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Critique du film
REPO! THE GENETIC OPERA 2008

 

REPO! THE GENETIC OPERA est déjà un spectacle musical que le réalisateur Darren Lynn Bousman (SAW II, SAW III et SAW IV) dirigea il y a quelques années. D'un court opéra de dix minutes et évoluant via divers stages, dont une version Off Broadway, REPO! THE GENETIC OPERA est devenu un projet cinéma que Bousman eu énormément de mal à faire accepter. Il a finalement réussit à convaincre Lions Gate Films et Twisted Pictures, au départ réticents, à l'épauler pour la circonstance.

2056 : GeneCo est devenu le plus grand fournisseurs d'organes transplantés au monde. Mourant, son PDG, Rotti Largo (Paul Sorvino), va remuer un sombre passé où il faut mêlé à la mort de la femme de Nathan Wallace (Anthony Head). Quant à lui, scientifique déchu, il est devenun Repo Men chargé de récupérer les organes qui n'ont pas été fini de payer par les clients. Mais Wallace essaie surtout de protèger sa fille malade, Shilo (Alexa Vega). Pendant ce temps, les trois enfants de Largo se battent pour la succession de l'empire familial...

Pour apprécier (ou non) REPO! THE GENETIC OPERA, il faut tout d'abord avoir à la base l'esprit ouvert et ne pas débarquer devant le film avec l'intention délibérée de ne pas l'apprécier. Ouvrir ses écoutilles, quoi. Ceci posé, REPO! THE GENETIC OPERA emprunte très largement son livret et sa structure à la tradition de la comédie musicale américaine de Broadway, plutôt du côté de chez Stephen Sondheim et/ou Andrew Lloyd Weber (LE FANTOME DE l'OPERA, par exemple) que des classiques de Rogers & Hammerstein (CARROUSEL ou LE ROI ET MOI). Les chansons sont toutes en mode atonal, quelque peu inspiré par le phrasé/chanté des oeuvres de Jacques Demy. L'intrigue offre plusieurs niveaux d'entrelacement, notamment le rythme donné par l'équivalent du chœur antique via le narrateur (Terrence Zdunich, co-scénariste et créateur de REPO! THE GENETIC OPERA sur scène, doté ici d'un certain magnétisme cinégénique), voleur de cadavres dont il extrait un sérum afin de le transformer en drogue. Mais également une chanteuse aux yeux de verre, probablement l'une des trouvailles les plus fascinantes du métrage, qui aura au final un rôle déterminant.

Il faut ajouter à cela une narration disjonctée, une conduite des éléments via un mode d'expression visuel issu de la bande dessinée, une construction en flash back. Et le choix d'une palette de couleurs très sombres, nimbées de dégradés bleutés qui demeurent en accord parfait avec la tonalité noire et assez cynique du métrage. Bien évidemment, la codification colle aux velléités gothiques du récit : voir la scène d'ouverture où une jeune femme se fait chasser par un Repo, un peu comme l'une des prostituées de Whitechapel tentant d'échapper à Jack L'Eventreur. Il faut ajouter une pincée de science-fiction et de plans aériens d'une ville démultipliée, aux tours géantes toutes lumières clignotantes, d'écrans géants stationnant en plein ciel… L'univers de BLADE RUNNER n'est pas très loin.

Et la musique dans tout cela ? La mixité entre rock alternatif/gothique/indus/j'en passe et Opéra ne parait pas aisée au premier abord… et pourtant. Entre les soliloques barytonneux de Paul Sorvino, la présence de Nivek Ogre (chanteur du groupe indus canadien Skinny Puppy), l'apport d'un membre du Visual Kei (également co-producteur du film) et les excès simili-Evanescence d'Alexa Vega, on peut y noter au passage un bref hommage à l'un des clips du groupe… REPO! THE GENETIC OPERA arbore assez fièrement un multiculturalisme musical, science fictionnel et transgenre du meilleur effet.

REPO! THE GENETIC OPERA est l'enfant illégitime d'une partouze géante qui aurait connu les participations de SAW, MOULIN ROUGE et Jacques Demy. Avec une claire influence du Grand Guignol, la mise en scène théâtralisant parfois à l'extrême la mise en scène des diverses éviscérations et autres arrachages d'organes. Ceci posé, on sent que Darren Lynn Bousman a été limité par le budget assez bas alloué pour l'occasion (8,5 millions de dollars pour un projet de cette envergure). Si les superbes décors ont entièrement été construits dans un studio, le film se départ assez rarement des scènes de théâtre et conçues comme telles à l'origine du spectacle. Ce qui n'est pas sans rappeler les volontés d'adaptations de pièces de théâtre au cinéma de manière littérale et respectueuse de l'origine du texte, comme LE SOULIER DE SATIN ou des CANNIBALES de Manoel de Olivera. Bousman, le De Olivera du gore musical du XXIe siècle ? Franchissons allègrement le pas, aidé en cela par des angles de prises de vue, un montage, des cadrages constamment inventifs et riches en détails.

Darren Lynn Bousman a réussi à réunir un casting très hétéroclite, ajoutant ainsi au côté complètement branque du projet. Réunir une stature comme Paul Sorvino, Alexa Vega (la jeune héroïne de la trilogie SPY KIDS), Paris Hilton, un Bill Moseley fou furieux, Sarah Bightman (ex-Mme Weber cité ci-dessus et interprète du rôle de Christine Daée dans la version scénique du FANTOME DE l'OPERA) et le chanteur de Skinny Puppy… tout cela tient du pari intenable. Et pourtant, les actrices et acteurs se jettent dans leurs rôles de manière entière. Paris Hilton montre qu'elle sait se moquer d'elle-même… elle devient maîtresse dans l'art de manier son image aux yeux du public. Elle y arrive ici de manière remarquable, nageant dans le second degré et le clin d'œil avec dextérité et talent, dans le rôle d'une obsédée de la chirurgie esthétique au point de voir son visage s'en disloquer. Alexa Vega donne elle aussi tout ce qu'elle a dans le coffre pour donner vie à une adolescente en voie de rébellion. A noter aussi l'apparition étonnante de Joan Jett, pour qui se souvient d'elle, lors de la chanson «17».

Le scénario a le défaut de vouloir trop couvrir de surface. A force de vouloir projeter tous les fantasmes corrélés de chacun des protagonistes, il marque une progression parfois chaotique. Cette conjonction d'influences déroute. Tout d'abord la concept original du voleur de cadavres poursuivi par un Repo sur une durée de quelques minutes pendant un concert, jusqu'à cette version finale du film. Un grand écart qui a subi plusieurs réécritures au fur et à mesure des versions et ajout de chansons. La complexité des rapports entre chaque personnage n'est guère explicite et certains sont laissés sur le carreau. Les trois enfants de Rotti Largo interviennent de manière très parcellaire dans le métrage. On les voit en permanence, mais leur influence sur la narration demeure bien ténue. Certes, cela participe au carnaval tordu perpétuel qui défile sous les yeux des spectateurs, mais les enjeux, hormis les éventuels chocs visuels, demeurent flous. Si bien que la relation père-fille entre Nathan et Shilo émerge comme étant la plus crédible et la plus réussie du film. D'autres apparitions, comme celle de Blind Mag, donne un cachet quasi féerique au film. REPO! THE GENETIC OPERA se distingue comme un gigantesque amas/attirail empruntant à toutes les extrémités du spectre de création fantastique et cinématographique, sorte de festival gore-rock en schlock-o-rama , bordeloscope (même si le film est en 1.85 :1 !) et tonitruodigital.

REPO! THE GENETIC OPERA est un ovni cinématographique dans la production actuelle qui lui confère un statut à part. Un peu comme, toutes proportions gardées, le ROCKY HORROR PICTURE SHOW il y a près de 35 ans. Qui connut lui aussi des débuts plutôt pénibles en terme de réception auprès du public et de la critique. Mais la comparaison s'arrête là, même si aux Etats-Unis, certaines projections s'accompagnèrent de public venant habillé comme les héros du film pour l'occasion. Malgré une sortie houleuse chez les Américains(date retardée, puis diffusion sur seulement huit écrans !) par Lions Gate, le film connaît une belle carrière en vidéo aux Etats-Unis. Une séquelle serait même envisagée... Reste à savoir l'influence future du film. Serait-on presque tenté de dire que la mini-série horrifico-sentimentalo-musicale DR HORROR'S SING-ALONG BLOG de Joss Whedon se place comme un rejeton safe de REPO! THE GENETIC OPERA.

Audacieux, fun, décomplexé, sanglant, REPO! THE GENETIC OPERA fut un appel d'air et une expérience radicale, certes pas totalement réussie, mais qui emporta notre adhésion durant ce Festival de Gérardmer 2009. Il faudra quelques années afin de pleinement apprécier (ou non) l'impact d'un tel film. REPO! THE GENETIC OPERA manque un peu de fluidité mais son inventivité et son punch à mi-chemin entre le grotesque et l'horrifiquement beau assure surtout le spectateur de ne pas rester indifférent.

Rédacteur : Francis Barbier
Photo Francis Barbier
Dévoreur de scènes scandinaves et nordiques - sanguinolentes ou pas -, dégustateur de bisseries italiennes finement ciselées ou grossièrement lâchées sur pellicule, amateur de films en formats larges et 70mm en tous genres, avec une louche d'horreur sociale britannique, une lampée d'Albert Pyun (avant 2000), une fourchettée de Lamberto Bava (forever) et un soupçon de David DeCoteau (quand il se bouge). Sans reprendre des plats concoctés par William Friedkin pour ne pas risquer l'indigestion.
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