Header Critique : WITHOUT WARNING (WARNING : TERREUR EXTRA TERRESTRE)

Critique du film et du Blu-ray Zone A
WITHOUT WARNING 1980

WARNING : TERREUR EXTRA-TERRESTRE 

Quatre jeunes décident de passer du bon temps au bord d'un lac. Bien mal leur en prend, surtout après avoir refusé d'écouter les avertissements d'un chasseur reclus nommé Joe Taylor(Jack Palance). En effet, deux d'entres eux sont attaqués par de voraces créatures volantes pendant que les deux autres, voyant des corps suspendus dans une vieille cabane, partent chercher de l'aide. Cette petite portion d'Amérique est en fait le terrain de jeu d'un extra-terrestre venu chasser sur Terre.

L'inoxydable Greydon Clark (THE RETURN, mais aussi LE CLANDESTIN ou encore SKINHEADS) tombe sur le scénario proposé par Daniel Grodnik. Lui-même ayant retouché la bête après que le scénariste original, Bennett Tramer (auteur de SAUVES PAR LE GONG !) ait refusé de le terminer pour écrire des comédies. Clark prend les choses en mains, procède à la réécriture de l'ensemble et réussit à réunir la somme mirifique de 150.000 dollars. Plus de la moitié va au salaire des deux comédiens principaux, Martin Landau (COSMOS 1999, LA MORT AUX TROUSSES) et Jack Palance (ATTAQUE, LE JARDIN DES TORTURES, BAGDAD CAFE entre autres plus de 120 films). Ce qui donne une idée précise de comment a pu se dérouler les trois semaines de tournages de WITHOUT WARNING, sorti chez nous sous le titre accrocheur de TERREUR EXTRA-TERRESTRE. Tourné fin 1979, sorti l'année suivante aux USA et le 26 novembre 1980 chez nous, ce film fit les beaux jours des vidéoclubs dans les années 80 avant de disparaitre corps et bien de toute possibilité de visionnage dans de bonnes conditions. Heureusement pour nous, cinéphiles bisseux dans l'âme, MGM détient les droits du film et avait réalisé un transfert HD pour la diffusion sur la défunte chaine TV Monsters HD aux Etats-Unis. Et la firme américaine Shout!, spécialisée dans les éditions de luxe de films de genre, a mis la main dessus pour sortir (enfin) la version intégrale du film.

On l'aura peut-être oublié mais TERREUR EXTRA-TERRESTRE s'avère ni plus ni moins que la première version de PREDATOR. Eh oui, avec son alien qui s'établit sur terre pour chasser de l'humain et ramener des trophées, son chasseur (Jack Palance) qui s'attaque directement à la bête (donc le rôle de Schwarzie). La ressemblance s'arrête là, car les ambitions de Clark ne peuvent aller au bout d'un budget infinitésimal. Bien que la mise en image, extrêmement soignée, donne au spectateur bien plus que pour son argent. Avec une caméra extrêmement mobile via une steadycam en perpétuel mouvement, le film s'élève au-dessus du lot des films à la caméra vissée sur trépied. On peut penser ce qu'on veut de Clark, mais il possède un indéniable flair pour donner à son film toutes les chances de paraitre plus riche à l'écran! A l'instar des références repérables dans THE RETURN, Greydon Clark y va de son petit clin d'oeil. Du côté d'Hitchcock, rien de moins. On pourra voir les animaux empaillés chez Jack Palance comme un hommage à PSYCHOSE... sentiment renforcé par la scène à la 82e minute avec la lumière oscillante, pointant directement là aussi vers le film avec Anthony Perkins.

Le scénario fait de bric et de broc evite malgré tout les écueils où bon nombre de longs-métrages de l'époque (ou actuels) foncent droit dedans. Les héros... sont en fait des cinquantennaires vieillissant. Malgré quatre teenagers en goguette, le couple Palance/Landau crève l'écran. On a aura bien droit aux deux jeunes qui finiront mal du fait de leur escapade forestière, mais pas de stupide règle de slasher avec sa cargaison de jeunes idiots à trucider. WITHOUT WARNING dirige soigneusement sa narration vers autre chose. Et les jeunes héros virginaux n'y trouveront pas forcément leur compte non plus!

L'autre gros atout du film : son casting. Voir des vétérans à la carrière aussi vaste que Jack Palance et Martin Landau, mais aussi des Neville Brand (LE CROCODILE DE LA MORT), Ralph Meeker (EN QUATRIEME VITESSE, BRANNIGAN) dont ce fut le dernier film, Sue Ann Langdon (L'HOMME A TOUT FAIRE, LE MORS AUX DENTS), Cameron Mitchell (6 FEMMES POUR L'ASSASSIN, LA RUEE DES VIKINGS) faire face à de tous jeunes acteurs frais émoulus... dont un jeunot David Caruso. C'est un vrai bonheur. Et Clark savait qu'en donnant la main à de vrais acteurs expérimentés, son film pouvait prendre de l'ampleur. Exactement ce qu'on voit à l'écran. Palance impose sa stature, son phrasé, son regard félin et donne à son personnage de chasseur une crédibilité qui force le respect. Oui, on est en pleine série B sans argent, mais il se donne à fond. Certains auront reproché à Martin Landau, un vrai “method actor” à l'ancienne, d'être en roue libre dans son rôle de vétéran du Vietnam qui perd la boule. Clark avait compris qu'il fallait une perte graduelle de ses moyens, ce qu'il imprime dès sa première apparition. Un vrai chien fou, doté hélas de dialogues benêts dont un mémorable "les Aliens ne sont pas des humains, vous savez". Qu'importe, il donne une épaisseur inattendue à ce WITHOUT WARNING. Et la magie du Blu-ray apporte ce qu'il faut de qualité visuelle pour s'étonner malgré tout du métier qu'on voit le long des 97 minutes. On terminera par Kevin Peter Hall. On ne voit jamais son visage, mais il joue le gigantesque extra-terrestre qui sème la terreur. Un hasard ne venant jamais seul, et comme le scénario apparait être le canevas de PREDATOR, ce fut K.P Hall qui finit par jouer la créature dans le PREDATOR en question en 1987 !

Après, il appartient à chacun de voir ce qu'il a envie de voir. Indéniable : WITHOUT WARNING (TERREUR EXTRA-TERRESTRE) reste une série B tendance Z pur jus, produit du cinéma d'exploitation américain de la fin des années 70. Tournage commando, indépendante d'esprit et qui tente de creuser son sillon le plus rouge sang possible. A noter d'ailleurs que la tête de la créature a été élaborée par Rick Baker pour seulement 1250 dollars et dans sa cuisine, selon Daniel Grodnik! Ce qui servira à la récolte des fonds nécessaires pour le tournage. Une anecdote parmi d'autres, mais qui en dit long sur le côté pionnier Bis de ce type de longs-métrages. En fonction de vos critères personnels (et de l'âge des spectateurs) , les commentaires oscilleront entre le précieux nanar, la série B vitale au genre, le truc improbable, un O.F.N.I... Cet opus de science-fiction horrifique de Greydon Clark se situe très probablement au milieu de tout cela. Mais il s'agit avant tout d'une survivance de manière de filmer, de tout réaliser in situ devant la caméra pour les effets spéciaux (voir en post-production dans le garage de Clark pour les gros plans gore !). Bref, l'énergie à toute épreuve, quitte à sacrifier à la crédibilité par moments.

Le Blu-ray hélas zoné A sorti chez Shout! Factory s'avère une édition de référence. Il sera très difficile pour quiconque a les moyens de se payer les droits chez MGM et qui se risquerait à sortir le film d'égaler le niveau de qualité et la diversité des bonus présents ici. S'agissant d'un combo Blu Ray et DVD, si vous ne possédez pas de lecteur Blu-ray, la version DVD (en Dolby Digital Mono pour la piste sonore) s'offre à vous. Et, bien sûr, le DVD au format 1.85:1 avec transfert 16/9 est codé en Zone 1.

Le nouveau master HD présente le film dans son format d'origine 1.85:1 et avec une piste sonore anglaise non compressée en DTS HD Master Audio 2.0 (mono). Le résultat est saisissant. Oubliez vos vieux souvenirs de la sublime VHS française, sombre et crapoteuse. Non seulement Shout! a effectué un travail spectaculaire en terme de rendu, mais il est donné aussi pour la première fois la possibilité de voir le film dans ce qui est annoncé comme le “Director's cut”, d'une durée totale de 96 minutes et 44 secondes (96 minutes et 36 secondes hors logo MGM) sur 12 chapitres. Comme le précise Greydon Clark dans le commentaire audio, plusieurs scènes avaient été excisées par le distributeur américain (dont celle du lynx pendu, celle des toilettes au début du film où Tarah Nutter rencontre Martin Landau), voire ayant disparu dans plusieurs sorties internationales comme la scène avec les scouts.

Le master HD, encodé en AVC, 24i/s et 1080p, laisse clairement apparaitre le splendide travail de restauration et de la photographie élaborée par Dean Cundey. Les scènes nocturnes jaillissent littéralement de l'écran, et les diverses sources de lumière, jeux de clair/obscur, profondeur de champ – notamment sur la confrontation finale- dénotent un vrai soin malgré les restrictions budgétaires intenses. Pas de poussière à l'horizon, aucune griffure, l'image est stable, voire s'approchant du parfait pour ce type de produit tourné à l'économie. Un sentiment étrange, cependant : ce trop-plein de perfection trahit quelque peu une utilisation de réduction de bruit. Comme si le grain initial de la pellicule avait par instants été occulté. Cecí se remarque surtout sur la première partie du film, se passant principalement en lumière de jour. Mais la finesse des détails des disques volants, notamment sur leur fluorescence nocturne, donne le la sur l'aspect qualitatif de l'ensemble. On pourra chipoter sur quelques moments de contrastes un peu boueux sur certains moments nocturnes, mais rien de bien grave. Des couleurs naturelles alliées à une définition limpide, aux contours des personnages (très visible en gros plan!) et teintes de peau réalistes complètent le tout. Le travail effectué apporte beaucoup à l'appréciation qu'on peut porter au film!

Pour le son, une unique piste sonore anglaise se révélant agréable à l'oreille. Pas de saturation, mais une juste répartition des sons, dialogues et effets de bruitages le long du film. Chaque son se détache parfaitement, mettant aussi bien en avant la partition de Dan Wyman – parfois ergotante et abonnée aux trifouillis cheap électroniques made fin 70's -, que l'environnement sonore de la forêt dans les scènes de poursuite.

La spécialité des éditions Shout! demeure sa profusion de bonus réalisés pour l'occasion, tous en HD. Et WITHOUT WARNING ne déroge pas à la règle, bien loin de là. On regrette quand même qu'aucun message ne précise qu'il faille voir l'ensemble des segments après avoir vu le film tant ils contiennent de nombreuses révélations.

Tout d'abord un long entretien croisé entre Tarah Nutter et Christopher S. Nelson qui reviennent sur leur casting et les conditions de tournage du film. Assez typique de certaines actrices ayant oeuvré dans du Bis, Tarah Nutter semble surprise du culte que le film développa. Bien qu'elle pensa que le film sombrerait à jamais dans l'oubli – et que personne ne sut qu'elle fut dedans. Christopher S. Nelson se veut plus ouvert, plus nostalgique de l'époque mais surtout d'une reconnaissance solide envers le tournage, le réalisateur et le métier des acteurs. Un vrai respect du travail effectué, même dans des conditions extrêmes. L'entretien avec le spécialiste des effets spéciaux Greg Cannom tourne relativement à vide, hélas. Quelques infos intéressantes mais son lot de répétitions. On apprendra pas grand chose de plus. Ce qui n'est pas le cas de l'entretien avec le co-scénariste/co-producteur Daniel Grodnik qui donne un point de vue sacrément plus intéressant sur le processus créatif du scénario et du produit. Daniel Grodnik, on le connait bien : un producteur émérite qui a travaillé sur VENGEANCE AVEUGLE, producteur exécutif du MONSTRE DU TRAIN et MAX LE MEILLEUR AMI DE L'HOMME. Mais qui a aussi commis l'irréparable en réalisant l'infâme BLUE DEMON. Donc quelqu'un avec de la bouteille, du recul et du métier : ce qu'il raconte est passionnant!

Pour continuer, un morceau de choix : l'intervention du directeur photo Dean Cundey. Précise, bourrée de détails, il est très à l'aise pour parler de ce tournage ayant eu lieu juste après celui d'HALLOWEEN. Soucieux de pouvoir travailler sur des projets plus importants, il a néanmoins accepté de tourner une 4e fois pour Clark, homme qui lui a mis le pied à l'étrier. Respect. D'autant que son travail transfigure le film. Bref, un bonus indispensable.

Enfin, les plus accrocs auront à coeur d'écouter le commentaire audio de Greydon Clark. Après celui effectué pour THE RETURN, le réalisateur vétéran s'acquitte du job haut la main. Toujours drôle, précis, référentiel et conscient de ce qu'il tourne. Une mot à la bouche: les spectateurs. C'est ce qui le motive, clairement. Travailler pour les spectateurs, élaborer le suspens, construire les relations entre les personnages. C'est d'ailleurs ce qui étonne en l'écoutant : une si petite production tournée à l'énergie requiert une préparation et une réflexion narrative plus importante que nos yeux condescendants peuvent avoir. Un exercice là aussi captivant, sur une méthode de faire du cinéma éclipsée aujourd'hui. Qu'il s'agisse des lieux de tournage identique à un autre film (ANGEL'S BRIGADE) ou d'anecdotes de tournage, Clark n'a pas son pareil pour tenir la totalité du long métrage. Un témoignage donc essentiel! Le tout arrosé de films annonce d'origine, d'une galerie potos et des autres sorties de chez Shout! – tous en 1080p.

Vous l'aurez deviné : WITHOUT WARNING reste avant tout une série B fauchée plus qu'une pierre d'angle au patrimoine cinématographique mondial. Justement, sa force vient de là : le pourquoi de sa survivance dans les esprits des cinéphiles plus curieux. Et son statut de film-culte, du plus à sa rareté qu'à ses qualités intrinsèques. Qu'importe : Shout! a privilégié cet esprit Bis pour donner au film une seconde vie. Formidable produit aux ressources bien ciblées, ce Blu-ray de WITHOUT WARNING est bien l'édition définitive que tout amateur de Bis se doit de posséder. Certes, il faut être anglophone car aucune option francophone ne pointe le bout de son nez. Pour les bonus, la galette n'offre aucune option de sous-titre, même anglais. Seul le film propose cette option qui permettra à ceux qui ne comprennent pas parfaitement l'anglais de se raccrocher au texte.

Shout! Factory ne s'intéresse donc pas au marché francophone contrairement à Blue Underground. Bien dommage ! Mais avec sa version intégrale et son déluge de bonus, difficile de résister à ce produit élaboré de la juste manière !

Rédacteur : Francis Barbier
Photo Francis Barbier
Dévoreur de scènes scandinaves et nordiques - sanguinolentes ou pas -, dégustateur de bisseries italiennes finement ciselées ou grossièrement lâchées sur pellicule, amateur de films en formats larges et 70mm en tous genres, avec une louche d'horreur sociale britannique, une lampée d'Albert Pyun (avant 2000), une fourchettée de Lamberto Bava (forever) et un soupçon de David DeCoteau (quand il se bouge). Sans reprendre des plats concoctés par William Friedkin pour ne pas risquer l'indigestion.
55 ans
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Une version enfin complète (et approuvée par son réalisateur)
Des bonus riches
Une série B qui passe allègrement le cap des années à la vue du beau transfert HD !
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L'édition vidéo
WITHOUT WARNING Blu-ray Zone A (USA)
Editeur
Shout
Support
Blu-Ray (Double couche)
Origine
USA (Zone A)
Date de Sortie
Durée
1h37
Image
1.85 (16/9)
Audio
English DTS Master Audio Mono
Sous-titrage
  • Anglais
  • Supplements
    • Commentaire audio de Greydon Clark
    • Greg and sandy's Alien Adventure (20mn44)
    • Independents Day : Dean Cundey (15mn05)
    • Aliens vs producers : Daniel Grodnik (11mn24)
    • Hunter's Blood avec Greg Cannom (5mn56)
    • Galerie Photos (3mn53)
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