Header Critique : MASQUE DE LA MORT ROUGE, LE (MASQUE OF THE RED DEATH)

Critique du film
LE MASQUE DE LA MORT ROUGE 1964

MASQUE OF THE RED DEATH 

Au XIIème siècle, en Italie, l'épidémie de la Mort Rouge décime un village. Prospero, cruel seigneur de la région, s'enferme avec ses courtisans dans son château pour se protéger. Afin de divertir ses convives, il organise un bal masqué...

Après LA MALÉDICTION D'ARKHAM de 1963, l'Américain Roger Corman tourne en Yougoslavie L'INVASION SECRÈTE, sympathique film de guerre interprété par Stewart Granger. Ce métrage annonce tout à fait LES DOUZE SALOPARDS qui arrivent trois ans plus tard.

Puis, avec LE MASQUE DE LA MORT ROUGE, Corman revient à ses adaptations d'Edgar Poe. Contrairement à ses prédécesseurs, ce film n'est pas tourné aux USA, mais en Grande-Bretagne, berceau du renouveau gothique. La plupart des collaborateurs habituels de Corman répondent présents. Nous retrouvons le directeur artistique Daniel Haller, le scénariste Charles Beaumont, l'actrice Hazel Court et évidemment Vincent Price.

De nouveaux talents sont recrutés en Angleterre : le compositeur David Lee ; le chef-opérateur Nicolas Roeg (futur metteur en scène de NE VOUS RETOURNEZ PAS et L'HOMME QUI VENAIT D'AILLEURS) ; les acteurs Patrick Magee et Jane Asher.

Ce cycle Edgar Poe, qui s'étale de 1960 à 1964, assure la célébrité de son réalisateur, notamment en Europe. Il assoit aussi la réputation de Vincent Price comme un des plus grands comédiens du cinéma fantastique américain. Rappelons dans l'ordre de leurs sorties les titres de cette série : LA CHUTE DE LA MAISON USHER ; LA CHAMBRE DES TORTURES (d'après la nouvelle «Le puits et le pendule») ; L'ENTERRÉ VIVANT (le seul sans Vincent Price, d'après la nouvelle «L'enterrement prématuré») ; L'EMPIRE DE LA TERREUR (composé de trois sketchs) ; LE CORBEAU ; LA MALÉDICTION D'ARKHAM (un mélange du roman «L'affaire Charles Dexter Ward» de Lovecraft et du poème «Le palais hanté» de Poe) ; LE MASQUE DE LA MORT ROUGE ; LA TOMBE DE LIGEIA (d'après la nouvelle «Ligeia»).

LE MASQUE DE LA MORT ROUGE est une adaptation de la célèbre, mais très courte, nouvelle du même nom d'Edgar Allan Poe. Une partie de ce métrage adapte un autre récit de cet écrivain : «Hop Frog», qui narre la vengeance d'un nain humilié par de cruels aristocrates.

Pour LE MASQUE DE LA MORT ROUGE, Corman renouvelle l'esthétique de son cycle Poe. Le récit, situé en plein moyen-âge italien, tourne le dos à l'atmosphère gothique de LA CHUTE DE LA MAISON USHER, L'ENTERRÉ VIVANT ou LA MALÉDICTION D'ARKHAM. Nous retrouvons l'inspiration médiévale extravagante de LA CHAMBRE DES TORTURES ou du CORBEAU.

Pour LE MASQUE DE LA MORT ROUGE, Corman avoue l'influence des contes médiévaux du suédois Ingmar Bergman, comme LA SOURCE de 1960 et surtout LE SEPTIÈME SCEAU, au retentissement international. C'est à l'évidence LE SEPTIÈME SCEAU qui a le plus inspiré Corman. Un grand personnage énigmatique, vêtu d'une robe rouge, incarne la Mort et joue avec un jeu de tarot ; alors que dans LE SEPTIÈME SCEAU, la Mort joue aux échecs avec un chevalier dans une Europe ravagée par la peste.

Prospero, aristocrate intellectuel, raffiné et cruel, évoque plus un prince de la Renaissance toscane du XVème siècle qu'un seigneur du moyen-âge. Corman établit des rapprochements avec Sade (dans son château, Prospero organise des jeux cruels et pervers pour son divertissement, et il tente de corrompre la vertueuse paysanne Francesca). Nous pensons encore à Freud (avec une séquence onirique à la clé), à Nietzsche ("Ton Dieu est mort il y a longtemps !" clame Vincent Price) et même un peu à Marx (avec une lutte des classes marquée au début du film). Corman tente, avec une certaine ambition, de réconcilier un cinéma d'horreur d'essence populaire à un style de film plus auteurisant et «bourgeois».

Hélas... Le mélange ne prend pas bien. La faute à un scénario lent, mal fichu, mêlant confusément personnages et intrigues secondaires (Juliana, l'histoire de Hop Frog, les paysans). N'échappant pas au piège des lourdes allégories, avec sa Mort Rouge théâtrale et sentencieuse, le script assomme le spectateur en faisant réciter à Vincent Price de longs discours philosophiques prétentieux et naïfs. Certaines séquences flirtent avec la nullité absolue : ainsi, Juliana, au cours d'une transe évoquant une psychanalyse de bazar, s'imagine accrochée nue sur un autel tandis qu'un indien pré-colombien, un chinois, un zoulou et un prêtre égyptien la menacent de leurs longs couteaux dans des ralentis grotesques !

Le ballet des pestiférés est lui aussi risible. Visuellement, avec ses couleurs primaires vives et criardes, LE MASQUE DE LA MORT ROUGE paraît démodé, voire de mauvais goût (la succession de chambres monochromes). Néanmoins, certains décors impressionnent (l'escalier et ses chandeliers), et nous y voyons parfois un avant-goût de l'académie délirante de SUSPIRIA.

Certains passages s'avèrent réussis, avec une tension faisant défaut à l'ensemble du métrage. Il en est ainsi de la fuite de Francesca à travers les pièces et les couloirs du château, après qu'elle a découvert la chapelle sataniste. Sans être très original, ce passage est vraiment réussi. Le cruel jeu de la dague parvient à un certain suspense. Le récit inspiré par Hop Frog est mal inséré, mais convainc parce qu'il évite les lourdes prétentions philosophiques et démonstratives du reste du scénario.

Enfin, Vincent Price reste impérial dans le rôle du cruel Prospero. Grâce à sa performance, l'ensemble décousu du MASQUE DE LA MORT ROUGE garde une homogénéité. Nous l'admirons dans la scène de sa mort, au cours de laquelle l'aristocrate sûr de lui se décompose littéralement en prenant conscience de la vanité de ses certitudes.

LE MASQUE DE LA MORT ROUGE n'est pas une complète réussite, loin de là. Néanmoins, certaines séquences valent largement le coup d’œil, tout comme l'interprétation de Vincent Price. Après ce film, Roger Corman tourne, encore en Grande-Bretagne, LA TOMBE DE LIGEIA, dernier volet de son cycle consacré à Edgar Allan Poe.

Rédacteur : Emmanuel Denis
Photo Emmanuel Denis
Un parcours de cinéphile ma foi bien classique pour le petit Manolito, des fonds de culottes usés dans les cinémas de l'ouest parisiens à s'émerveiller devant les classiques de son temps, les Indiana Jones, Tron, Le Dragon du lac de feu, Le Secret de la pyramide... et surtout les Star Wars ! Premier Ecran fantastique à neuf ans pour Le retour du Jedi, premier Mad Movies avec Maximum Overdrive en couverture à treize ans, les vidéo clubs de quartier, les enregistrements de Canal +... Et un enthousiasme et une passion pour le cinéma fantastique sous toutes ses formes, dans toute sa diversité. S'il fallait faire mienne une maxime en la matière, je reprendrais (de mémoire !) une citation de Roman Polanski : «les personnes qui aiment vraiment le cinéma aiment le fantastique» !
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