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Critique du film
L'EMPIRE DE LA TERREUR 1962

TALES OF TERROR 

La voix sépulcrale de Vincent Price vous souhaite la bienvenue dans l'univers macabre de l'écrivain Edgar Allan Poe ! Trois de ses contes vont vous être contés : «Morella», «Le chat noir» et «L'étrange cas du docteur Valdemar»...

LA CHUTE DE LA MAISON USHER, film d'horreur gothique réalisé par Roger Corman, interprété par Vincent Price, produit par la compagnie américaine AIP et sorti en 1960 connaît un si beau succès qu'il initie une série de huit adaptations d'Edgar Poe par la même équipe.

Ainsi, après LA CHUTE DE LA MAISON USHER vient LA CHAMBRE DES TORTURES (d'après «Le puits et le pendule») puis L'ENTERRÉ VIVANT en 1962 (d'après «L'enterrement prématuré» : c'est le seul film de ce cycle sans Vincent Price). Les profits sont si alléchants que l'AIP veut encore des transpositions de Poe. Bien que Corman se lasse de l'exercice, il accepte de tourner L'EMPIRE DE LA TERREUR.

Il s'agit d'une anthologie de trois sketches d'une demi-heure chacun. A ce moment, le genre du film fantastique à sketch a été bien abandonné depuis le classique anglais AU COEUR DE LA NUIT. Mais le format du récit court ou moyen a perduré grâce à la télévision, avec des séries comme « LA QUATRIEME DIMENSION » ou « ALFRED HITCHCOCK PRESENTE ».

Vincent Price tient dans chacune des trois histoires un des rôles principaux. Il est bien entouré, puisque nous retrouvons des vedettes du cinéma fantastique de l'entre-deux guerres. Dans «Le chat noir», nous croisons Peter Lorre (M, LE MAUDIT, LES MAINS D'ORLAC). Dans «L'étrange cas du docteur Valdemar», Price est confronté à Basil Rathbone (LE FILS DE FRANKENSTEIN, LE CHIEN DES BASKERVILLE).

Les tournages AIP des films de Roger Corman ont en effet l'avantage de se dérouler en Californie et de pouvoir puiser dans le réservoir des Stars de Hollywood déjà sur place. Alors que les films Hammer piochent dans un répertoire d'acteurs dont la popularité et la spécialisation dans le fantastique ont accompagné sa croissance à la fin des années cinquante, AIP et Corman ont accès à des vedettes déjà confirmées du genre, comme Vincent Price, Peter Lorre ou Basil Rathbone.  

Comme pour les trois précédents films du cycle, Corman s'entoure de sa solide équipe : Richard Matheson rédige les scénarios, Daniel Haller fait les décors, Floyd Crosby se charge de la photographie et Les Baxter compose la musique.

Le premier sketch adapte la nouvelle «Morella». Lenora, une jeune femme de 26 ans, rend visite à son père. Cet homme vit seul dans une bâtisse délabrée et n'a jamais voulu voir Lenora depuis que son épouse Morella est morte en lui donnant naissance...

D'assez nombreux aménagements apparaissent dans le récit. Alors que le texte de Poe s'intéresse au rapport insolite entre le narrateur et son épouse, les liens l'unissant à sa fille dominent ici l'action. Surtout, la fille ne porte plus le même nom que sa mère défunte, ce qui constitue pourtant l'idée macabre au cœur de la nouvelle d'origine.

Ce «Morella» s'inscrit dans la pure tradition des films d'horreur gothique de l'AIP. Vincent Price incarne un aristocrate désespéré et morbide, vivant dans une demeure sinistre. Des liens familiaux ambiguës unissent les personnages. Une tendance à la nécrophilie est à signaler. Des personnages errent dans de sombres couloirs chandeliers à la main... Et le tout se termine dans un inévitable incendie.

Nous regrettons que les liens entre Locke et sa fille soient soulignés par des bavardages conventionnels et mélodramatiques. Il s'agit d'un récit classique, certes, mais souffrant d'un certain manque d'originalité et de rythme. Matheson s'est plaint que son travail d'adaptation a été dénaturé au tournage. Il a aussi dénigré l'interprétation trop "gentille" de Leona Gage. Nous admirons néanmoins toujours le talent de Vincent Price et les décors magnifiques.

Le second épisode est une transposition insolite du célèbre conte «Le chat noir». Montresor Herringbone en fait voir de toutes les couleurs à sa femme. Ivrogne impénitent, il dépense l'argent du ménage dans les tavernes. Il s'invite à un congrès de négociants de vin et y fait la connaissance de Fortunato, maître goûteur raffiné. Mais Fortunato s'éprend de la femme de Montresor...

C'est sur le ton de la comédie fantastique qu'est transposée la très fameuse nouvelle. L'adaptation se voit de plus rehaussée d'éléments issus d'un autre texte de Poe : «La barrique d'Amontillado».

Si l'idée d'une parodie de Poe rend méfiant, il faut pourtant constater que la réussite est ici complète. Le travail d'adaptation est très habile et, surtout, Peter Lorre et Vincent Price s'y montrent d'impayables comiques. La confrontation de leurs deux personnages dans un concours de "taste-vin" est hilarante. Alors que Price appuie jusqu'au ridicule les mimiques précieuses de son personnage maniéré, Lorre se conduit comme un fat impoli. On s'amuse beaucoup, on ne s'ennuie pas un instant, et c'est à peine si on reproche ici ou là des petites fautes de goût (le cauchemar de Montresor). Corman avoua avoir introduit de l'humour dans ce sketch car il était las d'adapter sérieusement Poe. Cette réussite l'encourage à persévérer dans cette direction avec LE CORBEAU, autre comédie fantastique dans laquelle Price et Lorre sont rejoints par Boris Karloff. En tout cas, «Le chat noir» est un vrai régal !

Le dernier volet de L'EMPIRE DE LA TERREUR transpose «L'étrange cas de monsieur Valdemar». Monsieur Valdemar, mourant, autorise, malgré l'opposition formelle de son médecin, l'hypnotiseur Carmichael à le plonger dans une transe juste avant que la vie ne le quitte, pour des expériences insolites. Mais Carmichael s'avère un cruel malfaiteur...

L'idée générale de la nouvelle est tout à fait respectée tandis que l'adaptation étoffe intelligemment le récit de nouvelles péripéties. L'hypnotiseur devient un sinistre individu, très bien interprété par un Basil Rathbone dont le regard noir bout de cruauté et d'égoïsme. Price incarne un très brave homme victime d'un charlatan sans scrupule. Cela le change de ses habituels emplois de méchants et de névrosés ! Il s'agit donc d'un bon sketch, porté par ses deux remarquables comédiens.

L'EMPIRE DE LA TERREUR est une belle réussite de Corman dans le genre délicat du film à sketch. Son film suivant sera une œuvre d'épouvante médiévale : LA TOUR DE LONDRES de 1962, à nouveau avec Vincent Price, inspiré entre autres par LA TOUR DE LONDRES produit par Universal en 1939. Corman revient à Edgar Poe en 1963 avec LE CORBEAU, qui penche nettement vers la comédie.

Rédacteur : Emmanuel Denis
Photo Emmanuel Denis
Un parcours de cinéphile ma foi bien classique pour le petit Manolito, des fonds de culottes usés dans les cinémas de l'ouest parisiens à s'émerveiller devant les classiques de son temps, les Indiana Jones, Tron, Le Dragon du lac de feu, Le Secret de la pyramide... et surtout les Star Wars ! Premier Ecran fantastique à neuf ans pour Le retour du Jedi, premier Mad Movies avec Maximum Overdrive en couverture à treize ans, les vidéo clubs de quartier, les enregistrements de Canal +... Et un enthousiasme et une passion pour le cinéma fantastique sous toutes ses formes, dans toute sa diversité. S'il fallait faire mienne une maxime en la matière, je reprendrais (de mémoire !) une citation de Roman Polanski : «les personnes qui aiment vraiment le cinéma aiment le fantastique» !
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