En 2004, nous avions chroniqué PLAGA ZOMBIE : ZONA MUTANTE lors de sa sortie en DVD. C’était pour nous l’occasion de découvrir une petite pépite du cinéma «underground» argentin. Une vingtaine d’années plus tard, force est de constater que le cinéma de genre argentin reste très discret hors de ses frontières. Et je dis bien «Hors de ses frontières» ! Le documentaire BIZARROFILIA de Ayi Turzi en est la preuve.

Pendant près d’une heure et demi, on constate qu’il y a un vivier effervescent de cinéastes menés par la passion de produire des films avec les moyens du bord. Le rythme du documentaire est extrêmement rapide, les intervenants s’enchaînent et le fil narratif n’est pas toujours très clair. Est-ce un documentaire historique sur le cinéma qualifié de «Bizarre» par les intervenants ? Est-ce une photographie de plusieurs décennies de ce type de cinéma ? En réalité, c’est un peu tout cela en même temps ce qui donne un côté anarchique. Et quelque part ce n’est pas surprenant puisque c’est le reflet de ce cinéma bouillonnant, étrange et transgressif.
De notre fenêtre, ce cinéma pourrait être qualifié de cinéma «Bis» et plus particulièrement «Z». Cette dernière dénomination s’avère négative et parfois injuste. En Argentine, c’est le qualificatif «Bizarre» qui est utilisé. Le documentaire tente une explication mais les exemples donnés sont franchement disparates. Chaque intervenant nous donne sa définition mais on ne discerne pas vraiment de quoi il en retourne. Dès lors, cet univers devient une notion assez vague. En se basant sur le nombre conséquent d’extraits, on peut tout de même en extirper une tendance (qui reste à relativiser). Les films sont produits avec des moyens très faibles. Le marché de la vidéo est la destination d’œuvres couvrant de nombreux genres. L’absence de moyens favorise une plus grande liberté, les réalisateurs s’affranchissant des contraintes commerciales. L’aspect surréaliste de la plupart des œuvres donne une production qui entre en grande partie dans les types de films que nous traitons dans nos pages (Horreur, Science-fiction, …).

Cette mouvance cinématographique semble davantage définir un état d'esprit qu'un genre cinématographique. Il définirait davantage une manière de faire des films qu’un jugement porté sur leur qualité. Cela ne doit cependant pas être interprété comme un gage de qualité. Les extraits présentés laissent entrevoir une production aussi inégale qu’imprévisible. Cette mouvance ne s’adressera d’ailleurs pas à tout le monde. Au contraire ! Pour s’en convaincre, il suffit de constater que certains intervenants citent Troma et on peut même y voir subrepticement via des images d’archive Lloyd Kaufman. Un autre cinéaste connu fait aussi une apparition. Le réalisateur du SEIGNEUR DES ANNEAUX est l’objet d’une anecdote. Mais cette apparition nous ramène à ce que nous disions dans la critique de PLAGA ZOMBIE : ZONA MUTANTE, à savoir que la manière de produire le film était finalement peu éloigné de celle du Peter Jackson de BAD TASTE. Bricolés par de véritables passionnés, ces films oscillent entre les blagues potaches et les métrages étranges. On navigue même dans les eaux du cinéma pornographique. Le documentaire évoque plusieurs fois une adaptation des «Tortues Ninjas» en version pour adultes avertis. L’aspect sexuel de certains extraits est d’ailleurs à même de choquer certains spectateurs. Ce cinéma «Bizarre» est apparemment un lieu de libertés, de défouloir, d’envie de créer… Explicitement, l’une des intervenantes finit par évoquer que participer à ce courant donne un sens à sa vie…

Une partie du documentaire s’écarte des films pour évoquer leurs distributions via le format physique et les vidéo-clubs. La distribution de ces films passe par différentes sociétés d’édition. Une nouvelle fois, à moins d’être argentin, on découvre des noms inconnus mais qui résonnent comme des références dans le domaine. On peut d’ailleurs se demander à qui s’adresse BIZARROFILIA. Il part du postulat que les références citées sont connues par le spectateur. En Argentine, peut-être… Ailleurs, cela semble déjà beaucoup moins évident. Les citations des noms de cinéastes et de films s’accumulent à grande vitesse. Les extraits s’enchaînent dans un feu d’artifice hétéroclite d’images qui passe du ridicule assumé aux images très explicites, parfois volontairement provocatrices. Une partie du public argentin verra ici une capsule temporelle du cinéma «Bizarre». Pour le spectateur français, c’est un plongeon dans l’inconnu. Au fil de l’eau, la plupart des cinéphiles férus d’exotisme se rendront compte que leur culture est incomplète. Tout amateur de cinéma sait qu’il est impossible de connaître l’ensemble de la production mondiale. BIZARROFILIA nous rappelle de manière brutale que tout ce que l’on sait est loin d’égaler tout ce que l’on ignore. Le défaut de ce documentaire devient alors une qualité. Celle de nous rappeler qu’à l’évidence, il faut toujours faire preuve de curiosité !