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Critique du film
LAST DAYS ON MARS, THE 2013

 

Sur Mars, une équipe de chercheurs découvre par inadvertance un mystérieux organisme qui transforme les humains en sorte de zombies. Le premier infecté revient à la base et tente d'y pénétrer. La résistance commence.

Mars est une planète très visitée par le cinéma. Seuil de nombreux fantasmes terriens et signification politique bien marquée aux USA dans les années 50. Cela donne des séries B médiocrissimes (MARS NEEDS WOMEN) ou très réussies (LES ENVAHISSEURS DE LA PLANETE ROUGE). Plus récemment, Mars n'a pas eu trop de chance en enchainant des métrages comme L'INVASION VIENT DE MARS, MISSION TO MARS, STRANDED, MARS NEEDS MOMS, JOHN CARTER... qui ont tous comme dénominateurs communs d'avoir été des échecs (publics et/ou critiques) plus ou moins importants. Et ça n'est pas avec LAST DAYS ON MARS que cela va changer.

Ce film de science-fiction fit ses premiers pas publics à la Quinzaine des Réalisateurs du Festival de Cannes 2013 sous la bannière Focus Features, la branche «auteur» d'Universal. Après avoir vu le film, on se demande encore comment le film a pu atterrir là. Enorme frustration de constater que les espoirs fondés sur un réalisateur à potentiel, à constater sur ses courts métrages et un temps pressenti pour réaliser la version "live" d'AKIRA, soient au service d'un film aussi quelconque. Qui plus est mené de manière balisée, prévisible même si léché visuellement parlant. Car on assiste à un best of de tout les récents films se déroulant sur Mars, voire d'autres planètes, a pu offrir aux spectateurs.

Si le scénario est basé sur la nouvelle "The Animators" écrit par Sydney Bounds, le traitement offre une saveur venue d'ailleurs. On retrouve ainsi pêle-mêle la structure d'ALIEN, les thèmes brassés dans le PLANETE ROUGE d'Antony Hoffman, les zombies louchent cruellement sur le GHOSTS OF MARS de John Carpenter avec des accents de THE THING, une pincée d'APOLLO 18, une cuillerée de PLANETE HURLANTE... On ressent les influences du récent PROMETHEUS. On poussera même le vice de nommer LEVIATHAN (déjà un rip-off d'ALIEN), avec son groupe similaire en train de finir sa mission avant de de repartir sur Terre avec une scène qui semble provenir directement du film de George Pan Cosmatos : là où le «rebelle» Daniel Stern se hasarde seul et tombe dans une fosse, pour découvrir finalement le moteur du récit. Il se passe exactement la même chose ici via le personnage joué par Goran «rebelle» Kostic. Ce sera en fonction des humeurs et des connaissances de chacun de faire le point sur les emprunts d'œuvres précédentes. LAST DAYS ON MARS tente désespérément de trouver un chemin bien à lui. Mais il emprunte tellement de routes déjà pratiquées par d'autres qu'il échoue complètement dans sa tentative d'originalité.

Alors, oui, le film possède quelques atouts. Le tournage en Jordanie donne au format Scope, tourné en 35mm et superbement utilisé, de splendides moments d'immensité à couper le souffle. Comme il y a du budget, les décors de la station, costumes, véhicules donnent le change et de l'ampleur. Remarquables, les effets spéciaux versent dans le Space Opera au début et à la fin du film. Il y a des noms connus au générique : Liev Schreiber, Olivia Williams sont des noms reconnaissables, quoiqu'ils s'acquittent de leur tâche de manière mécanique et attendue. Pour le cinéphile émérite, il y a surtout Elias Koteas, aussi à l'aise chez Atom Egoyan (pour EXOTICA ou THE ADJUSTER, entre autres) que dans LES TORTUES NINJA ou SHOOTER. Et hélas comme d'habitude, il se trouve relégué aux utilités. Un peu comme le scénario rapiécé qui fait mal aux yeux à force de clichés balancés à la figure.

Malheureusement, le traitement réservé aux élucubrations scénaristiques est d'un sérieux papal. On joue avec la race humaine, les gars, là. Et, pas de chance, le film ne fait ni peur, ni rien. La bactérie ne procure aucun suspense, ça transforme inévitablement en taré psychopathe zombifié grisâtre qui ne terrifient en rien les spectateurs impassibles. Pire encore, le réalisateur évite soigneusement tout bain de sang afin de rendre le film accessible à une plus large audience qui en a vu bien d'autres et ce de manière largement plus tétanisante. A bien y réfléchir, Ruairi Robinson ne possède aucun sens véritable de la mécanique de la peur, malgré les effets de caméra et les inévitables créatures surgissant du noir pour faire sursauter quiconque ne s'est pas déjà assoupi.

LAST DAYS ON MARS n'avait rien à faire à la Quinzaine des Réalisateurs et sa sortie sera très probablement vouée à l'échec. Car il s'agit simplement d'une série B de luxe qui arrive avec vingt ans de retard. Là où MOON de Duncan Jones prouvait la possibilité d'une approche néo-minimaliste science-fictionnelle novatrice, Ruairi Robinson donne une œuvre au contexte de base ambitieux... mais finissant en produit vidéo pour le SyFy Channel gonflé de manière incompréhensible aux stéroïdes financiers. L'aspect visuel magnifique ne fait pas pardonner une histoire et un environnement stéréotypés à l'extrême. Une satisfaction, néanmoins : LAST DAYS ON MARS ne dure que 91 minutes. L'ennui reste court.

Rédacteur : Francis Barbier
Photo Francis Barbier
Dévoreur de scènes scandinaves et nordiques - sanguinolentes ou pas -, dégustateur de bisseries italiennes finement ciselées ou grossièrement lâchées sur pellicule, amateur de films en formats larges et 70mm en tous genres, avec une louche d'horreur sociale britannique, une lampée d'Albert Pyun (avant 2000), une fourchettée de Lamberto Bava (forever) et un soupçon de David DeCoteau (quand il se bouge). Sans reprendre des plats concoctés par William Friedkin pour ne pas risquer l'indigestion.
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