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Critique du film et du DVD Zone 2
LITAN : LA CITE DES SPECTRES VERTS 1981

 

La carrière de l'iconoclaste Jean-Pierre Mocky se distingue surtout par de nombreuses comédies acerbes (parmi lesquelles UN DROLE DE PAROISSIEN ou LES COMPAGNONS DE LA MARGUERITE) et, dans une moindre mesure, le cinéma policier. Sa filmographie pléthorique croise aussi par deux fois les routes de l'étrange et du fantastique. Il signe ainsi LA GRANDE FROUSSE en 1964, une intéressante adaptation du roman La Cité de l'Indicible Peur de Jean Ray, dans laquelle Bourvil enquête à propos d'un monstre qui terrorise un village. Sa seconde tentative s'appelle LITAN, basé sur un sujet original.

Des souvenirs d'enfance, liés à sa famille venue d'Europe de l'Est, et, plus particulièrement, l'ambiance de certains carnavals traditionnels inspirent l'idée originale de LITAN à Jean-Pierre Mocky. Pour l'écrire, il s'associe avec des spécialistes du fantastique, tels l'écrivain Scott Baker ou le journaliste cinéphile Jean-Claude Romer, bien connu de nos lecteurs pour nous avoir accordé un substantiel entretien il y a quelques années.

Un tournage est annoncé dans les Ardennes, mais l'Ardèche accueille finalement l'équipe. Acteur de longue date (par exemple dans LA TETE CONTRE LES MURS de Georges Franju), Jean-Pierre Mocky tient le rôle principal aux côté de Marie-José Nat. LITAN offre le rôle d'un savant insolite au chanteur Nino Ferrer, qui compose également la musique originale. Quelques trognes familières du cinéma français répondent encore à l'appel, comme Dominique Zardi ou Jean Abeillé !

Réveillé par un cauchemar, Nora, une artisane vivant dans la petite ville de Litan, part à la recherche de son compagnon Jock, géologue en mission aux Roches Noires. Ce jour-ci, la population fête les morts au gré d'un carnaval macabre prenant un tour de plus en plus insolite...

En effet, la fête (imaginaire) de la Saint-Litan donne à ce film toute sa singularité. Il s'agit d'un métrage d'ambiance, avec ce matin baigné de pluie lourde et de brume opaque, tandis que des masques de morts et de sorcières arpentent les rues étroites. Plongeant ses racines dans des traditions populaires très européennes, cette peinture d'une ville bizarre emporte avec facilité le spectateur dans un défilé de fous, de musiciens aux masques d'argent, dans le cadre très bien exploité de la ville d'Annonay, aux architectures décrépis et étonnantes. En tant que cinéma d'atmosphère, dès les premières minutes du métrage, il est évident que LITAN s'avère une réussite, peuplée d'images insolites, nombreuses et marquantes.

Pourtant, il souffre de faiblesses à divers postes. Sa facture paraît inégale et bâclée, certains passages n'échappant pas au ridicule, telle cette courte scène de bagarre où Jean-Pierre Mocky se voit doublé par un cascadeur surexcité. L'interprétation se montre très inégale, le trait peut être grossier lorsqu'il s'agit de mettre en place les habitants du village. Surtout, l'écriture laisse plus qu'à désirer, avec des passages d'intérêt très variable, un propos confus dans la succession des événement. Tout ce qui tourne autour du personnage joué par Nino Ferrer reste bien brumeux. Cela étant dit, d'autres films à la narration opaque savent s'imposer comme des classiques du fantastique : citons VAMPYR ou VALERIE AU PAYS DES MERVEILLES, autres aventures confrontant leurs protagonistes à des villes étranges. Mais, contrairement à un LITAN plus brouillon, leurs qualités visuelles et cinématographiques balaient toute réserve.

Il convient toutefois de ne pas jeter le bébé avec l'eau du bain et de souligner que, loin d'être une oeuvre creuse ou une redite d'un sujet banal, LITAN décline des thèmes du fantastique avec singularité. Au cours du carnaval, les esprits des morts (dérangés par les fouilles géologiques?) s'échappent du cimetière pour aller en ville, prenant possession des vivants ou les éliminant physiquement. Nous sommes pourtant loin d'une classique histoire de fantômes ou de zombies car Jean-Pierre Mocky donne à son récit des tonalités mystiques et mélancoliques inattendues, bien plus approfondies que la moyenne.

Voici donc un film qui laisse désemparé, multipliant les idées et images fascinantes, trouvant d'emblée le ton juste pour narrer son récit hors du commun, mais aussi inégal, bâclé ou confus par certains aspects. Porté par la fragilité de Marie-José Nat, l'actrice sachant vraiment être le coeur du métrage, LITAN aurait pu être un grand film planant sans sa facture irrégulière. Il n'en reste pas moins une curiosité riche d'intérêt pour les amateurs d'un fantastique cent pour cent français, sachant sortir des sentiers trop rabattus du cinéma anglo-saxon qui domine le domaine.

A sa sortie, il récolte le Prix de la Critique à Avoriaz, le Grand Prix allant à MAD MAX 2 cette année là, mais LITAN y est présenté devant une audience qui le chahute. La sortie en salle ne trouve pas non plus le public, pas plus que sa distribution en vidéo (qui se fera sous le titre LES VOLEURS DE VISAGE). Jean-Pierre Mocky se remet d'aplomb avec le succès de Y A-T-IL UN FRANCAIS DANS LA SALLE ? peu après, mais LITAN reste un film un peu maudit dans sa filmographie, devenu difficile à voir jusqu'à sa sortie en DVD français, en 2005 chez Pathé, disque chroniqué ici.

Ce DVD propose une copie 1.66 (16/9) appréciable par sa propreté et sa stabilité globale, à la hauteur d'un télécinéma récent. Toutefois, sa résolution se montre la plupart du temps assez moyenne, comme simplifiée, et certains passages, en particulier tout le début dans la brume, donne du fil à retordre à la compression. Sans être irréprochable, il s'agit tout de même d'une copie convenable.

La bande son est proposée en mono, codée sur deux canaux, dans sa version originale française. Le mixage s'avère assez artificiel, les dialogues de LITAN semblant entièrement postsynchronisé, mais la bande son fait globalement bien son office, en particulier dans la restitution de la musique de Nino Ferrer, laquelle rappelle parfois celle de Fabio Frizzi pour les films de zombies de Lucio Fulci !

Aucun sous-titrage n'est proposé. Signalons à cette occasion que LITAN n'a semble-t-il jamais connu de reconnaissance hors de nos frontière. Nous sommes convaincus qu'il pourrait trouver facilement son public auprès de certains fantasticophiles anglo-saxons pointus, si férus d'un certain insolite tricolore tel que représenté par les meilleurs films de Jean Rollin.

Ce disque propose aussi quelques suppléments. Nous trouvons d'abord une bande annonce française d'époque en 1.66 (16/9), en bon état, composée essentiellement d'extraits du cauchemar placé en amorce du film. Le bonus le plus substantiel est l'entretien assez dense de cinq minutes avec Jean-Pierre Mocky qui revient sur la genèse de LITAN, ses origines et son accueil. Un supplément de trois minutes nommés MOCKY STORY est en fait un extrait du long métrage du même nom dans lequel Jean-Pierre Mocky revenait sur sa carrière en 1991. Il s'agit essentiellement d'images de LITAN et cela n'apporte guère d'informations en plus.

Enfin, nous accédons à une galerie fournie d'affiches, jaquettes vidéos, photos de plateau et d'exploitation, et aussi de coupures de presse publiées dans divers journaux à l'époque de la production et de la sortie du film (Le Monde, Le Figaro...). Ces dernières sont intéressantes, mais pas toujours évidentes à consulter, même sur un écran de plus de 40 pouces de diagonale !

Ce DVD français, seule édition de LITAN en circulation sur ce support, s'avère donc une galette acceptable, une occasion de se faire par soi-même sa propre idée sur cette tentative de fantastique française hors du commun.

Rédacteur : Emmanuel Denis
Photo Emmanuel Denis
Un parcours de cinéphile ma foi bien classique pour le petit Manolito, des fonds de culottes usés dans les cinémas de l'ouest parisiens à s'émerveiller devant les classiques de son temps, les Indiana Jones, Tron, Le Dragon du lac de feu, Le Secret de la pyramide... et surtout les Star Wars ! Premier Ecran fantastique à neuf ans pour Le retour du Jedi, premier Mad Movies avec Maximum Overdrive en couverture à treize ans, les vidéo clubs de quartier, les enregistrements de Canal +... Et un enthousiasme et une passion pour le cinéma fantastique sous toutes ses formes, dans toute sa diversité. S'il fallait faire mienne une maxime en la matière, je reprendrais (de mémoire !) une citation de Roman Polanski : «les personnes qui aiment vraiment le cinéma aiment le fantastique» !
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L'édition vidéo
LITAN : LA CITE DES SPECTRES VERTS DVD Zone 2 (France)
Editeur
Pathé
Support
DVD (Double couche)
Origine
France (Zone 2)
Date de Sortie
Durée
1h23
Image
1.66 (16/9)
Audio
Francais Dolby Digital Mono
Sous-titrage
  • Aucun
  • Supplements
    • Interview de Jean-Pierre Mocky
    • Mocky Story
    • Bande-annonce
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