Header Critique : BETES DU SUD SAUVAGE, LES (BEASTS OF THE SOUTHERN WILD)

Critique du film
LES BETES DU SUD SAUVAGE 2012

BEASTS OF THE SOUTHERN WILD 

A la suite d'une violente tempête qui ravage un bayou de la Louisiane, la jeune Hushpuppy (Quvenzhané Wallis) et soń père malade (Dwight Henry) partent à la recherche de survivants. Pendant ce temps, la calotte glaciaire du Pôle Sud fond et relâche des aurochs préhistoriques en marche vers le monde fantasmagorique et pauvre de Hushpuppy.

Lorsqu'un film se retrouve bardé de prix à travers le monde, c'est au choix rassurant, suspect ou bien cela sent la stratégie de communication a plein nez de manière à vendre le film. LES BETES DU SUD SAUVAGE regroupe un peu ces trois options. Camera d'or à Cannes en 2012, Grand Prix du Festival de Deauville (si cela veut vraiment dire quelque chose...), primé à Sundance, ce film sorti de nulle part possède indéniablement une personnalité bien à lui.

La jeune Quvenzhané Wallis, seulement 5 ans, choisie sur près de 5000 enfants (dixit le distributeur) se révèle époustouflante de naturel, de candeur et de force enfantine insoupçonnée. Cela tient même du miracle car on se demande même comment le réalisateur Bent Zeitlin a pu la diriger dans des scènes aussi épouvantables de noirceur et de violence. Elle traverse le film, allègre et les yeux ouverts sur un monde évident mais incompréhensible à nos yeux. Elle semble parler le langage des animaux écoute leur battement de coeur ainsi que la vie qui circule dans la moindre feuille, connait l'arrivée de la mort dans le coeur des malades...

Cette description fantasmatique se noie dans un quotidien moribond d'un bayou de Louisiane. Sa mère a quitté le foyer très tôt et son père, entre folie douce et maladie, tente de la préparer maladroitement et violemment à l'inéluctable. Ils évoluent dans un simili-bidonville en bordure d'une digue les séparant d´un monde industriel dont ils veulent rester en marge. Cette communauté vit au milieu de la crasse, des beuveries et de maisons abandonnées. Une vie quotidienne très loin du rêve américain qu'on nous survend à longueur de temps. Mais des gens pauvres apparemment heureux, vivant salement et contents de l'être. Une institutrice qui enseigne a grandes bordées d'injures et en décryptant des tatouages sur sa cuisse. Une Amérique que le commun des mortels n'a pas forcément envie de connaitre.

Le film reste essentiellement sur la relation assez particulière entre le père et sa fille. Une fillette qui a grandi trop vite, assistant impuissante à une folie paternelle qui semble impertubale mais, quelque part, maîtrisée. Lorsqu'il sort au beau milieu de la tempête armé d'un fusil, qu'il tire en direction du ciel pour la dominer, on se dit qu'il a quelque chose qui ne tourne pas rond. Mais quoi ? L'enfance de Hushpuppy est rude, entres absences et peurs enfantines, apprentissage de la pêche et de l'ouverture des crabes à la dure. Mais il existe au-delà des apparences une infinie tendresse entre eux deux, régie par des codes qu'eux seuls peuvent comprendre. Comme ce refus de se faire sauver par des autorités évacuant le bayou en train de mourir.

Ceci posé, le film reste malgré tout singulièrement agacant dans sa mise en image. Le cadre tremblote durant la quasi totalité du métrage, même dans ses travellings. Il y a même une complaisance dans le crade et la misère qui frise l'indécence. Son refus de faire une oeuvre correspondant aux canons des majors provoque régulièrement l'effet inverse. On comprend ce que l'auteur veut faire, mais trainer sa camera sur des cadavres aux viscères exposés, sur des personnes âgées aux traits immondes baignant dans leur alcool et dans leurs habitat en ruine, même pour tenter d'en faire ressortir leur force communautaire... Cela ne marche pas. Si le destin de Hushpuppy est extraordinaire via un recit picaresque, son odyssée se terminant dans un bordel flottant semble logique, car on pense secrètement qu'il ne manquait plus que cela.

Enfin, la symbolique s'avère toute aussi lourde que les aurochs en furie. Entre les Quatre Cavaliers de l'Apocalypse ou la mort approchant le monde en voie d'extinction d'Hushpuppy, leur incarnation n'échappe pas à la parabole du déclin. Le dernier plan est superbe d'envie de vivre et de liberté... Mais terriblement démonstratif. LES BETES DU SUD SAUVAGE s'avère parfaitement calibré pour un festival comme Sundance et la saison des récompenses en tous genres.

On sera gentil sur le look des aurochs, sorte de cochons sauvages affublés de tapis de poils noirâtres et de deux cornes. Quelques effets numériques joliment insérés (leur avancée dans la rivière) et une destruction de village qu'une Gamera millésimée 1966 n'aurait pas renié. S'ajoute quelques gros plans litigieux naviguant entre Nu Image et The Asylum. Mais bon, on est dans un film indé qui parabole a fond. On mettra ça sur le compte du conte. Reste un métrage au récit hors du temps, suivant une démarche trop évidente mais qui sera, peut être, une excellente idée de contre-programmation lors de sa sortie dans les salles française face à l'offensive attendue de Tolkien.

Rédacteur : Francis Barbier
Photo Francis Barbier
Dévoreur de scènes scandinaves et nordiques - sanguinolentes ou pas -, dégustateur de bisseries italiennes finement ciselées ou grossièrement lâchées sur pellicule, amateur de films en formats larges et 70mm en tous genres, avec une louche d'horreur sociale britannique, une lampée d'Albert Pyun (avant 2000), une fourchettée de Lamberto Bava (forever) et un soupçon de David DeCoteau (quand il se bouge). Sans reprendre des plats concoctés par William Friedkin pour ne pas risquer l'indigestion.
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