Header Critique : CRUSH THE SKULL

Critique du film
CRUSH THE SKULL 2016

 

Un parcours quasi rêvé pour les auteurs de CRUSH THE SKULL. D'abord un court métrage vu par plus d'un millions de fois, une suite qui pose les jalons de ce projet Kickstarter réussi pour le passage en long métrage, puis les droits de vente…et une arrivée au marché du film de Cannes 2016 et une sortie DVD US pour commencer.

Ollie (Chris Dinh) et Blair (Katie Savoy), deux cambrioleurs aguerris décidant d'un dernier coup avant de se retirer définitivement. Tout ne se passe pas comme prévu et afin de s'acquitter d'une dette, ils sont obligés de cambrioler une autre maison, avec l'aide du frère de Blair (Chris Riedell) et son homme de main Riley (Tim Chiou). Ils tombent dans une maison trop simple d'accès : ils ne peuvent plus en sortir. Et qui semble l'antre d'un tueur en série qui torture et filme ses victimes.

Sur le papier et dans les prémices du film, il vient inexorablement à l'esprit un bon nombre de film à espace clos doublés de pièges et autres tortures qui ont fleuris sur nos écrans. Les pièces coulissantes viennent un peu de CUBE, le tueur en série qui torture et prévoit tout à l'avance, c'est SAW… et le sadique qui tend sa toile dans une maison pour jouer au chat et à la souris : THE COLLECTOR. Avec ces films qui ont marqué la fin du XXe et le début du XXIe siècle, difficile pour les fans de films de genre de ne pas faire le rapprochement et de flairer le meta-projet.

Pourtant, avec un budget infinitésimal, l'auteur/réalisateur Viet Nguyen va réussir un double coup. Celui de presque s'affranchir du difficile exercice de passage du court au long métrage. et celui de proposer un espace différent que du torture porn qui pointait le bout de son nez. Il faudra passer une première partie maladroite, avec son cambriolage qui tourne mal, virant à la comédie adultérine poussive et ses gags à la Labiche de l'amant dans le placard. Deux morts et ce ratage plus tard, rencontre du frère loser et de son acolyte gros muscles. On sent aussi le foirage couru d'avance pour un cambriolage trop facile. Dès lors, Nuguyen pose les jalons : CRUSH THE SKULL opère un croisement entre comédie, thriller et horreur.

En fait, dès la mise en situation des quatre personnages dans la maison piégée, le film ne lâchera plus la pression. Et cela donne à voir un des films d'horreur récent les plus amusants, intelligemment écrit et dialogué qu'il ait té donné de voir récemment. S'affranchissant sans peine de ses illustres prédécesseurs pour offrir une série B certes cheap, mais qui navigue de retournements de situations en affrontements verbaux et physiques des plus plaisants.

CRUSH THE SKULL offre par la même occasion des héros inhabituels : très rare de voir des asiatiques-américians comme premier et second rôle. Chris Dinh (ici co-scénariste par la même occasion) a ce qu'il faut de charisme, de punch et d'ambiguïté pour porter le film sur ses épaules. le sidekick Tim Chiou offre lui une soupape de sécurité, oscillant entre ridicule et pathétique presqu'attachant. Il se prend carrément pour un gangster black, chaine en or, démarche et langage à l'appui - tout en lâchant à l'orée d'un tunnel que les premiers à partir dans un film d'horreur sont les blacks… et se révélant une vraie poule mouillée au final.

Les dialogues évitent les sempiternels stéréotypes du « il y a quelqu'un? » à l'arrivée dans une pièce plongée dans les semi-ténèbres. En fait, CRUSH THE SKULL joue quelque peu avec les conventions du genre, sans pour autant s'en moquer ouvertement. Le récit se moque tout autant de ses personnages quelque peu losers que des situations en vase clos… qui s'ouvrent sur un vaste programme de portes coulissantes et autres recoins cachés. Qui révèlent en l'occurence Vivian (Lauren Reeder) une des victimes enfermée dans un cage en verre. Torturée, probablement violée depuis plusieurs mois, elle offre une possibilité de clé de sortie…ou d'enfermement supplémentaire.

Le tueur arrive relativement tard dans le récit et Walter Michael Bost, reprenant son rôle des courts-métrages, menaçant à souhait, offre une digression intéressante. Aérant le récit avec l'arrivée inopinée d'un nouveau personnage - quelque peu faisandé il faut le dire. Mais le dernier tiers précipité un lot de twists finalement bien vus. A noter que l'explication du titre du film se trouve dans les dernières secondes du film.

CRUSH THE SKULL s'avère une assez bonne surprise. Pétri d'humour noir sans punchline à la con, au rythme trépidant, il en ferait presque oublier le manque de budget et de soin technique ressenti par instants. Les effets de shakycam, ça suffit! Quelques éclats gore ponctuent une action qui se relâche très peu, maintenant un sens labyrinthique pas désagréable au récit. On sent les efforts pour maintenir tout cela à flot. Même si CRUSH THE SKULL ne possède pas la qualité de l'originalité, il laisse émerger celui de l'efficacité. pas si mal par les temps qui courent.

Rédacteur : Francis Barbier
Photo Francis Barbier
Dévoreur de scènes scandinaves et nordiques - sanguinolentes ou pas -, dégustateur de bisseries italiennes finement ciselées ou grossièrement lâchées sur pellicule, amateur de films en formats larges et 70mm en tous genres, avec une louche d'horreur sociale britannique, une lampée d'Albert Pyun (avant 2000), une fourchettée de Lamberto Bava (forever) et un soupçon de David DeCoteau (quand il se bouge). Sans reprendre des plats concoctés par William Friedkin pour ne pas risquer l'indigestion.
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