Header Critique : TROLL HUNTER (TROLLJEGEREN)

Critique du film
TROLL HUNTER 2010

TROLLJEGEREN 

TROLLJEGEREN est un phénomène norvégien assez déroutant. A la manière d'un documentaire filmé, croisement de BLAIR WITCH PROJECT et du film de monstre genre CLOVERFIELD, il est devenu un énorme succès au box office local, a été acheté par Universal, voit une séquelle pointer le bout de son nez ainsi qu'un remake américain programmé pour 2013. Doté d'un budget de deux millions de dollars, il est très surprenant de voir un résultat aussi riche à l'écran pour TROLLJEGEREN. En comparant avec nos tristes sorties fantastico-gore françaises de la dernière décade, il y a de quoi se poser des questions sur notre savoir-faire

Deux disques durs ont été retrouvés avec près de 280 heures de vidéo. Des étudiants norvégiens effectuent un reportage sur d'éventuels ours tueurs mais finissent par suivre un homme qui s'avère être un chasseur de trolls qui sèment la terreur dans la région de Dorve, en Norvège.

La comparaison avec CLOVERFIELD se pose si l'on souhaite voir aussi loin que le bout de son nez. S'arrêter à cela signifie qu'on possède de belles œillères. TROLLHUNTER revêt la méthode filmique propre au «documentaire retrouvé». Caméra à l'épaule, style coup de poing et montage des scènes les plus significatives pour la narration. Sur la forme, rien à redire. Quoique le montage apporte une excellente dynamique qui équilibre scènes d'exposition et d'action. Le style se révèle beaucoup plus proche du «moqumentaire» qu'autre chose. Maintenant, attendre du film qu'il se consacre aux trolls-mêmes est une autre erreur. La narration prend le point de vue des étudiants qui effectuent le reportage pour leur travail universitaire, mais le héros est bien le chasseur de trolls (Otto Jespersen).

A cet égard, Otto Jespersen est tout simplement monstrueux ! Dès sa présence à l'écran, le film prend une dimension toute autre. Les étudiants montrent des psychologies relativement sommaires – il s'agit d'ailleurs du défaut principal du film, relatif à sa conception propre, mais le chasseur est doté d'un charisme et d'une épaisseur surprenants. Et qui donne de manière intrinsèque une direction inattendue. Notre chasseur explique sur un ton très sérieux la nature des trolls, leur origine, le rattachement à la mythologie locale, comment les tuer... qui contrebalance une certaine ironie des propos. Les trolls existent, et le gouvernement norvégien cache la réalité au public ! D'ailleurs, les trolls fuient quelque chose et notre chasseur est chargé de contenir tout cela. Le tout dérape sur une considération sociale des métiers en mal de reconnaissance ! Et notre chasseur se résigne à n'être qu'un fonctionnaire qui aligne les rapports, ayant visiblement perdu le feu sacré et pestant contre l'inanité de sa convention collective !

Beaucoup de distance et d'ironie entre le ton et le regard porté à la fois sur le métier du chasseur et celui du cinéaste André Øvredal sur les tribulations économico-socio-folkloriques des étudiants. Les apprentis cinéastes subissent plus qu'ils ne participent, ce qu'ils apprendront à leurs dépens. Cela donne d'ailleurs plusieurs changements de tons au cours du film. On passe allègrement du documentaire filmique à la comédie en passant par l'action, l'épouvante et des morts inattendues via certaines attaques génèrant une tension insoupçonnée. Tout comme sur la mythologie propre des trolls, faisant partie intégrante de la culture scandinave. La perception que nous pouvons en avoir s'avère plus que biaisée : voir les représentations dans les différents HARRY POTTER, ou même dans le TROLL de John Carl Buechler et on ne fera pas l'affront de parler de son horrible fausse séquelle. Le troll sent le sang des chrétiens, ses autres têtes sont des excroissances, il en existe plusieurs sortes. Et plus encore, certains éléments échapperont sans doute au spectateur non initié (la scène sur le pont avec les moutons se retrouve dans certains contes de fées, entre autres).

L'autre grand atout du film : les effets spéciaux. Les trépidantes scènes d'actions diurnes et nocturnes de poursuite entre les trolls et l'équipe explosent sur l'écran, aidées par des effets numériques d'une qualité absolument remarquable, voire bluffante ! On sent que les animateurs des créatures se sont donnés énormément de mal : détails et spécificités physiques de chaque espèce, animation fluide, intégration à l'action, divers éclairages lors des scènes d'interaction avec les humains. TROLLJEGEREN offre une qualité technique de très haute volée. Le dernier quart d'heure avec le troll géant donne dans une démesure éminemment jouissive ! Le film contient en fait relativement peu de scènes d'action pure, mais il maintient une balance adéquate entre un scénario plus intelligent qu'il n'y parait au premier abord, fourmillant de détails et redistribuant les cartes d'une mythologie très rarement abordée au cinéma.

TROLLJOGEREN ne se contente pas d‘illustrer un énième film de monstre post-kaiju, mais de proposer une lecture différente des mythes en question. Un traitement visuel certes dans l'air du temps, mais terriblement efficace. Qui sait se moquer de sa propre forme narrative, oscillant entre émerveillement visuel, tonus filmique et ironie politique bienvenue.

Rédacteur : Francis Barbier
Photo Francis Barbier
Dévoreur de scènes scandinaves et nordiques - sanguinolentes ou pas -, dégustateur de bisseries italiennes finement ciselées ou grossièrement lâchées sur pellicule, amateur de films en formats larges et 70mm en tous genres, avec une louche d'horreur sociale britannique, une lampée d'Albert Pyun (avant 2000), une fourchettée de Lamberto Bava (forever) et un soupçon de David DeCoteau (quand il se bouge). Sans reprendre des plats concoctés par William Friedkin pour ne pas risquer l'indigestion.
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