la nuit dans une demeure réputée hantée en échange de 10.000 dollars. Nous n'échappons donc pas aux errances, chandelier au poing, parmi les salons décrépis, les escaliers couverts de toiles d'araignées et autres cryptes sinistres. Nous retrouvons des éléments des films de fantômes romantiques comme L'AVENTURE DE MADAME MUIR ou PANDORA, qui mettent en scène une passion contre-nature entre un spectre et un vivant. Plus surprenant, des éléments renvoient à des films de zombies, voire carrément au vampirisme. Il se dégage de DANSE MACABRE une impression de richesse thématique surprenante, mais aussi de fouillis.

Le cœur de DANSE MACABRE, c'est Elisabeth Blackwood, recluse dans son château par la volonté de son frère. Passionnée, d'une sensualité et d'une liberté en porte-à-faux avec son origine aristocratique et britannique, elle provoque le désir et se voit sollicitée autant par les hommes (son mari, son mystérieux amant que nous devinons roturier) que par les femmes (la jalouse Julia, qui donne lieu à une scène de saphisme considérée en son temps comme d'une grande audace).

Ce personnage d'Elisabeth, formidablement interprété par Barbara Steele, ici dans un de ses plus fameux rôles, imprime à DANSE MACABRE un lyrisme funeste, un romantisme noir et une sensualité réelle.

Au-delà de son romantisme d'outre-tombe, DANSE MACABRE fascine par son goût pour la confusion. Au fur et à mesure de sa progression, le film ménage des rebondissements parfois prévisibles, parfois surprenants, que subissent à la fois le spectateur et Alan. Dans cette maison où le passé et le présent, l'au-delà et le monde des mortels se mêlent, il devient difficile de distinguer ce qui appartient à la réalité de ce qui relève du surnaturel.

Ce jeu ambigu, cet art de faire surgir le fantastique de derrière la normalité dégagent une poésie étrange et envoûtante que nous ne rencontrons pas dans les films d'épouvante gothique anglais ou américains de la même période. DANSE MACABRE nous  évoque plutôt certains films de Mario Bava, et particulièrement LISA ET LE DIABLE de 1972 qui partagera bien des points communs avec DANSE MACABRE (ambiguïté de la chronologie, maison mystérieuse, refus du happy end).

DANSE MACABRE nous semble une source de ces films fantastiques italiens qui sacrifient parfois la cohérence et la rigueur narrative au profit de la poésie et de l'insolite, tel INFERNO de Dario Argento, L'AU-DELÀ de Lucio Fulci ou DELLAMORTE DELLAMORE de Michele Soavi.

DANSE MACABRE présente certaines inégalités. Les moments très forts (le massacre autour du lit, le final) alternent avec quelques passages ennuyeux et répétitifs, comme ces longues errances dans la demeure hantée. Certaines scènes paraissent plaquées, comme l'arrivée du jeune couple presque à la fin du film.

Néanmoins, DANSE MACABRE reste une bonne réussite de l'épouvante gothique italienne, riche en intenses moments de romantisme et de poésie funèbre. Margheriti persévère dans l'épouvante avec l'intéressant LA VIERGE DE NUREMBERG (tourné après DANSE MACABRE, mais sorti avant), puis LA SORCIÈRE SANGLANTE, toujours avec Barbara Steele et à nouveau réussi.

Margheriti alterne ensuite, au gré des modes et des commandes, films de science-fiction, d'espionnage, Giallos, westerns... Surtout, il réalise LES FANTÔMES DE HURLEVENT en 1970, remake en couleurs de DANSE MACABRE dans lequel Anthony Franciosa reprend le rôle d'Alan Foster, Michèle Mercier remplace Barbara Steele et Klaus Kinski interprète Edgar Poe !

Rédacteur : Emmanuel Denis
Photo Emmanuel Denis
Un parcours de cinéphile ma foi bien classique pour le petit Manolito, des fonds de culottes usés dans les cinémas de l'ouest parisiens à s'émerveiller devant les classiques de son temps, les Indiana Jones, Tron, Le Dragon du lac de feu, Le Secret de la pyramide... et surtout les Star Wars ! Premier Ecran fantastique à neuf ans pour Le retour du Jedi, premier Mad Movies avec Maximum Overdrive en couverture à treize ans, les vidéo clubs de quartier, les enregistrements de Canal +... Et un enthousiasme et une passion pour le cinéma fantastique sous toutes ses formes, dans toute sa diversité. S'il fallait faire mienne une maxime en la matière, je reprendrais (de mémoire !) une citation de Roman Polanski : «les personnes qui aiment vraiment le cinéma aiment le fantastique» !
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