Header Critique : 7EME SENS, LE (7 AUM ARIVU)

Critique du film
LE 7EME SENS 2011

7 AUM ARIVU 

Au cinquième siècle, le Tamil Nadou verra naitre un homme qui, de par sa sagesse, ses connaissances médicinales et martiales, acquerra rapidement le statut de légende. Envoyé en Chine par son maitre, Bodhidharma sauvera un village de la maladie avant de partager son savoir dans sa globalité. La médecine chinoise en tirera parti, tout comme les moines de Shaolin qui créeront grâce à cela leur Kung Fu. Bodhidharma ira même jusqu'à offrir sa vie au peuple chinois... Et pourtant... Plusieurs siècles plus tard et après de nombreux conflits, les relations sino-indiennes restent tendues. Mais tout pourrait bien s'arrêter là, de nos jours, alors que les Chinois envoient au Tamil Nadou leur plus brillant assassin, équipé de surcroît d'un virus létal hautement transmissible. Dès lors, une seule solution pour le peuple indien : stimuler les gènes du plus proche descendant de Bodhidharma, un jeune homme travaillant dans un cirque...

Vous l'aurez compris à la lecture du synopsis, c'est à une aventure ethno-politico-mystico-bizarre que nous convie ce 7 AUM ARIVU, titré LE 7EME SENS en France. A. R. Murugadoss, réalisateur déjà évoqué dans nos colonnes pour ses excellents GHAJINI, nous revient donc avec un film à gros budget connoté fantastique. «L'oubli» n'est plus le sujet bien qu'il soit ici question de raviver la mémoire collective, et de faire ressurgir du passé un héros Tamoul aujourd'hui largement plus connu à l'étranger qu'en Inde. Le nom de Bodhidharma sera ainsi régulièrement associé aux arts martiaux, en raison notamment de son influence présumée sur Shaolin. Mais l'homme fut bien plus que cela. A tel point qu'aujourd'hui, LE 7EME SENS en fait un Super Héros capable de prendre possession de ses ennemis en un regard. La démonstration nous en sera faite lors d'une longue introduction en costumes d'époque, à la fois magnifique et particulièrement violente. L'assaut du village voit notamment femmes et enfants périr sous des coups d'une étonnante brutalité. Aucun doute, le film n'est pas issu de l'industrie Bollywoodienne mais bel et bien Kollywoodienne !

Suite à cela, bond dans le temps et A. R. Murugadoss nous expose le postulat contemporain, celui du virus chinois destiné à anéantir le Tamil Andu. Il devient dès lors très clair que le réalisateur reprend à la lettre la structure de ses GHAJINI, opérant un nouveau retour en arrière consacré à l'inévitable «Love Story» entre le héros, descendant de Bodhidharma, et la belle, étudiante en génétique. La formule ne surprend donc guère mais la forme reste efficace. L'acteur Suriya (SINGAM) jouit d'un charisme indiscutable et Shruti Haasan (ANAGANAGA O DHEERUDU) illumine le film de sa présence. Leur amourette naissante fleure bon la naïveté et l'humour, bien que propre à l'Inde, fait assez souvent mouche. L'espace d'une heure, nous oublions donc le plan machiavélique chinois au profit d'une certaine légèreté et de quelques considérations génétiques curieuses, au sujet desquels nous ne nous étendrons pas !

Cette seconde portion de métrage achevée, l'acteur sino-vietnamien Johnny Tri Nguyen (doublure du «Bouffon» puis de «Spiderman» !) arrive pour tout casser. Et le bonhomme y va fort ! La parenté avec le TERMINATOR saute alors rapidement aux yeux. Nous aurons droit à une prestation toute en raideur, l'attaque dévastatrice d'un commissariat mais également des voitures suicidaires «commandées» par le malfaisant, à l'image de ce que nous avions pu voir dans TERMINATOR 3. Le spectateur ne pourra donc qu'applaudir ces hommages délirants et plutôt couillus, multipliant encore une fois les victimes innocentes lors d'un carnage métallique, aux forts accents d'images de synthèse toutefois médiocres. Le défoulement prend le pas et l'extrême générosité du cinéma tamoul reprend ses droits, alternant thriller médical à la ALERTE! et action outrancière.

Vous l'aurez compris, nous nageons en plein Masala avec ce 7EME SENS rarement fin, mais finalement relativement réjouissant. Reste qu'au-delà du spectacle aussi généreux qu'il est peu crédible, A. R. Murugadoss a à l'évidence deux ambitions. La première, nous l'avons évoqué, est de rappeler l'existence de Bodhidharma au peuple Tamoul. Quant à la seconde, c'est semble-t-il de faire du bonhomme le porte-étendard d'une lutte contre l'oppresseur (et rival économique) chinois. Le film se montre très explicite sur ce point et multiplie les déclarations patriotiques, appelant à lever la tête et brandir le poing avec fierté. Le spectateur occidental y verra une subtilité proche de celle d'un INDEPENDANCE DAY, mais tout semble être une question de contexte. Il est donc bon de se replonger dans l'histoire, évoquant les problèmes rencontrés au Tibet mais surtout la guerre du Cachemire, et plus particulièrement le conflit sino-indien de 1962. L'Arunachal Pradesh et l'Aksai Chin restent aujourd'hui encore deux zones plus ou moins sensibles, et surtout deux larges cicatrices pour le peuple indien. Evoquons enfin le cas du conflit Sri-Lankais, particulièrement douloureux pour le peuple Tamoul et sur lequel plane encore l'ombre de la Chine...

Par toutes ces raisons, le patriotisme parfois plombant du 7EME SENS prend du sens. Plus que cela, il fonctionne et touche sa cible de plein fouet. Pour s'en assurer, il suffit de découvrir le métrage en salle, chose rendue possible par le distributeur Aanna Films et le cinéma Gaumont Stade de France qui propose le film depuis le 26 octobre, en sortie simultanée avec l'Inde. On pourra constater dans cette salle le large engouement de la communauté Tamoul pour son industrie cinématographique mais aussi son adhésion totale au propos du film. Cris, applaudissements et sifflements encouragent Bodhidharma à botter le cul de l'assassin chinois, faisant prendre à la projection en salle tout son sens, pour le plus grand bonheur du cinéphile.

Alors non, LE 7EME SENS n'est peut être pas LA perle à découvrir, ni même un nouveau métrage de la qualité de GHAJINI, mais il mérite à n'en pas douter le détour, si possible en présence d'un public déjà conquis...

Rédacteur : Xavier Desbarats
Photo Xavier Desbarats
Biberonné au cinéma d'action des années 80, traumatisé par les dents du jeune Spielberg et nourri en chemin par une horde de Kickboxers et de Geishas, Xavier Desbarats ne pourra que porter les stigmates d'une jeunesse dédiée au cinéma de divertissement. Pour lui, la puberté n'aura été qu'une occasion de rendre hommage à la pilosité de Chuck Norris. Aussi, ne soyons pas surpris si le bougre consacre depuis 2006 ses chroniques DeViDeadiennes à des métrages Bis de tous horizons, des animaux morfales ou des nanas dévêtues armées de katanas. Pardonnez-lui, il sait très bien ce qu'il fait...
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