Header Critique : NUIT DU LOUP GAROU, LA (THE CURSE OF THE WEREWOLF)

Critique du film
LA NUIT DU LOUP GAROU 1961

THE CURSE OF THE WEREWOLF 

Au XVIIIème siècle, en Espagne, une jeune fille muette est violée par un dégénéré. Elle meurt en donnant naissance à son fils Leon, fruit de cette funeste étreinte. Les parents adoptifs de Leon comprennent que l'enfant souffre d'une maladie étrange...

La carrière de Terence Fisher dans l'horreur gothique commence à partir de 1957 avec une série de quatre films majeurs, permettant au studio Hammer de relancer et dominer le genre : FRANKENSTEIN S'EST ÉCHAPPÉ !, LE CAUCHEMAR DE DRACULA, LA REVANCHE DE FRANKENSTEIN et LE CHIEN DES BASKERVILLE. A partir de 1959, sa productivité s'emballe et pas moins de sept films Hammer signés Terence Fisher sortent sur les écrans anglais entre 1959 et 1960. Pour la plupart, ce sont des titres mineurs (THE MAN WHO COULD CHEAT DEATH, LES ÉTRANGLEURS DE BOMBAY...) ou des projets ambitieux mais au résultat mitigé (LA MALÉDICTION DES PHARAONS, LES DEUX VISAGES DU DOCTEUR JEKYLL). Dans cette période stakhanoviste, seul surnage par sa qualité LES MAÎTRESSES DE DRACULA. Les deux années suivantes voient Terence Fisher revenir à un nombre de sorties en salles plus raisonnable : une œuvre par an (LA NUIT DU LOUP-GAROU en 1961 et LE FANTÔME DE L'OPERA en 1962).

En 1960, la Hammer envisage la production d'un film dans le cadre de l'inquisition espagnole, réalisé par John Gilling. Avant même le premier tour de manivelle, les associations catholiques du Royaume-Uni menacent de proscrire son visionnage à leurs ouailles. La Hammer se rétracte par crainte d'un échec commercial. Néanmoins, un décor de village espagnol est déjà bâti et il faut trouver en vitesse un sujet pour le rentabiliser. La Hammer s'intéresse au loup-garou, monstre popularisé au cinéma par LE LOUP-GAROU de 1941, avec Lon Chaney Jr., et sur lequel le studio anglais ne s'est pas encore penché.

Le scénario de LA NUIT DU LOUP-GAROU est officiellement inspiré par le fameux roman «Le loup-garou de Paris» de Guy Endore. Mais alors que ce dernier se déroule dans le Paris des années 1870, l'action est déplacée dans l'Espagne du XVIIIème siècle pour profiter du décor susmentionné.

Le rôle principal y est tenu par le jeune Oliver Reed, alors débutant, qui a déjà tenu des rôles mineurs dans des films de Terence Fisher comme LES DEUX VISAGES DU DOCTEUR JEKYLL. Il devient par la suite un habitué de la Hammer jusqu'au milieu des années 60. On le retrouve entre autres dans LE FASCINANT CAPITAINE CLEGG et LES DAMNES. Sa carrière monte en puissance grâce à ses collaborations avec Michael Winner et Ken Russell. La renommée internationale arrive avec OLIVER ! de Carol Reed en 1968, comédie musicale hollywoodienne adaptant le «Oliver Twist» de Dickens. Oliver Reed (neveu du réalisateur) incarne le brutal Bill Sykes, homme de main du cruel Fagin. Oliver Reed va alors rester une figure majeure du cinéma anglais jusqu'à sa mort en 1999, sur le tournage du GLADIATOR de Ridley Scott.

Pour bien comprendre LA NUIT DU LOUP-GAROU, il faut se baser sur son titre anglais The curse of the werewolf / La malédiction du loup-garou. En effet, c'est bien le thème de la malédiction que traite Fisher. Le générique est superbe : les yeux de bête du loup-garou roulent avec colère et se mettent à pleurer abondamment. La dualité tragique entre l'esprit bestial et l'âme humaine (les larmes), forcés à cohabiter dans un même corps, apparaît en quelques images.

Nous assistons ensuite à la naissance du bébé. Son père adoptif se rend compte de la lycanthropie de l'enfant, mais un prêtre lui explique que si ce dernier est suffisamment aimé, la malédiction sera vaincue et l'humain prendra le dessus sur le démoniaque. A force de patience, d'attention et de tendresse, le père adoptif et sa servante généreuse accompagnent le garçon jusqu'à l'âge d'homme.

Mais Leon doit travailler. Amoureux de la fille de son employeur, il se heurte à celui-ci qui refuse qu'elle épouse un simple ouvrier. Malheureux, Leon redevient un loup-garou une nuit de pleine lune et tue contre sa volonté humaine. Dégoûté par les actes bestiaux qu'il commet, il comprend que seule la mort peut le libérer de son injuste malédiction.

LA NUIT DU LOUP-GAROU contient sa part de critique sociale. Il s'ouvre sur l'arrivée d'un mendiant dans le château d'un seigneur cruel. Le pauvre hère quémande l'aumône, mais le noble se moque de lui, l'enivre, propose d'acheter le  vagabond pour quelques pièces de monnaie, le ridiculise et enfin le jette dans une geôle immonde où il l'oublie pendant plus de vingt ans. Après ce traitement ignoble, le mendiant régresse à l'état de bête. C'est encore ce "noble" qui jette sa jeune servante muette dans la cage du dégénéré, sous prétexte qu'elle refuse les avances de son employeur. Le mendiant, qui a perdu la tête depuis des années, la viole. De l'union horrible naît le petit lycanthrope. Toute cette première partie reste un des sommets de sadisme dans le corpus Hammer, sadisme particulièrement bien servi par l'interprétation de Anthony Dawson dans le rôle du châtelain décadent.

Le mal est donc le fruit de la brutalité et de l'inhumanité du répugnant "gentilhomme". Fisher stigmatise les puissants cruels et indifférents à la souffrance humaine, responsables de nombreux malheurs. Ces hobereaux sadiques et irresponsables sont des figures classiques du cinéma Hammer. Nous les trouvions déjà dans le prologue du CHIEN DES BASKERVILLE, et évidemment parmi les aristocrates corrompus ayant troqué leur âme contre une immortalité démoniaque, à savoir les vampires du CAUCHEMAR DE DRACULA ou des MAÎTRESSES DE DRACULA.

Oliver Reed interprète fiévreusement et remarquablement le calvaire de Leon. Les scènes d'horreur s'avèrent assez peu nombreuses et les rares jets de sang aperçus peuvent paraître triviaux de nos jours. Mais LA NUIT DU LOUP-GAROU a pour lui un travail sur les maquillages tout à fait réussi, que ce soit pour le loup-garou lui-même, ou pour le visage du gentilhomme rongé par son vice moral et les maladies vénériennes.

Ce qui frappe le plus aujourd'hui, c'est le sérieux avec lequel le sujet fantastique est traité. Le scénario est intelligent, la narration rigoureuse et la réalisation subtile. Il y a de nombreux moments magnifiques : lorsque le père adoptif de Leon découvre la lycanthropie de l'enfant, la fuite du loup-garou sur les toits de la ville...

LA NUIT DU LOUP-GAROU est un régal pour les amoureux du fantastique. Ils seront comblés par ce film d'horreur intelligent et adulte. On ne peut qu'être touché par la tragédie de Leon, laquelle démontre que sans amour, la vie d'un homme n'a guère plus de valeur que celle d'une bête.

LA NUIT DU LOUP-GAROU connaît pourtant un accueil critique et public tiède, à la grande déception de la Hammer, qui ne reviendra donc pas sur le sujet de la lycanthropie par la suite. Il faudra attendre le début des années 80 avec des titres comme HURLEMENTS, LE LOUP-GAROU DE LONDRES et LA COMPAGNIE DES LOUPS pour que le sujet retrouve une vraie popularité.

Rédacteur : Emmanuel Denis
Photo Emmanuel Denis
Un parcours de cinéphile ma foi bien classique pour le petit Manolito, des fonds de culottes usés dans les cinémas de l'ouest parisiens à s'émerveiller devant les classiques de son temps, les Indiana Jones, Tron, Le Dragon du lac de feu, Le Secret de la pyramide... et surtout les Star Wars ! Premier Ecran fantastique à neuf ans pour Le retour du Jedi, premier Mad Movies avec Maximum Overdrive en couverture à treize ans, les vidéo clubs de quartier, les enregistrements de Canal +... Et un enthousiasme et une passion pour le cinéma fantastique sous toutes ses formes, dans toute sa diversité. S'il fallait faire mienne une maxime en la matière, je reprendrais (de mémoire !) une citation de Roman Polanski : «les personnes qui aiment vraiment le cinéma aiment le fantastique» !
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