Header Critique : CORBEAU, LE (THE RAVEN)

Critique du film
LE CORBEAU 1963

THE RAVEN 

LE CORBEAU de 1963 est le cinquième film réalisé par Roger Corman d'après les écrits d'Edgar Poe, pour la firme américaine AIP (le premier étant LA CHUTE DE LA MAISON USHER de 1960). Dans ce cycle Poe-Corman, LE CORBEAU suit le film à sketchs L'EMPIRE DE LA TERREUR. Entre-temps, l'énergique Roger Corman tourne l’œuvre d'épouvante médiévale TOWER OF LONDON avec Vincent Price, puis THE YOUNG RACERS à propos d'une course automobile.

Corman retrouve pour LE CORBEAU son acteur-fétiche Vincent Price ainsi que Peter Lorre, déjà apparu dans L'EMPIRE DE LA TERREUR. Il recrute encore Boris Karloff, grande star de l'épouvante qui, depuis le milieu des années quarante, travaille surtout pour la télévision. A côté de ce "triumvirat de la terreur", Corman ajoute astucieusement une représentante de la nouvelle horreur anglaise : l'actrice Hazel Court (vue dans FRANKENSTEIN S'EST ÉCHAPPÉ ! et L'ENTERRÉ VIVANT). Nous rencontrons aussi un presque débutant nommé Jack Nicholson, presque vingt ans avant SHINING.

LE CORBEAU commence comme les précédents films du cycle Poe-Corman. Devant des nuées colorées se dessine la silhouette d'un corbeau étrange, tandis que résonne une musique inquiétante de Les Baxter. La voix de Vincent Price nous récite sur un ton solennel les premières strophes du très célèbre poème d'Edgar Poe «Le corbeau». Le spectateur entre dans la pièce de travail du sorcier Erasmus Craven. Celui-ci vit retiré du monde et dans le souvenir de sa défunte épouse, en compagnie d'Estelle, sa fille compatissante. Il reçoit la visite d'un corbeau. Mais contrairement aux attentes du spectateur, l'oiseau ne lui sert pas des "Nevermore" : il s'agit de l'alchimiste farfelu Bedlo, changé en volatile par le méchant Scarabus. Après ingestion d'une potion dégoûtante, Bedlo retrouve forme humaine et compte se venger de Scarabus avec l'aide de Craven. Tous deux partent en carrosse vers le château de ce sinistre enchanteur.

Ainsi, LE CORBEAU se tourne vers la comédie fantastique gothique. D'une part, Corman craint de se répéter et de lasser le public en adaptant sérieusement Edgar Poe comme dans LA CHUTE DE LA MAISON USHER ou LA CHAMBRE DES TORTURES. D'autre part, l'épisode «Le chat noir» dans L'EMPIRE DE LA TERREUR penchait déjà vers la rigolade et constituait son passage le plus réussi. Corman décide donc, avec l'aide de son fidèle scénariste Richard Matheson, de persévérer dans cette direction comique, d'autant plus que le texte «Le corbeau» ne se prête pas à une transposition cinématographique traditionnelle. Les obsessions de Poe et les clichés de l'horreur gothique se voient tournés en dérision. Le corbeau s'exprime comme un charretier, Craven adore le cadavre décrépi et grotesque d'une morte, les maccabées s'animent dans les cercueils et lancent des avertissements dignes d'un train fantôme...

Évidemment, la force comique du CORBEAU émane avant tout de ses trois principaux comédiens : Price dans le rôle de Craven, Karloff dans celui de Scarabus et, surtout, Lorre interprétant Bedlo.

Sur le tournage, Peter Lorre, interprétant ce sorcier miteux et alcoolique, s'est laissé aller à des improvisations. Ce qui a parfois fait dire que miné par la maladie, il ne parvenait plus à retenir son texte. Mais Vincent Price a affirmé que lorsqu'on demandait en insistant à Peter Lorre de réciter ses lignes, il y parvenait sans problème ! Le facétieux interprète hongrois a d'ailleurs énervé le très professionnel Karloff, peu porté sur cette méthode libre. Un grand moment de comédie reste le duel de magie entre Karloff et Price : entièrement muet, reposant sur de très bons trucages ainsi que sur les mimiques et gestes de ses acteurs, il fait penser à un cartoon.

Reposant sur des qualités techniques garanties par une équipe rodée (le chef-opérateur Floyd Crosby n'a plus rien à prouver), bénéficiant de  décors en partie récupérés d'autres films du cycle Poe-Corman et ré-utilisant (encore une fois) des plans du spectaculaire incendie de LA CHUTE DE LA MAISON USHER, LE CORBEAU finit par avoir l'air plus coûteux qu'il n'est réellement.

Certes, LE CORBEAU n'est pas sans défaut. Certains gags un peu forcés ne font pas forcément rire (le cercueil du père de Craven par exemple). Les personnages d'Estelle et du fils de Bedlo paraissent inutiles.

Néanmoins, LE CORBEAU reste une bonne comédie fantastique, ses faiblesses se voyant compensées par le génie comique de ses interprètes. Il rencontre un très bon succès public. L'AIP produit donc une autre comédie fantastique dans la foulée : THE COMEDY OF TERRORS de Jacques Tourneur, avec Peter Lorre, Vincent Price, Boris Karloff, rejoints par Basil Rathbone. Comme dans QU'EST-IL ARRIVE A BABY JANE ? sorti la même année, la mode consistant à inviter des acteurs âgés à la popularité en berne fait son chemin dans la série B Hollywoodienne.

Dans la foulée du tournage du CORBEAU, afin de rentabiliser les décors du château de Scarabus avant démolition, Roger Corman réalise vite fait un autre film d'horreur : THE TERROR avec Karloff et Nicholson, dénué de scénario digne de ce nom. Son film suivant rattaché au cycle Poe-Corman est LA MALÉDICTION D'ARKHAM lui aussi de 1963, qui mêle des éléments des écrits de Poe à une histoire de Howard Philip LovecraftL'affaire Charles Dexter Ward»), autre géant de la littérature américaine que le cinéma n'a pas encore approché à ce moment...

Rédacteur : Emmanuel Denis
Photo Emmanuel Denis
Un parcours de cinéphile ma foi bien classique pour le petit Manolito, des fonds de culottes usés dans les cinémas de l'ouest parisiens à s'émerveiller devant les classiques de son temps, les Indiana Jones, Tron, Le Dragon du lac de feu, Le Secret de la pyramide... et surtout les Star Wars ! Premier Ecran fantastique à neuf ans pour Le retour du Jedi, premier Mad Movies avec Maximum Overdrive en couverture à treize ans, les vidéo clubs de quartier, les enregistrements de Canal +... Et un enthousiasme et une passion pour le cinéma fantastique sous toutes ses formes, dans toute sa diversité. S'il fallait faire mienne une maxime en la matière, je reprendrais (de mémoire !) une citation de Roman Polanski : «les personnes qui aiment vraiment le cinéma aiment le fantastique» !
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