Header Critique : LUTHER THE GEEK

Critique du film et du DVD Zone 2
LUTHER THE GEEK 1990

 

Le jeune Luther est un jour traumatisé par un spectacle de foire, où un étrange personnage décapite des poulets avec les dents. Adulte, il s'en va raviver ses souvenirs d'enfance en mordant au cou de pauvres quidams à l'aide d'une prothèse dentaire en acier acéré. Emprisonné pendant vingt ans, il est finalement relâché pour bonne conduite. Que va-t-il bien pouvoir faire maintenant ? Et bien recommencer à mâchouiller de la glotte pardi !

Très à la mode ces derniers temps, l'anglicisme «Geek» est utilisé à tout bout de champs dès lors que l'on souhaite désigner cette obscure fraction de population, repliée sur elle-même et ne vivant que pour les sciences physiques et l'informatique. Certes, mais cela n'est qu'une évolution du sens originel du mot «Geek». Le terme désigne initialement des hommes, des sortes de parias, qui prodiguaient d'écoeurantes performances de foire (le plus souvent des décapitations d'animaux avec les dents), et ce pour quelques pièces ou un peu d'alcool. LUTHER THE GEEK prend ainsi appui sur cette recherche étymologique, avec la satisfaction d'avoir sans aucun doute appris quelque chose à son spectateur. C'est déjà ça de pris !

Daté de 1990, LUTHER THE GEEK est réalisé par Carlton J. Albright, un (quasi) inconnu à qui l'on doit la co-production et la co-scénarisation dix ans plus tôt de l'oublié DE SI GENTILS PETITS MONSTRES de Max Kalmanowicz (où un nuage radioactif transformait les jeunes enfants en zombies). Dans le rôle de Luther, nous faisons la connaissance de Edward Terry. Ancien camarade de classe de comédie d'Al Pacino, l'homme n'a guère fait grand chose d'autre à part un petit rôle dans justement DE SI GENTILS PETITS MONSTRES, film où Terry est crédité comme co-scénariste avec Albright. Obscur de chez obscur, LUTHER THE GEEK a néanmoins le mérite d'être distribué par le célèbre studio Troma, ce qui justifie la petite attention qui lui est portée.

Mais bien qu'estampillé Troma, LUTHER THE GEEK prend ses distances avec l'ambiance maison, faîte de gore volontairement fauché et de mauvais goût tout azimuts. Le film est un espèce de slasher / survival tout ce qu'il y a de plus classique et sérieux (dans son fond mais également sa forme). Outre un prologue nous montrant le jeune Luther face à un spectacle de Geek, le film ellipse la case carcérale (par manque de moyens sans aucun doute) pour nous projeter immédiatement à la sortie de prison du personnage. Après une petite mise en bouche sur quelques pauvres quidams, LUTHER THE GEEK se concentre sur l'assaut de notre malade sur une maison habitée par une femme, sa fille et son compagnon, pour un jeu de cache-cache extrêmement linéaire.

En respectent très sagement les codes (clichés ?) du genre, LUTHER THE GEEK dénote dans le catalogue Troma. On notera juste une idée incongrue faisant office de fil rouge : Luther ne s'exprime qu'aux travers de caquètements. Un tueur qui se prend pour un poulet, une idée qui laisse le spectateur pantois car le film n'est pas très clair quant à ce choix. Premier ou second degré ? Interrogé sur la question, le réalisateur conseille avec embarras de questionner directement le scénariste, un certain Whitney Styles, "perdu" dans la nature agricole des pseudos depuis bien longtemps.

Filmé avec un budget que l'on imagine extrêmement bas, LUTHER THE GEEK se montre plutôt soigné. Tourné en pellicule, le film est correctement cadré, éclairé, découpé. Rien qui ne touche au génie, mais à un artisanat plutôt carré pour une série barbotant au bord du Z. Les comédiens sont également corrects, notamment Edward Terry, souvent convaincant dans son rôle de serial killer dentaire.

Malgré ces arguments, LUTHER THE GEEK n'offre que très peu d'intérêt, la faute à un scénario totalement inexistant quand il ne se montre pas facile ou débile (comment Luther a-t-il pu être relâché après 20 ans de bonne conduite en prison tandis qu'il nous est présenté comme totalement fou furieux une fois dehors ?). C'est bien simple, il ne se passe la plupart du temps rien. Chasser trois personnes dans une maison pendant plus d'une heure peut se montrer un exercice de style filmique intéressant, encore faut-il vouloir relever le défi. Ici, les péripéties sont d'une consternante platitude, les personnages passant leur temps à monter ou descendre des escaliers, attendre caché quelque part. Une misère narrative pour un océan d'ennui. Et ce n'est pas les trois quatre plans gores du film qui vont sauver l'ensemble de la naphtaline.

Spectacle honnête, LUTHER THE GEEK ne vaut cependant guère plus que les centaines d'autres photocopies de son genre. Les plus masos se laisseront peut-être tenter histoire de goûter à ce très étrange sens de la comédie poulaillère que l'on imagine involontaire. Ces derniers seront ainsi comblés par le final absolument indescriptible du métrage, un climax totalement irraisonnable que même un Takashi Miike bourré à la bière allemande n'aurait pas osé. Les fans de nanars se sentiront certainement récompensés par cette scène cosmique, les autres continueront à dormir profondément.

LUTHER THE GEEK est disponible chez l'éditeur Uncut Movies, d'habitude spécialisé dans l'extrême. Ce dernier livre un disque au plus soigné, dans la limite du possible. L'image, au format plein cadre d'origine, est plutôt baveuse. La faute à imputer à un master vidéo usé par le temps. Le son est un stéréo lui aussi plus tout jeune. Des caractéristiques techniques limitées mais qui ne gênent pas outrageusement la vision du film.

Avec la noble volonté de soigner son produit, l'éditeur nous prodigue quelques bonus, comme une présentation spéciale de Lloyd Kaufman (le boss de Troma). En français dans le texte, Kaufman nous fait son irrésistible numéro de bonimenteur, qualifiant LUTHER THE GEEK de chef d'oeuvre. Profitant d'avoir le lascar sous la lentille de sa caméra, l'éditeur pousse le bonus à une mini-interview du maître, le faisant s'exprimer sur différents sujets comme les 30 ans de Troma.

Plus directement reliée à LUTHER THE GEEK, une interview de Carlton J. Albright va tenter de faire la lumière sur les étranges fulgurances du film. Brave homme, le réalisateur n'a malheureusement pas grand-chose à dire sur son «oeuvre». Reste l'amusante anecdote de la relation entre Edward Terry et Al Pacino. Enfin, une galerie sélective d'affiches de productions Troma, ainsi qu'une archive de bandes-annonces de l'éditeur, viennent boucler l'édition.

Fans de gore et d'extrême made in Uncut, vous vous sentirez sûrement floué par cet obscur LUTHER THE GEEK et ses trop rares embardées saignantes. Bien que rondement mené, le film n'a que trop peu de choses à raconter ou à montrer pour provoquer un semblant d'intérêt. Reste les sublimes cinq dernières minutes, que nous nous garderons bien de déflorer…

Rédacteur : Eric Dinkian
Photo Eric Dinkian
Monteur professionnel pour la télévision et le cinéma, Eric Dinkian enseigne en parallèle le montage en écoles. Il est auteur-réalisateur de trois courts-métrages remarqués dans les festivals internationaux (Kaojikara, Precut Girl et Yukiko) et prépare actuellement son premier long-métrage. Il collabore à DeVilDead depuis 2003.
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L'édition vidéo
LUTHER THE GEEK DVD Zone 2 (France)
Editeur
Uncut
Support
DVD (Simple couche)
Origine
France (Zone 2)
Date de Sortie
Durée
1h20
Image
1.33 (4/3)
Audio
English Dolby Digital Stéréo
Sous-titrage
  • Français
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