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Critique du film
RAMPAGE 2009

 

Depuis quelques annees, il est devenu de bon ton de s'intéresser au dernier Boll pour le defoncer allegrement. Soyons clairs : le bonhomme nous tend parfois le baton pour se faire battre, voir les catastrophes nucleaires que sont FAR CRY ou encore IN THE NAME OF THE KING. Ceci dit, SEED avait relevé le niveau - un peu. Comme nous l'indiquait Kristanna Lokken dans son interview lors du Festival de Gerardmer 2008, il manquait a Uwe Boll un certain sens de l'écriture et du montage.

Mais... qu'avez-vous fait a Uwe ? Que lui est-il arrive avec RAMPAGE ? Avec sa troupe habituelle (Matthias Neumann comme directeur photo, musique de Jessica de Rooij, decors de Tink, Dan Clarke comme producteur, Bryan C. Knight comme premier assistant...) En se degageant des fioritures de style, de l'auto-parodie génante de POSTAL et ses justifications permanentes, du gore gratuit de FAR CRY, du ridicule achevé de certaines scènes de HOUSE OF THE DEAD ou de la non-direction d'acteurs comme ALONE IN THE DARK (Tara Reid représente un record en la matière)... mais surtout en faisant preuve d'humilité face a son sujet, il nous offre carrement son meilleur film ! Ici, Bill, un jeune homme vivant chez ses parents (Brendan Fletcher) décide de passer a l'action. Petit génie de l'electronique et de la mécanique, il se fabrique une armure metallique résistant à tout et un véhicule télécommandé puis va commettre un massacre dans sa ville. Sur l'échelle qualitative du "Bollometre" entre 1 et 10, RAMPAGE atteint aisément un 96.

Sur un scénario limpide dans son articulation, et moins attaché a plus ou moins respecter un sujet de jeu vidéo, Boll va développer une sorte de shoot'em up version cinéma. Mais avec une force de mise en scène qu'il n'avait jamais atteinte auparavant! Eu egard tout d'abord au héros principal, Brendan Fletcher (également co-producteur). Habitué de chez Boll pour avoir tourné dans ALONE IN THE DARK ou BLOODRAYNE II, il est aussi connu pour ses interpretations dans GINGER SNAPS II et GINGER SNAPS III ou encore FREDDY VS JASON. Ici, il explose litteralement sur l'écran. Son talent est indéniable et il porte tout le film sur ses épaules. Un (anti-) héros impassible, insoupçonnable et pourtant d'une violence insondable : Uwe Boll semble avoir été capable de focaliser son attention sur la direction d'acteur en requérant de son personnage principal une droiture d'interpretation sans sombrer dans la caricature robotisée. Son glissement vers la violence s'effectue de manière précise, étudiée et inéluctable. Tout est preparé d'avance et sa froideur d'exécution est exemplaire.

Le film demeure d'autant plus curieux qu'il reprend la forme de LA FOLLE JOURNEE DE FERRIS BUELLER dans sa structure scénaristique ! Ainsi un jeune homme, laissé chez lui par des parents lui faisant entière confiance, va en profiter afin de vaquer a ses occupations qui ne sont pas d'ordre scolaire, éffectuer sa "mission" et rentrer chez lui, naturellement. Sauf qu'ici, le ton devient nettement plus nihiliste. Que la société n'offre aucune échappatoire. Et que l'avenir appartient a ceux agissent et non pas a ceux qui se contentent de palabres. En ce sens, il prend le contrepied de son camarade Evan (Shaun Sipos présent aussi dans un autre Boll, STOIC en cours de livraison) qui s'evertue a vouloir se révolter contre la société actuelle et ses dérives sans pour autant passer a l'action. Et justement, l'action, il va y en avoir.

Des son plan mis en execution, notre héros s'harnache de son armure en kevlar et autre carapace métallique, met son casque, brandit ses mitrailleuses et tire dans le tas. Combien de victimes ? Difficile à dire. Peut être 100, voire 150. un festival de tuerie sans limite, ponctué de quelques temps morts et d'un humour noir pour une fois maitrisé. Bill entre dans un salon de coiffure, rassemble les clientes et coiffeuses dans un coin, enlêve son casque et... se desaltère avec un verre d'eau. Il repart comme si de rien n'était, laissant le groupe terrorisé. Puis revient et les massacre dans un bain de sang. Autre passage mémorable : il se rend dans un bingo et observe patiemment ce petit monde s'affairer. Grand moment d'humour et de mépris generalisé avant de reprendre son eradication de la ville, de ses habitants, des valeurs protectrices - adieu police -. La famille et les forces de l'ordre ne protègent plus rien. Pire encore, la loi et la justice n'y peuvent rien non plus. Le rêve américain a son pinacle : la possibilité de tout réaliser, absolument tout. Y compris celui de narrer tranquillemet un conte amoral.

Ceci dit, Uwe Boll a toujours gardé ses petites manies qui trahissent ses tics de mise en scène. Par exemple, comme dans BLOODRAYNE II, une caméra a l'épaule tremblote en quasi permanence. Ad nauseam, cette utilisation ne simule plus l'urgence de l'instant mais celle d'arreter cette tremblotte une bonne fois pour toute ! Vision trop proche d'un ecran vivement déconseillée. Hormis les deux principaux protagonistes, la direction d'acteurs laisse malheureusement a désirer. Hormis un Michael Paré impeccable (dans son neuvième Boll !), le reste n'est guere brillant. Les deux parents frisent la parodie d'interpretation des meilleurs parents de l'annee. Le trait est trop forcé pour etre honnête, ce qui cadre mal avec le jeu de Brendan Fletcher. D'une manière generale, c'est aussi ce que l'on pourrait reprocher au film : son manque de finesse. On se trouve dans une oeuvre hybride, a mi-chemin entre la serie B d'action et des vélleites sociales, voire politiques et sociologiques. Un peu ce que Roger Corman tentait dans ses productions des annees 70.

En clair, même s'il manquera toujours à Uwe Boll la respectabilité nécessaire a sa crédibilité dans le monde du cinéma et de la critique, RAMPAGE n'aurait pas fait tâche dans une sélection officielle du Festival de Cannes. Bon, d'accord, on pousse un peu. Quoi que... Mais avec RAMPAGE, Boll a produit son ELEPHANT. Croisé avec FERRIS BUELLER et l'influence des jeux vidéo, ce mélange violence sociopathe et vertige bisseux cormanien demeure plus qu'honorable.

Rédacteur : Francis Barbier
Photo Francis Barbier
Dévoreur de scènes scandinaves et nordiques - sanguinolentes ou pas -, dégustateur de bisseries italiennes finement ciselées ou grossièrement lâchées sur pellicule, amateur de films en formats larges et 70mm en tous genres, avec une louche d'horreur sociale britannique, une lampée d'Albert Pyun (avant 2000), une fourchettée de Lamberto Bava (forever) et un soupçon de David DeCoteau (quand il se bouge). Sans reprendre des plats concoctés par William Friedkin pour ne pas risquer l'indigestion.
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