Header Critique : MALÉDICTION D'ARKHAM, LA (THE HAUNTED PALACE)

Critique du film
LA MALÉDICTION D'ARKHAM 1963

THE HAUNTED PALACE 

En 1762, le sorcier Joseph Curwen s'apprête à jeter une jeune fille en pâture à un monstre dans la crypte de son château. Mais les paysans d'Arkham, las de ses méfaits, font irruption et interrompent son forfait. Ils brûlent ce personnage malfaisant. Un siècle plus tard, Charles Dexter Ward, descendant direct de Curwen, hérite du vieux château abandonné...

En 1963, le réalisateur américain Roger Corman a déjà tourné cinq films basés sur les œuvres d'Edgar Allan Poe en quatre ans, dont une anthologie de trois histoires. Ce qui fait la bagatelle de sept histoires du maître de Baltimore sur une durée de quatre années. Le dernier de ces métrages, LE CORBEAU, tourne à la grosse farce, démontrant la lassitude du jeune metteur en scène pour ce sujet. Il pense avoir fait le tour des histoires les plus intéressantes de l'écrivain.

Il se tourne alors vers un autre auteur américain du genre horrifique, à savoir H.P. Lovecraft, jamais transposé au cinéma jusqu'alors. Roger Corman connaissait son œuvre avant même de rentrer dans le monde du cinéma. Il se penche sur le seul vrai roman de Lovecraft, à savoir «L'affaire Charles Dexter Ward».

Dans un premier temps, Corman veut éviter de rappeler ses précédents films gothiques. Il veut engager Ray Milland comme acteur principal, déjà vu dans L'ENTERRÉ VIVANT. Pour Corman, Vincent Price, trop associé aux transpositions d'Edgar Allan Poe, ne pourra pas apporter le nouveau ton voulu pour LA MALÉDICTION D'ARKHAM.

Pour rédiger le scénario, il se tourne vers Charles Beaumont, lui-même écrivain et pourvoyeur de scripts pour la série télévisée «LA QUATRIEME DIMENSION». Les dirigeants du studio AIP, enthousiastes dans un premier temps, finissent par s'inquiéter de ce projet et demandent le rajout d'éléments inspirés de «Le palais hanté», un poème d'Edgar Allan Poe. Le titre américain sera ainsi THE HAUNTED PALACE, rattachant de force LA MALÉDICTION D'ARKHAM au cycle Edgar Poe de Roger Corman.

Le réalisateur accepte, mais il avouera plus tard regretter ces compromis. Vincent Price tient finalement le rôle principal. Il est accompagné par Debra Paget, déjà vue dans L'EMPIRE DE LA TERREUR du cycle Poe, dont ce sera le dernier long métrage avant que cette brune beauté ne mette un terme à sa carrière d'actrice à 32 ans. AIP introduit ici Lon Chaney Jr., l'acteur Monstre numéro un de la Universal au début des années 40. La compagnie poursuit ainsi son emploi de gloires anciennes de l'horreur hollywoodienne, comme elle l'a déjà fait dans le cycle Edgar Poe avec Boris Karloff, Basil Rathbone ou Peter Lorre.

LA MALÉDICTION D'ARKHAM se base sur le roman de Lovecraft «L'affaire Charles Dexter Ward». Dans la tradition du cinéma d'horreur gothique, il situe l'action à la fin d'un XIXème nocturne et embrumé. Si ce parti-pris convient à une adaptation des écrits d'Edgar Allan Poe, il est moins pertinent ici, l'action du livre de Lovecraft se déroulant dans les années 1920. De même, la maison Ward, avec ses grands escaliers et ses torches fixées aux murs, évoque les souvenirs de la Hammer ou du cycle Edgar Poe. En terme de scénario, la sorcellerie mise en œuvre dans le roman se voit abandonnée. Curwen se contente de "posséder" le corps de son descendant comme un simple esprit baladeur.

Néanmoins, des choses très Lovecraftiennes apparaissent ici pour la première fois sur grand écran. Curwen est un sorcier qui cherche à entrer en contact avec les entités Cthulhu et Yog-Sothoth. Il souhaite créer une race hybride entre ces Grands Anciens et les hommes. Le résultat de ses expériences laisse toutefois à désirer. Il fonde ses recherches sur le funeste volume «Necronomicon» dont il possède un antique exemplaire à fermoirs métalliques. Il garde un monstre tentaculaire géant dans sa crypte, au fond d'un puits.

Malgré une volonté réelle de retranscrire l'univers de Lovecraft, de nombreuses scènes sentent trop le Poe réchauffé. Une fois la nuit tombée, la jeune épouse de Charles erre un chandelier à la main dans les couloirs et les escaliers du vieux manoir. Curwen est épris d'une femme morte depuis un siècle, et enlace son corps pourri... Ces séquences, même si elles sont réussies, semblent en décalage avec l'histoire de Charles Dexter Ward. Nous sautons d'un univers à l'autre, maladroitement, tout au long du film. LA MALÉDICTION D'ARKHAM hésite. Il manque de rythme et de cohérence. Nous regrettons aussi des longueurs bavardes : des explications ennuyeuses tentent de rendre cohérents les éléments épars de l'histoire.

Nous échappons heureusement au ratage complet grâce a l'excellent travail des techniciens entourant Corman. Les décors de Daniel Haller et la photographie superbe de Floyd Crosby créent une atmosphère magnifique, faisant presque oublier le caractère rudimentaire des effets spéciaux et la petite taille de certains décors (la ville d'Arkham se limite à un trottoir le long d'une route sableuse). Vincent Price interprète le double rôle de Charles Dexter Ward/Joseph Curwen de façon très convaincante (même si Curwen pourrait moins ricaner). Et surtout Ronald Stein compose une musique géniale.

Tout cela permet à LA MALÉDICTION D'ARKHAM de rester un spectacle agréable, agrémenté de quelques scènes impressionnantes (la fin, l'exploration du manoir par Ann Ward...). Nous regrettons tout de même que son aspect hybride et son scénario mal foutu l'empêchent d'être plus réussi.

Aussitôt après LA MALÉDICTION D'ARKHAM, Roger Corman se tourne vers un projet plus abouti avec L'HORRIBLE CAS DU DOCTEUR X, histoire de science-fiction horrifique mettant en scène Ray Milland. Son dénouement rappelle aussi Lovecraft, en particulier la nouvelle «De l'au-delà», qui sera elle-même adaptée officiellement vingt ans plus tard avec FROM BEYOND.

Durant le reste des années 60, d'autres petits films inspirés de Lovecraft vont apparaître, dont deux chez AIP avec DIE, MONSTER, DIE ! d'après «La couleur tombée du ciel», puis THE DUNWICH HORROR produit par Roger Corman, adaptation assez fidèle de «L'abomination de Dunwich».

Rédacteur : Emmanuel Denis
Photo Emmanuel Denis
Un parcours de cinéphile ma foi bien classique pour le petit Manolito, des fonds de culottes usés dans les cinémas de l'ouest parisiens à s'émerveiller devant les classiques de son temps, les Indiana Jones, Tron, Le Dragon du lac de feu, Le Secret de la pyramide... et surtout les Star Wars ! Premier Ecran fantastique à neuf ans pour Le retour du Jedi, premier Mad Movies avec Maximum Overdrive en couverture à treize ans, les vidéo clubs de quartier, les enregistrements de Canal +... Et un enthousiasme et une passion pour le cinéma fantastique sous toutes ses formes, dans toute sa diversité. S'il fallait faire mienne une maxime en la matière, je reprendrais (de mémoire !) une citation de Roman Polanski : «les personnes qui aiment vraiment le cinéma aiment le fantastique» !
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